20 Novembre 2025
The Beldham // De Angela Gulner. Avec Patricia Heaton, Corbin Bernsen et Katie Parker.
Il y a des films qui prennent un bon départ, qui installent une ambiance, une tension, une idée intrigante, puis qui se perdent en chemin comme s’ils avaient oublié le plan de route. The Beldham appartient à cette catégorie-là : un long-métrage qui donne l’impression d’avoir plusieurs visions au lieu d’une seule, et qui finit par s’écrouler sous ses propres hésitations. Le concept de départ avait pourtant de quoi attirer l’attention : une jeune mère fragile, une emprise psychologique, une menace qui se glisse dans les coins de la maison… mais ce qui aurait pu devenir un thriller mental efficace se transforme en un film désordonné, traversé par des idées qui ne se rejoignent jamais vraiment.
Sadie, une aide-soignante, est déterminée à protéger sa famille d'une présence maléfique...
L’histoire suit Harper, une jeune mère qui emménage chez sa mère et le nouveau compagnon de celle-ci. Avec un bébé tout juste né et un quotidien déjà marqué par la fatigue, la situation suffisait à installer un climat de doute et de vulnérabilité. Très vite, Harper croit apercevoir des ombres ou des oiseaux inquiétants, comme des silhouettes impossibles à définir. Sur le papier, ce jeu entre hallucination et menace surnaturelle aurait pu créer un vrai suspense. Le film mise clairement sur cette ambiguïté, en laissant planer le doute sur l’état mental de son personnage. Mais au lieu de développer cette idée, The Beldham hésite à chaque scène : est-ce psychologique ? est-ce paranormal ? est-ce symbolique ?
Au lieu d’un mystère, c’est surtout un flou constant. Le scénario de base n’est pas le problème. On sent une idée claire derrière la plume de son autrice, quelque chose autour du déraillement d’une jeune mère au bord du burn-out, ou d’une menace ancienne qui viendrait la hanter. Mais le film trahit très vite une surcharge de décisions contradictoires, possiblement liées à une production trop chargée pour un film aussi modeste. Quatre producteurs, dix producteurs exécutifs, une petite équipe d’acteurs… et un film qui ressemble à un champ de bataille créatif où personne n’a tranché. Le résultat se ressent immédiatement : chaque scène semble avoir été pensée par quelqu’un de différent.
Tonalité changeante, mise en scène irrégulière, personnages qui varient d’un comportement extrême à l’autre… difficile de suivre une ligne narrative quand même les choix de réalisation semblent se contredire. Harper passe ainsi d’une mère déboussolée mais lucide à une figure quasi délirante dans l’espace d’une séquence, sans transition ni évolution émotionnelle. Le film ne semble jamais savoir qui elle est vraiment, ce qui rend son parcours impossible à ressentir. L’un des moments les plus étranges du film illustre bien ce problème d’identité : une scène où Harper, sans aucune logique, se met à allaiter son bébé en plein milieu d’une visite immobilière… entourée de parfaits inconnus.
Ce n’est pas la question de l’allaitement en public qui gêne, mais le fait que la scène n’a aucune cohérence avec le personnage, ni avec l’histoire, ni même avec les événements qui l’entourent. C’est comme si elle avait été ajoutée pour faire bizarre, sans réflexion. Et ce genre d’écart se reproduit plusieurs fois. Le film semble persuadé que rendre tout étrange suffit à fabriquer un climat inquiétant. Mais étrange sans sens devient vite gratuit, et gratuit devient simplement gênant. Même le cadre familial paraît incohérent : la maison est supposée être un nouveau départ, mais une open house apparaît soudain sans que rien ne l’explique. Qui sont ces gens ? Pourquoi sont-ils là ? Pourquoi la scène existe-t-elle ?
Aucune réponse. Et à force d’accumuler les incohérences, l’immersion se délite complètement. The Beldham avance lentement. Très lentement. Trop lentement. Le film veut installer un malaise, mais ne développe jamais vraiment ses pistes. Alors les scènes s’enchaînent, étirées comme pour remplir le temps, en espérant que le spectateur va finir par sentir un malaise qui ne vient jamais vraiment. Les ombres d’oiseaux ? Rien n’est jamais clair. Les visions ? Elles apparaissent, disparaissent, et ne servent qu’à tromper l’attente. La question du surnaturel ? Toujours laissée en suspens, sans conclusion solide. L’impression générale est celle d’un film qui tourne en rond, sans oser aller au bout de ses propositions.
Après plus d’une heure de vague tension, The Beldham tente un grand virage final, comme pour justifier tout ce qui a précédé. Le problème, c’est que la révélation s’effondre sous son manque de préparation. Le twist est rapide, mal expliqué, émotionnellement détaché et visuellement confus. Plutôt que de rassembler les morceaux, il donne l’impression d’avoir été décidé au dernier moment, sans lien réel avec le reste du film. Ce n’est pas que la fin surprend : c’est qu’elle ne s’intègre pas, qu’elle ne résonne pas avec ce qu’on vient de voir. Le film lance des questions et n’en résout aucune de façon satisfaisante. Même l’aspect médical lié à l’état de Harper est traité de manière irréaliste, voire incohérente avec ce qui a été montré auparavant.
Le résultat laisse un arrière-goût étrange, pas parce que le film choque, mais parce qu’il ne parvient pas à donner du sens à ses éléments. Tout n’est pas raté. Les acteurs font de leur mieux, notamment Katie Parker, qui essaie de donner une cohérence à un personnage écrit de façon instable. La musique fonctionne parfois, créant une ambiance lourde qui aurait pu être plus marquante si le récit avait été mieux construit. Mais ce qui aurait pu être un drame psychologique tendu ou un film d’horreur subtil devient un objet bancal. Une sorte d’expérience inachevée qui ne trouve jamais sa voie.
The Beldham commence avec des intentions claires, une atmosphère prometteuse et la volonté d’explorer l’esprit troublé d’une jeune mère. Mais, très vite, le film se perd dans des choix brouillons, des scènes qui ne s’alignent pas, un rythme trop lent et une conclusion expédiée. Ce n’est ni un film d’horreur efficace, ni un drame psychologique abouti. C’est une tentative confuse, parfois intrigante, mais trop souvent vide, qui laisse l’impression d’avoir regardé un brouillon plutôt qu’un long-métrage abouti.
Note : 4/10. En bref, The Beldham commence avec des intentions claires, une atmosphère prometteuse et la volonté d’explorer l’esprit troublé d’une jeune mère. Mais, très vite, le film se perd dans des choix brouillons, des scènes qui ne s’alignent pas, un rythme trop lent et une conclusion expédiée.
Prochainement en France en SVOD
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