27 Novembre 2025
Wicked : partie II // De Jon M. Chu. Avec Ariana Grande, Cynthia Erivo, Jonathan Bailey et Jeff Goldblum.
Quand Wicked : partie II démarre, j’ai eu l’impression de n’avoir quitté Oz que quelques minutes. Normal : cette suite a été tournée en même temps que le premier volet, et ça se voit. Le style visuel, les couleurs éclatantes, et même les limites des effets numériques sont exactement dans la continuité. Parfois, ce rendu très digital me sort un peu du film, mais je dois reconnaître que les décors gardent une ampleur presque irréelle et que les costumes, eux, continuent d’offrir un vrai spectacle. C’est une identité assumée, même si elle peut lasser. Ce deuxième chapitre abandonne presque totalement la légèreté du précédent. Là où la première partie baignait dans l’effervescence de Shiz et l’innocence d’une amitié naissante, cette suite prend un virage plus grave.
Elphaba, surnommée la « Méchante Sorcière de l’Ouest », vit en exil et continue secrètement son combat pour libérer les Animaux parlants et dénoncer les mensonges du Magicien d’Oz. Glinda, devenue la « Bonne Sorcière », brille au palais d’Émeraude, chouchoutée par le régime et sur le point d’épouser le prince Fiyero lors d’un mariage fastueux. Malgré sa vie parfaite, elle est hantée par le souvenir d’Elphaba et tente, sans succès, une réconciliation qui ne fait qu’empirer les choses. L’arrivée de Dorothy, une mystérieuse jeune fille du Kansas, déclenche une révolte populaire contre Elphaba. Accusée à tort, traquée, Elphaba voit son destin basculer, tout comme celui de Fiyero, Boq et de sa sœur Nessarose. Face au chaos, Elphaba et Glinda sont obligées de surmonter leurs rancœurs. Leur amitié profonde, bien que compliquée, devient leur seule chance de rétablir la vérité, de changer le cours de l’histoire d’Oz et, peut-être, de se sauver elles-mêmes.
L’Oz d’aujourd’hui est verrouillé par un régime autoritaire qui s’appuie sur la propagande, les manipulations de foule et la mise au ban de quiconque refuse de suivre le mouvement. Le conte prend alors un relief inattendu, presque politique, et ce contraste entre féerie et dureté crée une tension assez saisissante. Au centre de tout ça : Elphaba et Glinda. Leur lien, si fort dans la première partie, est secoué par des choix contraires, des rancœurs et un triangle amoureux qui n’aide rien. Elphaba reste cette figure incomprise, une sorte de lanceuse d’alerte que personne n’écoute, isolée dans un monde qui préfère ses illusions. Face à elle, Glinda s’enfonce dans un rôle public qui lui échappe, adoptant une image superficielle qui finit par lui coller à la peau.
Le film joue beaucoup sur les doutes de chacune, et leurs chansons respectives font clairement ressentir ce tiraillement intérieur. Si la dimension dramatique donne du poids à ce final, elle étouffe aussi par moments ce qui faisait le charme de la première partie : l’énergie. Les scènes chantées, très présentes, paraissent moins inventives. Le style Broadway reste là, avec ses refrains familiers et ses envolées, mais aucune chanson ne se détache vraiment, en tout cas pas comme « Defying Gravity » le faisait. Certaines mélodies inédites apportent une petite touche nouvelle, dont une balade qui rappelle « The Wiz », mais l’ensemble manque d’un vrai morceau-étendard.
Le rythme, lui, accuse parfois des longueurs, surtout dans le premier tiers. J’ai senti plusieurs scènes tirer en durée là où un resserrage aurait rendu le tout plus intense. L’histoire multiplie les événements, mais paradoxalement, plusieurs personnages secondaires n’existent presque plus. Boq, Fiyero ou Madame Morrible passent, disparaissent, reviennent… sans jamais vraiment peser. Cette dispersion crée un léger flottement. Même avec ses irrégularités, Wicked : partie II garde un avantage : son ambition. Le film n’hésite pas à réécrire en arrière-plan la mythologie du Magicien d’Oz. Des éléments que tout le monde connaît prennent une tonalité nouvelle. La manière dont Dorothy et ses compagnons sont intégrés – ou plutôt utilisés – par les forces en présence est assez perturbante, presque inquiétante.
J’ai apprécié cette idée : elle donne un regard décalé sur la fameuse histoire et montre que Wicked ne sert pas seulement de prequel, mais bel et bien de relecture. Le film glisse aussi quelques moments marquants complètement pensés pour le public de longue date. Une scène en ombres chinoises fait écho au spectacle original, et certains effets de mise en scène sont conçus pour provoquer un frisson collectif. Dans ma salle, ça a fonctionné : j’ai entendu plusieurs réactions spontanées, comme un souffle partagé. Cette sensation, rare dans un blockbuster récent, m’a rappelé que Wicked reste une œuvre qui parle aussi à l’affectif. Si je devais retenir une seule chose, ce serait le duo Cynthia Erivo / Ariana Grande.
Leur alchimie tient littéralement le film debout. Erivo impose une Elphaba ferme mais fragile, et Grande dose plutôt bien la bascule de Glinda vers un personnage empêtré dans son propre rôle public. Leur dernière scène ensemble, sans rien révéler, appuie tout ce que cette saga raconte depuis le début : les chemins qui se séparent, les regrets, l’attachement qui survit malgré tout. L’émotion y est plus simple que dans d’autres moments, mais aussi plus authentique. Même si les chansons ne sont pas toutes mémorables, leur performance vocale reste un des points les plus solides du film. Leurs voix donnent parfois plus de profondeur à certaines scènes que l’écriture elle-même.
Alors, Wicked : partie II est-il à la hauteur du premier ? Pour moi, non. La magie fonctionne moins, le côté spectaculaire finit par saturer, et les enjeux manquent parfois de clarté. Pourtant, malgré ces limites, j’ai été pris par la montée dramatique et par la force de la relation entre les deux sorcières. C’est sans doute cette dynamique émotionnelle qui sauve le film de la froideur. Et puis il y a Oz. Même si l’univers paraît parfois trop poli, l’imaginaire reste séduisant. Les fans y trouveront sûrement ce qu’ils attendent, tandis que ceux qui avaient été charmés par le premier pourraient ressortir un peu frustrés. Mais je ne peux pas nier que ce final apporte une fermeture cohérente à cette histoire, avec un dernier quart qui fait remonter l’intensité que j’espérais.
Et puis arrive « For Good ». Impossible de faire semblant : j’ai pleuré comme une madeleine. Pas une petite larme discrète, non. Ce genre d’émotion qui arrive d’un coup, qui déborde parce que tout ce que ces deux personnages ont traversé se condense dans quelques notes. La scène joue sur la retenue, sans chercher le grand effet, et c’est peut-être pour ça qu’elle touche autant. J’avais beau connaître la chanson depuis longtemps, la voir portée par Erivo et Grande, dans ce contexte précis, m’a complètement cueilli.
Note : 5.5/10. En bref, Wicked : partie II est une conclusion plus sombre, moins éclatante, mais sincère dans ses intentions. Un film qui manque d’un souffle musical fort, qui traîne par moments, mais qui parvient à toucher grâce à ses deux héroïnes. Une adaptation qui préfère la gravité à la fantaisie, et qui referme Oz dans un mélange de tristesse, de beauté et de loyauté brisée.
Sorti le 19 novembre 2025 au cinéma
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