Critique Ciné : Wormtown (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Wormtown (2025, direct to SVOD)

Wormtown // De Sergio Pinheiro. Avec Caitlin McWethy, Rachel Ryu et Emily Soppe.

 

Wormtown fait partie de ces films qui semblent naître avec une ambition claire : bousculer le spectateur, mêler la science-fiction post-apocalyptique au body horror, installer une atmosphère étrange et jouer avec la frontière entre humour décalé et horreur viscérale. Sur le papier, le programme a de quoi attirer. Dans les faits, le résultat ressemble davantage à une suite de pistes lancées avec énergie mais rarement menées à terme. Le film oscille entre tension, absurdité, satire sociale et débordements improbables, sans jamais réussir à vraiment choisir son terrain. L’histoire pose pourtant des bases solides. 

 

Lorsque une secte qui vénère des parasites altérant l'esprit prend le contrôle d'une petite ville, trois femmes en confinement sont entraînées dans un combat pour la survie et la vengeance.

 

Une petite ville américaine a accepté la domination de parasites qui transforment les habitants en marionnettes humaines incapables de survivre à la lumière du jour. Le maire, figure autoritaire et presque gourou, diffuse un discours d’obéissance à travers les ondes locales. La situation sanitaire comme politique est complètement verrouillée : Ashland n’est plus qu’un refuge pour corps et esprits colonisés, un espace où la normalité a cédé face à une nouvelle forme d’ordre. Au milieu de ce tableau dystopique, Jess, une ancienne professeure, incarne l’un des derniers foyers de résistance. Son objectif n’a rien d’extraordinaire : rester vivante, comprendre ce qui arrive et trouver un endroit où les parasites n’ont pas pris le pouvoir. 

 

L’idée d’une survivante lucide au milieu de corps contaminés fonctionne, et le film parvient par moments à installer un malaise réel. La menace du parasite — cette chose qui s’insinue, qui détourne la volonté humaine et qui transforme le quotidien en piège permanent — trouve quelques échos avec des œuvres plus classiques du genre, sans les imiter complètement. Le souci apparaît lorsque l’intrigue commence à se disperser. Wormtown multiplie les détours scénaristiques comme si chaque nouvelle scène devait introduire une idée différente. Parfois, cela crée une ambiance inattendue ; souvent, cela donne l’impression que le récit perd son unité. 

 

Le film passe d’un face-à-face tendu à une parenthèse presque parodique, puis à un passage de body horror assez graphique, avant de s’engager dans un virage émotionnel qui arrive trop vite pour convaincre. Les trajectoires des personnages suivent la même logique : certaines décisions semblent surgir sans véritable motivation, comme si le film cherchait avant tout l’effet plutôt que la cohérence. L’un des segments qui marque le plus reste celui lié à la communauté amish. L’idée, en soi, est loin d’être mauvaise : un groupe isolé, coupé de la technologie, préservé du parasite, pourrait offrir un contraste intéressant avec la ville soumise. Sauf que le ton change brutalement. 

 

Le refuge amish devient presque un décor de comédie, avec un personnage qui semble tout droit sorti d’un crossover improbable entre des rites traditionnels et les références pop de Bill & Ted. L’écart entre l’horreur viscérale des scènes parasitaires et l’humour un peu cartoon de cette parenthèse crée un sentiment de décalage permanent. Difficile, dans ces conditions, d’adhérer à l’un ou l’autre des registres. L’un des moments censés apporter un tournant narratif — la trahison qui bouleverse Jess et devrait relancer le récit — reste trop mécanique pour atteindre son impact émotionnel. La scène se déroule comme un devoir scénaristique plutôt qu’une véritable rupture. 

 

C’est un problème récurrent : plusieurs étapes clés semblent surgir parce qu’un récit de ce type doit comporter ce genre d’événement, pas parce que l’histoire le construit naturellement. Ce flottement tonal atteint son sommet avec le maire tyrannique, figure censée représenter le cœur du contrôle mental et moral de la ville. Son apparence et son comportement donnent l’impression qu’il appartient à un autre film, presque une parodie d’horreur des années 80, ce qui rend difficile de percevoir la menace qu’il devrait incarner. Même sa chute — pourtant centrale — se déroule de façon étrangement abrupte. 

 

Ce qui devrait être un choc devient un moment presque involontairement comique, comme si le film lui-même ne savait plus comment se positionner. Pourtant, Wormtown n’est pas sans qualités. Visuellement, le film possède une vraie maîtrise. La photographie propose plusieurs plans qui mettent en valeur l’atmosphère étouffante de la ville. Les effets liés aux vers — aussi répugnants soient-ils — sont soignés. Leur mouvement, leur présence dans les corps, la manière dont ils altèrent les visages ou la chair, tout cela produit un malaise assez réussi. Pour ceux qui apprécient la dimension corporelle du body horror, le film offre quelques séquences efficaces.

 

Certaines idées autour des parasites sont d’ailleurs intéressantes : leur réaction aux sons, aux signaux technologiques ou à la lumière pose des règles crédibles, et l’approche physiologique — les « vers du cœur », les « vers du cerveau » et leurs fonctions distinctes — donne un cadre presque scientifique à leur présence. Ces détails apportent un peu de consistance à un univers qui, autrement, risquerait de se limiter à une succession d’effets sans logique. Le film tente aussi d’aborder un sous-texte politique. La ville qui accepte volontairement la domination, les slogans répétés à la radio, la manière dont les habitants défendent leur état parasitaire comme un nouveau mode de vie… 

 

Tout cela évoque des thèmes liés au conformisme, à la manipulation collective, à la facilité avec laquelle un groupe peut renoncer à sa liberté lorsque cela semble offrir une forme d’ordre. Jess, avec ses doutes et sa détermination, sert de contrepoint humain. Par moments, ces enjeux transpercent vraiment l’écran. Malheureusement, ils se perdent souvent sous les choix les plus chaotiques du récit. L’ultime séquence — mélange de frénésie, de hurlements au soleil et d’intervention amish qui renverse totalement le ton — symbolise parfaitement ce que produit Wormtown : un moment mémorable, certes, mais pas pour les raisons espérées. 

 

La scène restera gravée, mais surtout parce qu’elle donne l’impression d’assister à un collage de genres qui refusent de s’assembler. Au final, Wormtown laisse le goût d’un film qui avait de quoi marquer son genre. Les idées sont nombreuses, parfois intrigantes, parfois absurdes, parfois trop décalées pour tenir ensemble. Le problème n’est pas l’ambition mais la dispersion. Entre body horror efficace, satire autoritaire et apartés burlesques, le film finit par avancer dans des directions contradictoires. Il n’est ni catastrophique ni inoubliable, simplement coincé dans une zone étrange où les intentions dépassent la solidité du scénario.

 

Note : 3/10. En bref, Wormtown montre par instants une vraie créativité, mais son monde infesté de parasites finit par ressembler à son propre récit : un organisme qui s’agite beaucoup, qui se transforme souvent, mais qui peine à garder un esprit clair.

Prochainement en France en SVOD

 

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