14 Novembre 2025
Un ex pour Noël // De Steve Carr. Avec Alicia Silverstone, Oliver Hudson et Jameela Jamil.
Chaque année, quand Netflix dégaine ses comédies de Noël, je me dis la même chose : je vais encore me laisser piéger. Et évidemment, Un ex pour Noël n’a pas failli à la tradition. Le film arrive avec son lot de guirlandes, de fausse neige, de bons sentiments en toc, et cette impression étrange que même les acteurs se demandent ce qu’ils font là. C’est le type de production que Netflix balance début novembre, comme si quelqu’un dans leurs bureaux avait décidé que l’esprit de Noël devait commencer avant le froid. Ou avant l’envie, même. Dès les premières minutes, le film déroule son programme comme un sapin artificiel sorti du grenier.
Kate et Everett espèrent divorcer à l'amiable et passer un dernier Noël en famille, mais de nouvelles conquêtes et de vieux sentiments viennent compromettre leurs plans.
Un couple sur le point de divorcer décide de passer Noël ensemble, avec leurs nouveaux partenaires, pour préserver la magie des fêtes auprès de leurs enfants… qui sont adultes, précisons-le. L’idée pourrait donner un film touchant, si elle n’était pas exécutée comme une fiche technique. Tout semble écrit pour cocher des cases : l’ex-couple qui se cherche encore, la jeune compagne trop parfaite, la famille recomposée façon photo de catalogue, les tensions calibrées, et bien sûr l’inévitable question : vont-ils se remettre ensemble ? Spoiler : ce n’est pas une question, c’est une formalité. Alicia Silverstone, que j’aime pourtant bien d’habitude, cabotine ici avec l’énergie d’une mère épuisée qui n’a pas dormi depuis deux semaines.
Son personnage oscille entre la femme accomplie, la bourgeoise névrosée et l’adolescente contrariée. Mauvais tirage : elle n’arrive à être convaincante dans aucun de ces registres. Son partenaire à l’écran, Oliver Hudson, joue un médecin dont la présence donne l’impression qu’il rêve de s’enfuir par la porte de service pour tourner une pub d’assurance santé. Leur couple passé est censé dégager une nostalgie attendrissante ; en réalité, il provoque surtout un léger malaise, comme si deux voisins coincés dans un ascenseur essayaient de faire semblant de s’apprécier. Le scénario, lui, avance avec la délicatesse d’un renne malade.
Tout est téléphoné, tout est convenu, tout est tellement codifié que j’aurais pu poser mon téléphone, partir vingt minutes, revenir, et savoir exactement où en était l’histoire sans avoir rien raté. Le film a beau essayer de donner un peu de profondeur à son héroïne en évoquant ses rêves abandonnés, son métier idéal, son désir de retrouver une ambition professionnelle, tout finit par retomber dans le plus vieux cliché des téléfilms de Noël : la femme qui réalise que le vrai bonheur, c’est… l’amour. Ou en tout cas l’idée un peu floue qu’on se fait de l’amour dans ce type de productions. Les dialogues ressemblent souvent à des phrases écrites par un logiciel qui aurait été nourri exclusivement de films Hallmark.
Les personnages ont des réactions étranges, surjouées, parfois même incohérentes. Mention spéciale à la fille, championne toutes catégories de décisions improbables, et au petit ami bizarre, qui semble débarquer d’un autre film, ou d’une audition ratée. Leurs scènes à eux seuls suffiraient à remplir un bêtisier de Noël. La mise en scène n’est pas catastrophique, juste sans personnalité. Une succession de plans cosy, de lumières chaudes, de salons trop bien rangés, de rues enneigées comme dans un village miniature acheté en solde. Les décors font illusion, mais pas longtemps. Le film semble entièrement construit pour servir de fond sonore pendant qu’on prépare un chocolat chaud.
Et encore : même dans ce rôle-là, il risque de distraire, mais pas pour les bonnes raisons. Les quelques tentatives de modernité se retrouvent noyées dans une écriture maladroite. Le couple gay de grands-pères pourrait apporter de la fraîcheur, mais l’intégration est tellement forcée que ça ressemble à un post-it collé sur le scénario : penser à diversité. Ce n’est pas traité avec finesse, ce n’est pas développé, c’est juste là, comme une mention obligatoire. Résultat : loin de rendre l’histoire plus progressive, ça souligne à quel point tout paraît artificiel. On sent aussi que plusieurs scènes veulent provoquer l’émotion. Le scrapbook familial, par exemple, est censé être mignon.
Le problème, c’est que la scène sonne bizarre, presque intrusive, tant elle est jouée avec une exaltation qui détonne avec le reste. C’est censé être touchant, mais j’ai surtout eu peur d’être embarqué dans une thérapie familiale dont je n’avais pas demandé l’accès. Et pourtant, au milieu du marasme, quelques seconds rôles tirent leur épingle du jeu. Jameela Jamil apporte un peu d’énergie, un peu de rythme, un peu de personnalité, bref tout ce qui manque au couple principal. Melissa Joan Hart, pourtant à l’écran trop peu longtemps, semble être la seule à jouer dans un film où l’ambiance n’est pas dictée par une playlist. Les grands-pères, eux, sont presque trop attachants pour ce film. Ils méritaient mieux. Beaucoup mieux.
Le film dure environ une heure quarante, mais il en donne l’impression d’en faire deux fois plus. Les scènes s’étirent, l’intrigue tourne en rond, et la fin, que j’ai vue arriver de loin – très loin –, s’étale comme une bûche trop sucrée qu’on aurait mangée par politesse. La morale est prévisible, le résultat tiède, et la magie inexistante. Même Netflix semble ne pas trop y croire, et l’a relégué dans un coin de son catalogue comme un cadeau qu’on n’assume pas d’avoir acheté. À la fin, je me suis retrouvé à penser à des films de Noël que j’avais aimé malgré leurs défauts, leurs ficelles énormes, leurs romances préfabriquées. Celui-ci n’arrive même pas à se ranger dans cette catégorie coupable mais sympathique.
Un ex pour Noël coche toutes les cases du genre sans jamais réussir à les remplir correctement. Rien n’est franchement dramatique, rien n’est franchement drôle, rien n’est franchement touchant non plus. C’est un film qui existe, simplement, comme ces décorations qu’on laisse dans une boîte parce qu’on ne sait jamais : peut-être qu’un jour, elles serviront. En attendant, si quelqu’un me demande une recommandation de film de Noël, je lui dirai simplement : pas celui-là.
Note : 2/10. En bref, Un ex pour Noël coche toutes les cases du genre sans jamais réussir à les remplir correctement. Rien n’est franchement dramatique, rien n’est franchement drôle, rien n’est franchement touchant non plus.
Sorti le 12 novembre 2025 au cinéma
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