Critique Ciné : Marius et les gardiens de la Cité Phocéenne (2025)

Critique Ciné : Marius et les gardiens de la Cité Phocéenne (2025)

Marius et les gardiens de la Cité Phocéenne // De Tony Datis. Avec Soprano, Nordine Salhi et Sofia Belabbes.

 

Marius et les gardiens de la Cité Phocéenne, un titre qui sonne comme une fusion improbable entre Marcel Pagnol et un escape game sponsorisé par l’office de tourisme de Marseille, un casting mené par Soprano, une promesse d’aventure familiale « à la Goonies marseillais »… et au final, une œuvre qui réussit à prouver qu’un bon concept ne garantit rien, surtout quand le scénario semble avoir été écrit sur un ticket de métro. Le film vise clairement les enfants, personne ne pourra le lui reprocher. Mais quand une production s’adresse à un jeune public, tout dépend de l’ambition qu’elle met dans ce cadre. 

 

Auto-proclamé "Roi de Marseille", Marius est un guide touristique haut en couleur qui trimballe ses clients dans son bus panoramique. Le jour où son véhicule tombe en panne, mettant en péril son petit business, il fait la rencontre de trois gamins du quartier qui prétendent être sur la piste d'un trésor. Marius se retrouve alors engagé dans une dangereuse aventure...

 

Pixar, Harry Potter, Chihiro, Les Goonies justement, ont prouvé qu’un film familial pouvait rassembler, surprendre et rester dans les mémoires. Ici, l’objectif semble beaucoup plus modeste : garder les gamins assis pendant 1h18, faire sourire les parents quand Soprano apparaît à l’écran, et en bonus, donner l’impression qu’on a appris deux-trois trucs sur Marseille. Mission plus ou moins remplie… mais avec le strict minimum syndical. L’histoire suit Marius, un guide touristique loser et grande gueule, contraint d’embarquer trois enfants du quartier dans une chasse au trésor mythologique censée réveiller la légende de la cité phocéenne. 

 

Sur le papier, tout y est : mystère, humour, patrimoine local, dynamique adulte-enfants, esprit d’équipe. À l’écran, c’est autre chose. Le scénario avance comme un vélo sans chaîne : ça patine beaucoup, ça avance peu, et ça finit par s’arrêter net dès qu’il faut passer la seconde. La structure du récit ressemble à un jeu vidéo en mode facile : une énigme, une porte, un couloir, un plan avec un décor marseillais pour rappeler qu'on n’est pas à Paris, et hop, prochaine étape. Les enjeux restent plats, les rebondissements prévisibles, et l’impression d’assister à un téléfilm financé par la région PACA devient difficile à ignorer. La ville, pourtant photogénique à souhait, se retrouve reléguée à un poster de fond d’écran : oui, c’est joli, mais ça ne raconte pas grand-chose.

 

Les jeunes acteurs ? Ils font ce qu’ils peuvent, vraiment. Mais difficile d’être à l’aise quand les dialogues semblent sortis d’un atelier d’écriture TikTok. On sent une envie de sincérité, mais elle se heurte aux clichés distribués à la pelle : le gamin débrouillard, la fille râleuse mais courageuse au fond, le comique de service, et bien sûr, les « méchants » aussi intimidants qu’un vigile de centre commercial en formation. Dans un film destiné aux enfants, on peut accepter des archétypes, mais encore faut-il les faire vivre. Ici, ils flottent. Puis il y a Soprano. Sympathique, populaire, solaire sur scène… mais entièrement sous-exploité au cinéma. Il incarne Marius, guide touristique râleur mais au grand cœur. 

 

Problème : son personnage passe plus de temps à commenter l'intrigue qu’à la porter, comme s’il assistait à son propre film sans vraiment y participer. Il n’est jamais catastrophique, il n’est juste pas dirigé. Son rôle ressemble à un caméo étiré en premier rôle, comme si on avait voulu rassurer les investisseurs : « Ne vous inquiétez pas, il y aura bien Soprano à l’écran. Pas trop, mais suffisamment pour l’affiche. » Ce manque de conviction se retrouve dans la mise en scène. Tony Datis, habitué aux clips musicaux, apporte une énergie visuelle, mais qui reste exclusivement en surface. Ça bouge, ça coupe vite, ça multiplie les plans « cools »… mais sans respiration, sans tension, sans émotion. Le film donne l’impression de courir pour cacher qu’il n’a rien à raconter. 

 

Quand il se calme, on réalise qu’il ne reste que des scènes fonctionnelles, jamais vibrantes, jamais magiques. La musique, entre rap propre et ambiances méditerranéennes, essaye d’apporter du relief. À défaut de sauver le film, elle le rend supportable. Les enfants y trouveront peut-être un peu d’énergie, les fans de Soprano quelques refrains familiers. Pour le reste, ça sonne comme une playlist pensée pour plaire à tout le monde, ce qui revient souvent à ne marquer personne. Alors, est-ce un film raté ? Pas totalement. C’est pire que ça : c’est un film tiède. Pas assez mauvais pour devenir culte malgré lui. Pas assez bon pour être retenu. 

 

Une œuvre qui s’efface dès qu’on sort du film, et dont le principal mérite est peut-être de rappeler qu’aventure familiale n’est pas synonyme d’assemblage vite fait avec trois blagues et une balade en bus. Pourtant, quelque chose traverse l’écran : une vraie envie d’ancrer une histoire dans Marseille, de rendre hommage à la ville, à son accent, à son identité. Mais encore une fois, l’intention ne suffit pas. Un film peut respirer la sincérité et rester plat. Et c’est précisément ce qui se passe ici : l’envie est là, le résultat, non. Le scénario bâclé, le rythme inerte, les personnages esquissés plutôt que construits, tout cela finit par rendre l’expérience spectatrice plutôt que vivante.

 

Ça fera rire les enfants. Ça fera peut-être souffler les parents, mais pas d’admiration : plutôt d’impatience. Ça flattera ceux qui aiment entendre parler de Marseille au cinéma, mais seulement en surface. Bref : le film coche les cases d’un cahier des charges, sans jamais trouver d’âme propre. Marseille méritait mieux. Les enfants aussi. Soprano peut faire mieux, Tony Datis aussi. Mais pour l’instant, ce film ressemble à un pastis trop dilué : l’apparence est là, le goût s’est perdu. Pas de catastrophe, juste un rendez-vous manqué. Dans un monde alternatif, ce projet aurait pu devenir le premier vrai film d’aventure populaire français contemporain, quelque chose d’ambitieux, généreux, fédérateur. 

 

Dans celui-ci, il servira surtout de séance de ciné d’après-midi pluvieux. Et ce n’est pas forcément un drame, mais c’est tout de même une occasion gâchée. Si l’objectif était de divertir les enfants pendant un peu plus d’une heure : mission accomplie. Si l’objectif était d’offrir une aventure marquante, drôle, vibrante, et digne du modèle qu’il revendique (les fameuses références aux Goonies) : alors il manque quelques chapitres, quelques réécritures… et surtout, une vraie boussole esthétique. 

 

Note : 3/10. En bref, il reste un film assez inoffensif, pas désagréable, juste terriblement fade. Un peu comme si Marseille avait été filmée à travers la vitre d’un bus touristique, sans jamais en descendre. Et quand un film sur la ville finit par donner envie… de prendre soi-même la caméra, c’est rarement bon signe.

Sorti le 9 juillet 2025 au cinéma - Disponible en VOD

 

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