10 Novembre 2025
Thieves Highway // De Jesse V. Johnson. Avec Aaron Eckhart, Devon Sawa et Brooke Langton.
Thieves Highway de Jesse V. Johnson se présente comme un western moderne avec un parfum de thriller rural. Sur l’affiche, Aaron Eckhart, visage fermé, regard poussiéreux, et derrière lui, un désert américain qui sent la rouille, la sueur et la trahison. Sur le papier, tout est là pour faire frémir les amateurs de films d’action à la frontière : un shérif désabusé, des voleurs de bétail, un complot local, et cette impression que la loi n’a plus vraiment de pouvoir dans les plaines de l’Oklahoma. En pratique, le résultat reste plus tiède que brûlant. Le film suit Frank Bennett (Aaron Eckhart), un ancien flic devenu shérif rural, usé par la solitude et hanté par un passé qu’il cache derrière ses silences.
Après avoir découvert un complot pour transporter du bétail volé au milieu de nulle part, un shérif désespéré et isolé devient la seule chose qui se dresse entre un groupe de dangereux voleurs de bétail et une fuite libre vers la frontière.
Quand il découvre un réseau de voleurs de bétail qui tente de faire passer du bétail volé à la frontière, il replonge dans une spirale de violence et de secrets qu’il croyait avoir laissés derrière lui.
C’est un point de départ solide, d’autant que Johnson, ex-cascadeur reconverti en réalisateur, sait comment chorégraphier l’action. Il y a de vraies fulgurances visuelles : les plans de camions fonçant dans le désert, les fusillades sèches, les couchers de soleil granuleux qui rappellent Hell or High Water. Le film ne s’attarde pas, dure à peine plus d’une heure et demie, et garde un rythme nerveux. Mais c’est justement ce rythme, sans pause ni respiration, qui finit par l’empêcher de creuser son sujet.
Tout va vite, trop vite, comme si le scénario avait peur du silence. Aaron Eckhart reste le principal atout du film. Il porte sur ses épaules toute la mélancolie d’un homme brisé qui continue à faire ce qu’il croit juste, même quand personne ne regarde. Ce rôle lui va bien : il joue sans forcer, avec une fatigue contenue qui donne de la densité à son personnage. Son Frank Bennett n’a rien d’un héros. C’est un type fatigué, au milieu d’un monde où le bien et le mal se confondent. Ce côté « cow-boy moralement flou » aurait pu être passionnant si le scénario avait pris le temps d’aller au bout de cette idée. Malheureusement, tout reste en surface. Le film préfère les dialogues qui claquent à des scènes qui respirent.
Les seconds rôles, eux, oscillent entre le fonctionnel et l’efficace. Devon Sawa fait un bon méchant de western, brut et imprévisible, mais son personnage manque de chair. Brooke Langton incarne la partenaire ambiguë, un peu sous-utilisée, coincée entre l’amour, la loyauté et la survie. Lochlyn Munro passe sans laisser de trace. Ces personnages secondaires auraient pu enrichir le propos, mais ils servent surtout de carburant narratif. On sent le potentiel, mais tout reste mécanique. Le scénario, signé Travis Mills et J.D. Pepper, aligne les clichés du western contemporain : l’homme seul contre la corruption, les grands espaces comme décor du désenchantement américain, la loi remplacée par la morale.
Sur le fond, rien de honteux. Sur la forme, tout sent le déjà-vu. Les dialogues, parfois, tirent la ficelle trop fort. Certains échanges ressemblent plus à des punchlines que des conversations. Et dans un film qui cherche à se donner un ton réaliste, ça casse l’immersion. Les critiques qui commencent à émerger en ligne le disent clairement : Thieves Highway a de l’énergie, mais manque de profondeur. Beaucoup pointent du doigt un scénario prévisible et un montage qui écrase les nuances. C’est un film qui veut être intense, mais qui finit par rester coincé dans les codes qu’il imite. Le plus frustrant, c’est que Thieves Highway avait matière à dire quelque chose.
Le vol de bétail, dans les États du sud, n’est pas qu’un vestige du passé : c’est un vrai problème économique et social, souvent lié à la pauvreté et à la corruption locale. Johnson aurait pu explorer cette réalité, donner de l’épaisseur à son décor. À la place, le film se contente d’en faire un prétexte à des scènes d’action bien huilées. La tension fonctionne, mais le fond s’évapore. Là où un film comme Wind River ou No Country for Old Men arrive à mêler violence et réflexion, Thieves Highway reste au premier degré. Le regard social, l’amertume du monde rural, tout cela est esquissé, jamais exploré. Visuellement, le film se défend. Johnson connaît les codes du cinéma d’action et les applique sans fioriture.
Les poursuites dans le désert sont filmées avec un vrai sens du mouvement. Le son des moteurs, le sable, le métal qui chauffe au soleil : tout est là pour donner de la texture. Mais la mise en scène finit par tourner à vide. Il y a de la maîtrise, mais pas de vision. C’est propre, calibré, mais sans la folie ou la poésie qui auraient pu le rendre marquant. Au final, Thieves Highway est le genre de film qui s’apprécie mieux sans trop d’attentes. C’est un bon divertissement du vendredi soir : des fusillades, un héros cabossé, un désert qui engloutit les illusions. Mais quand le générique défile, il ne reste pas grand-chose. Le film donne l’impression d’avoir coché toutes les cases sans jamais en inventer une nouvelle.
Pour être clair, ce n’est pas un ratage. C’est juste un film qui fait le job, ni plus ni moins. Aaron Eckhart élève le niveau, les scènes d’action tiennent la route, et la photo du désert a son charme. Mais entre les dialogues bancals, les personnages esquissés et l’absence d’un vrai point de vue, Thieves Highway finit par rouler sur une voie déjà trop fréquentée. Thieves Highway (2025) est un western moderne qui a de la gueule, mais pas de fond. Il vaut le coup d’œil pour Aaron Eckhart et quelques séquences bien rythmées, mais laisse une impression d’inachevé. Ce n’est ni un désastre ni une révélation, simplement un film qui aurait pu viser plus haut.
Note : 4/10. En bref, Thieves Highway (2025) est un western moderne qui a de la gueule, mais pas de fond.
Prochainement en France en SVOD
Disponible sur Sky Cinema et NOW, accessible via un VPN
Une personne ayant travaillé sur ce film m'a partagé un message que voici :
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