20 Novembre 2025
Sauna // De Mathias Broe. Avec Magnus Juhl Andersen, Nina Terese Rask et Dilan Amin.
Sauna est un film qui avance comme son personnage principal : avec envie, mais aussi beaucoup de doutes et de faux pas. Il ne révolutionne rien, il n’est pas toujours bien construit, certaines scènes tombent à plat, mais il a au moins le mérite d’être franc. Pas de faux discours, pas d’image lissée pour plaire. Juste une histoire queer racontée comme elle vient, avec des moments forts, d’autres qui traînent un peu, et quelques choix discutables. L’histoire suit Johan, un jeune homme qui a quitté sa petite ville pour vivre à Copenhague. Il travaille dans le seul sauna gay de la ville, un lieu qui lui sert à la fois de boulot, d’espace social et de terrain de chasse.
Johan, séduisant jeune homme, vit pleinement sa sexualité à Copenhague, fréquentant les bars et les fêtes et multipliant les aventures d’un soir. Il passe également beaucoup de temps à l’Adonis, le seul sauna gay de la ville. Johan a récemment commencé à y travailler comme réceptionniste. Un jour Johan rencontre William, du même âge, un homme trans, dont il tombe éperdument amoureux.
Johan cherche du contact en permanence. Il couche, il sort, il swipe sur Grindr, il comble le vide comme il peut. C’est un personnage parfois attachant, parfois agaçant, souvent perdu. Et même si le film ne le dit pas clairement, tout montre qu’il essaie surtout d’éviter de regarder ses propres failles en face. Un soir, une rencontre change un peu la donne. Johan tombe sur William, un homme trans, calme et doux, qui ne joue pas le même jeu que les autres. Leur premier échange est maladroit, embarrassant, presque drôle malgré eux. Johan ne prend même pas la peine de lire le profil de William avant de l’inviter, ce qui crée un moment de flottement.
Pourtant, quelque chose passe. Une envie de poursuivre, d’y retourner, de comprendre ce que cette relation peut donner. Le film se concentre alors sur cette histoire qui avance doucement, avec des hésitations, des maladresses et quelques belles scènes de tendresse. William vit un parcours compliqué : en attente d’un traitement, obligé de se débrouiller avec ce qu’il trouve, pris dans des démarches médicales lentes et épuisantes. Son récit est présenté sans sur-dramatisation. Les moments où il doute ou se protège parlent d’eux-mêmes. C’est sans doute l’un des points les plus réussis du film : montrer ce que traverse un homme trans sans tomber dans les clichés ou la lourdeur.
Mais même si ces aspects sont bien traités, Sauna n’arrive pas toujours à tenir son équilibre. Le film montre énormément, parfois trop, et raconte assez peu. Certaines scènes semblent surtout là pour créer un choc ou pour rappeler que le film ose montrer des corps et du sexe. Ce n’est pas un problème en soi, mais l’abondance finit par affaiblir l’ensemble. Quand l’histoire peine déjà à trouver son rythme, ces choix donnent l’impression de remplir les vides au lieu d’approfondir les personnages. Johan, par exemple, manque de profondeur. Le film laisse entendre qu’il porte des choses difficiles, qu’il fuit son passé ou qu’il cherche quelque chose qu’il ne trouve pas. Mais tout ça reste flou.
Quelques scènes de flash-back ou de discussions avec son entourage sont esquissées, puis abandonnées aussitôt. Résultat : on comprend ce qu’il vit, mais on reste à distance. Et vu la place centrale qu’il occupe, c’est frustrant. Visuellement, par contre, Sauna se débrouille très bien. La lumière faible, les ombres, les couloirs étroits, la sueur, le bruit des cabines… tout crée un univers immersif. On sent que la réalisation veut coller au plus près des corps, des regards, des hésitations. Les scènes où Johan et William sont seuls, en silence, sont souvent les plus réussies : pas de dialogues forcés, juste deux personnes qui essaient d’être vraies l’une avec l’autre. On aurait aimé que le film s’appuie plus souvent sur cette simplicité.
La deuxième partie devient un peu plus solide grâce à William. Son parcours de transition, ses peurs, ses envies et ses questions apportent un vrai moteur au récit. Sa relation avec Johan se complique, parfois à cause de la maladresse de ce dernier, parfois à cause d’une incompréhension profonde entre eux. Johan veut aider, mais il ne mesure pas ce que vit William. Le film ne juge pas ces deux hommes, mais il montre comment chacun peut blesser l’autre sans le vouloir. Certaines scènes fonctionnent vraiment bien. Par exemple, lorsque Johan accompagne William au sauna où il travaille. L’ambiance est lourde, les regards des autres sont insistants, et le malaise prend toute la place.
On voit tout de suite que cet espace, censé être un lieu de liberté, exclut dès qu’il s’agit de personnes qui ne rentrent pas dans ses règles. Le rejet n’est pas brutal, mais il est clair. Cette séquence dit beaucoup, en quelques minutes, sur les frontières qui existent aussi dans les milieux queer. Malgré ces moments réussis, Sauna n’arrive pas à transformer l’essai. Le film veut dire beaucoup de choses, mais il ne les organise pas vraiment. Il avance en zigzag, laisse traîner certains passages, en précipite d’autres. On sent que Mathias Broe a des idées, un regard, une vraie envie de filmer des corps et des vies qu’on voit rarement au cinéma. Mais il manque encore un peu de maîtrise pour faire tenir tout ça dans un récit cohérent.
Ce qui reste finalement, c’est l’honnêteté du film. Il ne cherche pas à se faire passer pour plus important qu’il n’est. Il montre des personnages imparfaits dans un monde qui ne l’est pas moins. Il parle de sexe sans tabou, d’identité sans discours pesant, de solitude sans pathos. Et malgré sa construction fragile, il laisse quelques images qui durent, quelques scènes où l’on sent une vraie émotion. C’est un film qui ne brille pas, qui ne va pas toujours au bout de ce qu’il lance, mais qui assume au moins d’être vrai, brut et sans filtre.
Note : 5/10. En bref, un film qui manque d’équilibre et d’idées vraiment abouties, mais qui garde une forme d’honnêteté brute qui le rend touchant malgré ses maladresses.
Sorti le 19 novembre 2025 exclusivement au MK2 Quai de Seine (Paris 19e)
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