18 Novembre 2025
Tous les démons sont ici // De Barnaby Roper. Avec Rory Kinnear, Sam Claflin et Burn Gorman.
Tous les démons sont ici démarre fort, promet une vraie plongée dans la paranoïa et la violence, et puis il s’éteint doucement comme une cigarette laissée trop longtemps sur le bord d’un cendrier. Le long-métrage de Barnaby Roper, pourtant visuellement soigné et mené par un casting solide, finit par ressembler à une longue attente qui ne débouche sur rien. Pas de tension durable, pas de vraie surprise, juste des personnages enfermés dans une maison paumée au milieu de nulle part qui se délitent lentement sous le poids de leur propre caricature. L’histoire part pourtant d’une base simple mais prometteuse : quatre braqueurs se planquent dans une ferme délabrée après un casse.
Après un braquage audacieux, quatre criminels s’exilent dans une planque isolée au cœur de la campagne anglaise. Alors que l’attente des ordres se prolonge, la paranoïa s’installe et la menace la plus dangereuse paraît surgir… non pas de l’extérieur, mais bien de l’intérieur de leur groupe.
Ronnie, le chef méthodique qui rêve d’abandonner le crime ; Royce, le jeune qui veut prouver quelque chose ; Grady, la brute incontrôlable ; et un comptable drogué surnommé Numbers. Ils doivent attendre que leur patron réapparaisse pour leur dire quoi faire ensuite. Sauf que les jours passent, la maison se resserre, les nerfs lâchent. Et ce huis clos, censé monter en puissance, finit par se dérégler dans une monotonie étonnante. Dès que l’introduction musclée laisse place au calme imposé par cette planque en pleine cambrousse, quelque chose se grippe. Le film s’installe dans une lenteur assumée, mais qui ressemble davantage à un remplissage qu’à une montée dramatique.
L’attente se transforme en ennui, les tensions en répétitions, les dialogues en tentatives un peu lourdes de créer du danger. Je comprends l’idée : isoler des criminels, les confronter à eux-mêmes, laisser monter la folie. Mais ici, la mécanique apparaît trop vite. Chaque dispute annonce la suivante, chaque menace prépare un clash prévisible, chaque tête brûlée fait exactement ce qu’on imagine. Pourtant, Tous les démons sont ici n’est pas dépourvu de qualités, loin de là. Le premier atout reste le casting. Eddie Marsan, qui joue Ronnie, porte clairement le film. Dès qu’il apparaît, la caméra semble trouver son équilibre. Marsan a cette façon de faire exister son personnage sans forcer, avec une lassitude presque tendre qui lui donne une vraie profondeur.
C’est le seul pour lequel j’ai fini par ressentir quelque chose. Sa voix off aide à entrer dans ses pensées, même si elle sert parfois d’alibi à un scénario qui manque d’incarnation ailleurs. À ses côtés, Sam Claflin surprend dans un rôle de psychopathe imprévisible. On sent qu’il s’amuse, qu’il casse son image habituelle pour quelque chose de plus brut, plus animal. Son jeu, volontairement excessif, donne quelques secousses au récit, même si le personnage est tellement annoncé comme une bombe prête à exploser qu’il finit par perdre l'effet de surprise. Burn Gorman, en comptable drogué et sinueux, apporte une présence étrange, vaguement inquiétante, presque théâtrale.
Et Tienne Simon, plus discret, semble parfois écrasé par une écriture qui lui laisse moins de place. Avec un groupe pareil, il y avait de quoi créer un vrai ballet de manipulations et de méfiance. Mais la direction prend une route beaucoup plus simple. Les interactions ressemblent à un catalogue de comportements attendus : le chef raisonnable, le jeune impulsif, le fou imprévisible, le drogué instable. Au bout d’une demi-heure, j’avais l’impression d’avoir déjà tout lu dans les scènes suivantes. Le film n’arrive jamais à dépasser ce canevas ultra balisé. Côté mise en scène, Barnaby Roper montre pourtant de belles idées. L’esthétique sombre et contrastée fonctionne vraiment bien, comme une version plus sale et claustrophobe d’un polar britannique classique.
Certains plans donnent même un vrai cachet au film, presque un parfum de mélancolie. L’environnement du Dartmoor est utilisé avec justesse : ces paysages écrasants, ces lumières grises, cette ferme qui semble avaler ses occupants. Visuellement, il y a une cohérence agréable, un vrai goût pour l’image. La musique, elle aussi, apporte un charme rétro, même si elle paraît parfois un peu plaquée pour compenser le manque de rythme. Mais la grande limite du film, celle qui lui retire une bonne partie de son potentiel, reste son écriture. Le huis clos aurait pu fonctionner comme une cocotte-minute, avec une montée progressive vers un final sec ou inattendu. Mais la tension retombe régulièrement. Les disputes s’enchaînent sans créer un vrai crescendo.
Et le twist final, censé offrir un choc, tombe à plat. On dirait une tentative de clin d’œil malin, un petit tour de passe-passe pour surprendre le spectateur. Mais la scène arrive trop tard et change trop peu de choses. À force de vouloir donner une touche “mystique”, le film s’égare dans une pirouette qui n’a aucune émotion derrière elle. Le problème n’est pas seulement la prévisibilité. C’est cette impression que le film cherche en permanence à imiter d’autres œuvres — Reservoir Dogs en tête, mais aussi plusieurs thrillers psychologiques bien mieux construits — sans trouver sa propre voix. À chaque scène, j’avais l’impression de revoir une variation sur quelque chose d’existant, mais jamais une proposition singulière.
Comme si le film attirait continuellement l’attention sur ses références plutôt que sur ce qu’il pourrait inventer. Pour un long-métrage qui s’appelle Tous les démons sont ici, je m’attendais à quelque chose de plus viscéral, de plus nerveux, de plus imprévisible. À la place, j’ai assisté à une succession d’interactions convenues. L’ensemble finit par ressembler à un exercice de style correct, mais creux. Un huis clos bien emballé mais sans chair. Reste la performance de Marsan, quelques éclats de Claflin et une ambiance visuelle qui aurait mérité un récit beaucoup plus audacieux.
Note : 4.5/10. En bref, Tous les démons sont ici n’est ni un désastre ni une réussite. C’est une occasion manquée. Un film qui promet les abysses mais qui reste à la surface. Et qui m’a surtout laissé avec l’impression d’avoir attendu un choc qui n’est jamais venu.
Sorti le 31 octobre 2025 directement sur Paramount+
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