23 Novembre 2025
Protein // De Tony Burke. Avec Craig Russell, Steve Meo et Kai Owen.
Protein n’est pas le genre de thriller élégant qui se pavane avec un budget confortable, mais plutôt une petite production galloise qui avance avec les moyens du bord et une envie furieuse de raconter quelque chose de brut. Le résultat est souvent bancal, parfois vraiment laid, mais suffisamment singulier pour mériter qu’on s’y attarde. Le film suit Sion, un ancien soldat qui se planque derrière ses séances de musculation pour tenir debout. Silencieux, massif, marqué par un trauma qui n’est jamais détaillé avec finesse, il se retrouve à travailler dans une salle de sport locale. Katrina, la gérante, voit surtout un type un peu paumé et décide de lui offrir une chance.
Un tueur en série obsédé par la musculation assassine et dévore un dealer local pour sa protéine, déclenchant involontairement une guerre des territoires brutale et sanguinaire entre gangs rivaux.
Mauvaise pioche ou acte d’humanité ? Les deux, probablement. Sion n’a pas seulement une tendance à s’énerver quand il voit quelqu’un se faire marcher dessus : il résout les problèmes en cassant des crânes et en recyclant ce qui reste en complément alimentaire. Littéralement. Lorsque Sion déclenche une empoignade sanglante en s’en prenant à un petit dealer sûr de lui, il ne comprend absolument pas qu’il vient de renverser un fragile équilibre entre bandes rivales. Dans cette ville où la misère et l’ennui servent de décor permanent, la moindre étincelle part trop vite. Ici, elle prend la forme d’un tueur silencieux qui a remplacé les protéines en poudre par… autre chose.
Oui, c’est grotesque. Ça aurait pu être ridicule. Parfois, ça l’est. Mais ça fonctionne suffisamment pour tenir le film. L’une des forces de Protein, c’est sa galerie de bras cassés. Pas de mafieux charismatiques ni de cerveaux machiavéliques : seulement des petits dealers mal organisés, paranoïaques comme pas possible et incapables de garder leur calme plus de dix secondes. Leurs disputes idiots et leur panique constante donnent au film un ton comique inattendu, presque involontaire par moments, mais clairement voulu par l’écriture. Face à eux, deux policiers tentent de comprendre ce qui se passe : Stanton, un flic local fatigué de tout, et Patch, venue de Londres avec l’idée qu’un prédateur particulièrement tordu sévit dans le coin.
Leur duo fonctionne parce qu’il ne force jamais le trait : l’un navigue au radar, l’autre croit encore avoir une chance de régler les choses. Ensemble, ils forment une sorte de colonne vertébrale au milieu du chaos. Ce mélange entre humour noir, thriller criminel et horreur cannibale donne à Protein un rythme parfois maladroit, mais étonnamment accrocheur. Le film change de tonalité trop vite, c’est vrai, et ça donne l’impression que plusieurs histoires se bousculent dans un espace trop petit. Pourtant, ce désordre fait partie de son charme. Il y a une sincérité dans ce fouillis qui empêche le film de s’effondrer. Ce qui frappe, c’est que Sion n’est finalement pas si présent à l’écran.
Pour un personnage qui déclenche tout, il apparaît par vagues, comme une ombre massive qui traverse le cadre. L’idée est intéressante : en l’éloignant du centre, le film en fait presque une légende urbaine, un monstre silencieux qui agit sans jamais expliquer ses motivations. Cela crée une ambiance assez unique, même si ça laisse un vide. Le passé du personnage est survolé, son rapport à la violence est esquissé, et il manque ce petit quelque chose qui aurait permis de vraiment le comprendre. Pourtant, Craig Russell, dans le rôle de Sion, réussit à imposer une présence physique et émotionnelle qui dépasse la faible durée de ses apparitions.
Le contraste entre son calme glacial et ses accès de violence donne au film une tension constante. Là où Protein déçoit franchement, c’est visuellement. La mise en scène fait ce qu’elle peut, mais les limites financières sautent aux yeux. Certaines scènes ont un côté bricolé qui aurait pu avoir du charme si l’image ne tirait pas constamment vers un jaune pâteux ou un gris maladif. La photographie semble coincée dans l’esthétique d’un direct-to-VOD des années 2010 : éclairages agressifs, arrière-plans fades, plans qui manquent d’ampleur. Ça donne parfois l’impression que l’équipe a tourné sous les lampadaires du coin faute de mieux.
Ce n’est pas rédhibitoire — le film n’essaie jamais de cacher ses conditions de fabrication — mais ce manque d'élégance visuelle empêche Protein de déployer pleinement l’atmosphère sombre et poisseuse qu’il vise. C’est d’autant plus frustrant que l’écriture et les acteurs parviennent, eux, à donner de l’épaisseur à ce petit monde. Heureusement, le scénario rattrape ce que la forme ne peut pas offrir. Les dialogues sont ciselés, drôles quand il faut, cruels quand il faut, et surtout crédibles. La petite criminalité y est dépeinte sans glamour ni caricature : juste des existences épuisées, des types qui rêvent de devenir importants mais qui ne contrôlent rien.
C’est cette honnêteté qui donne au film son ton très particulier, mélange de tragédie et de bêtise ordinaire. Les seconds rôles brillent, notamment Steve Meo, hilarant dans la peau d’un gangster à bout de nerfs, et Ross O’Hennessy, touchant dans celui d’un dur qui ne l’est finalement pas tant que ça. Eux font vivre l’histoire autant que Sion. Protein n’est pas un film élégant, ni un film parfaitement maîtrisé. Il manque d’ambition visuelle, sa photo est objectivement peu flatteuse, et la mise en scène accuse chaque euro manquant. Pourtant, il reste une vraie curiosité : un thriller gallois aussi chaotique que sincère, porté par des personnages attachants, une écriture amusante et un sens du grotesque qui assume sa propre folie. Ce n’est pas un futur classique, mais c’est un film qui a du cœur, même s’il préfère parfois les morceaux plus… carnés.
Note : 5.5/10. En bref, Protein n’est pas un film élégant, ni un film parfaitement maîtrisé. Il manque d’ambition visuelle, sa photo est objectivement peu flatteuse, et la mise en scène accuse chaque euro manquant. Pourtant, il reste une vraie curiosité : un thriller gallois aussi chaotique que sincère, porté par des personnages attachants.
Prochainement en France en SVOD
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