8 Novembre 2025
Looking Through Water // De Roberto Sneider. Avec Michael Douglas, David Morse et Tamara Tunie.
Je dois l’avouer, Looking Through Water m’a d’abord piégé par sa beauté tranquille. Le film de Roberto Sneider s’ouvre sur une image de carte postale : un pêcheur solitaire, une voix grave et apaisée (celle de Michael Douglas) qui parle du temps qui passe, des erreurs et de la mémoire. Tout annonce une introspection douce sur la vie et ses regrets. Et, dans un sens, c’est bien de cela qu’il s’agit. Mais sous cette surface calme, l’eau est moins limpide qu’elle n’y paraît. Douglas incarne William, un grand-père un peu cabossé qui tente de renouer avec son petit-fils de 14 ans, Kyle (Walker Scobell). Le prétexte ? Quelques jours de pêche et de discussions à cœur ouvert.
Un père, dans une tentative de renouer avec son fils dont il est éloigné, l'invite à participer à un concours de pêche père-fils.
L’un fuit le monde moderne, l’autre fuit tout court. Deux générations réunies autour d’une canne à pêche, mais séparées par des décennies de non-dits. Le film alterne entre le présent et les années 80, où l’on découvre le jeune William (interprété par Michael Stahl-David) au sommet de sa réussite professionnelle, mais déjà au bord du gouffre émotionnel. Une dispute, une trahison, une blessure au visage – littérale – qui deviendra la cicatrice visible d’un traumatisme invisible. Cette marque, il la montrera plus tard à son petit-fils. Cette idée, simple mais efficace, traverse tout le film. Les blessures se transmettent, parfois malgré soi.
Et Looking Through Water le montre sans artifices : un grand-père qui a raté son rôle de père, un fils devenu un homme fermé, et un petit-fils qui cherche à ne pas reproduire les mêmes erreurs. Michael Douglas, justement, tient le film à bout de bras. Il joue un homme qui a tout vu, tout perdu, mais qui essaie encore de sauver ce qui reste. Il n’en fait jamais trop. Il a cette manière de jouer la vulnérabilité sans pathos, juste avec un regard ou une respiration. Sa voix-off, parfois trop présente, donne tout de même une couleur mélancolique qui colle bien à l’esprit du film. Face à lui, Walker Scobell parvient à éviter le cliché du jeune rebelle trop lisse.
Il incarne un adolescent maladroit, parfois injuste, mais crédible. Leur duo fonctionne surtout parce qu’il ne force jamais l’émotion. Les silences comptent autant que les dialogues. Sur le plan visuel, difficile de nier la beauté du film. Le directeur photo Serguei Saldívar Tanaka transforme chaque plan en tableau. La lumière de l’aube sur les reflets de l’eau, la mer qui devient miroir des émotions : tout est soigné, presque trop. Ce côté carte postale finit d’ailleurs par desservir un peu le propos. À force de beauté, l’histoire perd parfois en tension. Le scénario, signé Zach Dean et Rowdy Herrington, veut mélanger deux registres : la quête intime et le récit de rédemption. Par moments, cette dualité crée de beaux échos entre passé et présent.
Mais il arrive aussi que la mécanique devienne un peu trop visible, surtout quand le film appuie ses symboles (la mer, les cicatrices, les téléphones jetés à l’eau) comme s’il craignait qu’on ne comprenne pas la métaphore. C’est là que Looking Through Water pêche un peu (sans mauvais jeu de mots) : il veut être à la fois poétique et explicatif, contemplatif et démonstratif. Résultat, la première moitié traîne un peu, et certaines scènes paraissent forcées. Reste que le film touche quelque chose de juste. Dans sa lenteur, dans son refus du spectaculaire, il y a une sincérité qui finit par atteindre. La pêche, ici, n’est pas qu’un passe-temps : c’est une manière d’apprendre la patience, la concentration, l’humilité.
C’est aussi un prétexte pour parler de tout ce que les hommes – les pères, surtout – ne savent pas dire. La masculinité, dans Looking Through Water, est abordée avec douceur. Pas de leçon de morale, pas de démonstration : juste des hommes abîmés qui tentent d’être meilleurs. Sneider filme ces moments de rapprochement avec pudeur, loin de tout cliché viriliste. Et puis, il y a cette musique de Jeff Russo, discrète mais efficace, qui accompagne la progression émotionnelle sans jamais la surligner. Elle fait partie de ces détails qui donnent au film son rythme apaisé, presque méditatif. Là où le film se perd un peu, c’est dans sa dernière demi-heure. Les révélations s’enchaînent, les coïncidences pleuvent, les émotions deviennent un peu trop appuyées.
On sent que le réalisateur veut conclure sur une note d’espoir et de réconciliation, mais il force un peu la main du spectateur. Ce n’est pas désagréable, juste un peu convenu. Heureusement, Douglas reste le fil conducteur, avec cette gravité tranquille qui empêche le film de sombrer dans le mélo. Et le jeune Scobell parvient à donner au final une certaine authenticité : celle de deux êtres qui se comprennent enfin, même sans tout se dire. Looking Through Water ne révolutionne rien, mais il a le mérite d’exister à contre-courant. Dans un cinéma saturé de bruit et de vitesse, ce film prend le temps de respirer. Il parle de ce qu’on transmet sans le vouloir, des liens qu’on tente de réparer, et de la difficulté d’être à la fois père, fils et homme.
Oui, l’ensemble est parfois trop propre, parfois trop sage, mais jamais cynique. Sneider croit en ce qu’il raconte, et ça se sent. Au final, c’est un film qui fonctionne un peu comme une séance de pêche : il faut de la patience, un brin de foi, et l’envie de rester là, à attendre que quelque chose morde. Tout ne vient pas, mais ce qui vient, vient du cœur.
Note : 5.5/10. En bref, un drame familial honnête, porté par un Michael Douglas sobre et touchant. Looking Through Water manque parfois de souffle, mais jamais de sincérité. C’est un film qui préfère la profondeur à la vitesse — et même s’il ne remonte pas toujours les plus beaux poissons, il jette sa ligne avec conviction.
Prochainement en France en SVOD
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