Critique Ciné : Nos folies (2025, Netflix)

Critique Ciné : Nos folies (2025, Netflix)

Nos Folies // De Rodrigo García Saiz. Avec Fernando Cattori, Naian González Norvind et Adriana Barraza.

 

Dès les premières minutes, Nos Folies montre clairement qu’il ne cherche pas à capter l’attention avec une intrigue compliquée. Le film de Rodrigo García avance autrement : il s’attache aux émotions, à ces moments qui secouent sans bruit. Sur Netflix, il met en scène six femmes qui traversent une journée pleine de tensions, une journée où tout se dérègle un peu. Leurs parcours ne s’entremêlent presque pas, mais chacun reflète les mêmes fissures intérieures, comme si toutes tentaient de garder le contrôle tandis que leurs limites s’effritent.

 

Six femmes unies par une amie commune : la folie. Elle touche chacun d'entre nous, nous force à repenser la réalité, à faire des choix audacieux et à réinventer nos vies.

 

Derrière ce titre qui annonce le désordre, le film adopte une structure presque anthologique. Chaque histoire existe seule, avec son rythme propre, mais toutes partagent un même écho intérieur : celui d’un quotidien trop lourd pour rester silencieux. Au centre de Nos Folies se trouve Renata, jouée par Cassandra Ciangherotti, assignée à résidence après une altercation qui a mal tourné. Impossible de l’ignorer : dès qu’elle apparaît, elle attire l’attention. Son énergie passe d’une impulsion joyeuse à un état de tension en quelques secondes. Son père, exténué, cherche à comprendre ce qui se joue et fait appel à une psychiatre, Irlanda, pour obtenir une évaluation qui pourrait alléger sa situation judiciaire.

 

Renata agit comme un déclencheur dans le film. Qu’elle échange quelques mots avec des passants ou qu’elle bouscule Miranda, une amie venue la voir, elle provoque des réactions qui dépassent largement son appartement. Rien n’indique clairement si son comportement reflète un trouble psychique ou simplement un trop-plein de choses gardées pour elle. Ce flou renforce l’ambiguïté du personnage et pousse à la regarder avec une certaine distance, même lorsqu’elle amuse ou agace. Irlanda apporte un autre regard sur la pression sociale. En acceptant d’assister à un repas de famille, elle se retrouve face à son ex-mari, autrefois violent, désormais soutenu par sa mère très croyante. 

 

Toute la table semble attendre qu’elle pardonne. Ce moment, filmé sans éclats de voix, montre à quel point une personne peut se sentir isolée même entourée des siens. Personne ne la bouscule physiquement, mais chaque phrase sous-entendue la rend plus petite. Le film capte très bien cette sensation d’être enfermée dans un rôle que d’autres ont choisi à sa place. Penélope, vétérinaire, doit affronter une euthanasie qui, d’habitude, fait partie de sa routine. Pourtant, après quelques mots échangés avec Renata, une idée s’invite dans son esprit et l’accompagne jusqu’à la clinique. Face à l’animal et à la peine des propriétaires, tout la rattrape. 

 

Ce segment résume assez bien l’un des fils rouges du film : une journée peut sembler ordinaire, mais une simple remarque peut réveiller un malaise qu’on pensait enfoui. Penélope ne dramatise rien et c’est justement cette sobriété qui fait ressortir son trouble. Le film explore aussi d’autres trajectoires : Miranda, tiraillée par un désir qui ne trouve plus vraiment de réponse, ou Sol, comédienne confrontée à un exercice artistique qui dérape. Chacune dévoile, à sa manière, un moment de fragilité. Ces passages ne cherchent pas à surprendre, mais à montrer comment une tension intérieure finit par ressortir, même dans des situations du quotidien. Rodrigo García mise clairement sur un rythme posé. 

 

Le film peut sembler lent pour ceux qui aiment les intrigues tendues, mais cette lenteur laisse la place aux émotions, aux regards fuyants, aux hésitations. Pas de grands retournements, pas de mise en scène spectaculaire : juste la possibilité de laisser les personnages exister pleinement. Cette approche fonctionne en grande partie grâce au casting. Les actrices livrent des interprétations très ancrées, sans surjeu, et donnent vie à des personnages qui pourraient facilement devenir caricaturaux dans un film moins soigné. Ce qui se dégage de Nos Folies, c’est cette idée que beaucoup de personnes vivent avec une tension permanente qu’elles n’expriment jamais vraiment. 

 

Les six femmes du film tentent de tenir le cap, chacune selon sa méthode, mais la journée les force à regarder leurs failles en face. Le film parle de poids invisibles, de blessures intimes et de cette limite personnelle qu’on franchit parfois sans s’en rendre compte. Ce n’est pas une œuvre qui cherche la séduction immédiate. Elle demande de la patience et une certaine envie de se laisser porter par ce que ressentent les personnages plutôt que par ce qu’ils font. Cette proposition pourra dérouter, mais elle offre aussi une autre manière de raconter : plus intime, plus contenue, parfois inconfortable. Après avoir regardé Nos Folies sur Netflix, ce qui persiste, ce n’est pas la précision de chaque intrigue, mais l’ensemble des atmosphères accumulées. 

 

Le film laisse une impression nuancée : certains segments touchent davantage, d’autres paraissent moins aboutis, mais l’ensemble tient grâce à la cohérence émotionnelle. Pour ma part, j’ai apprécié cette exploration d’un quotidien qui craque de l’intérieur, même si certains passages m’ont semblé un peu trop étirés. 

 

Note : 6/10. En bref, Nos Folies ne cherche pas à convaincre tout le monde et assume pleinement son caractère contemplatif. C’est un film qui parle doucement mais longtemps, et qui laisse une place importante au ressenti. Ce n’est pas une claque émotionnelle, mais un regard sensible sur des existences fragiles. Et parfois, c’est suffisant pour marquer une journée — ou une soirée devant Netflix.

Sorti le 20 novembre 2025 directement sur Netflix

 

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