24 Novembre 2025
Ça : Bienvenue à Derry // Saison 1. Episode 5. Neibolt Street.
L’épisode 5 de Ça : Bienvenue à Derry marque un moment où tous les éléments mis en place depuis le début de la saison s’entrechoquent enfin. Après plusieurs épisodes qui prenaient leur temps pour installer les enjeux et les personnages, cet épisode accélère brutalement. Cette montée en puissance donne un vrai souffle à la série, tout en révélant ses zones de fragilité. J’ai eu la sensation de regarder une histoire qui commence à tenir sa promesse, mais qui, en même temps, se perd parfois dans son propre labyrinthe. Le cœur de cet épisode repose sur une idée simple : tout le monde descend dans les égouts. Les enfants, les militaires, les adultes en panique, les obsédés du secret… et bien sûr, Pennywise.
Cette convergence crée une énergie particulière, presque étouffante. La série cherche clairement à montrer que chacun est happé par le même centre de gravité, même si les motivations diffèrent. Pour les enfants, l’épisode prend un virage presque initiatique. L’arrivée d’un personnage supposé disparu depuis longtemps bouleverse leur perception du danger. J’ai ressenti, à travers leurs scènes, une volonté de la série de ramener l’émotion au premier plan, avec des amitiés qui se recomposent, des reproches qui s’effacent et une solidarité qui se construit presque malgré eux. Il y a un certain charme dans la manière dont la série montre leur naïveté face à l’horreur, même si certains passages jouent parfois trop avec cette idée.
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Leur décision de descendre dans les tunnels ressemble à un acte de bravoure autant qu’à une fuite en avant, et j’ai trouvé intéressant de les voir osciller entre peur, lucidité, humour nerveux et détermination bancale. Le contraste est frappant avec la partie militaire de l’épisode. L’opération montée autour de la maison de Neibolt apporte une dimension plus mécanique et rigide. Tout paraît calculé, presque froid, comme si l’autorité cherchait à rationaliser un phénomène qui, par définition, leur échappe. L’idée d’utiliser des objets anciens pour “réduire” le territoire de la créature projette la série sur un terrain semi-mythologique qui peut fonctionner… mais qui amène aussi le récit vers des terrains plus discutables.
J’ai senti une tension entre l’ambition du concept et la manière dont il est réellement exploité. Certains dialogues exposent tellement leurs enjeux que l’effet en devient pesant. Pourtant, l’épisode parvient à maintenir un certain intérêt grâce aux personnages impliqués, notamment ceux qui doutent du plan mais avancent quand même parce qu’ils n’ont pas mieux à proposer. Du côté des Hanlon et de Charlotte, l’épisode prend un ton plus intime. J’ai apprécié ce regard porté sur une famille qui se retrouve prise entre deux forces : la violence qui gagne Derry et les secrets militaires qui s’accumulent. Les réactions de Charlotte, en particulier, ancrent l’histoire dans quelque chose de tangible.
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Son hésitation, sa méfiance, son instinct de protection donnent une densité différente à l’épisode, loin du tumulte des tunnels. C’est probablement l’un des aspects les plus solides : la série montre que l’horreur ne vient pas seulement du monstre, mais aussi de ce que la ville fabrique humainement. L’épisode prend aussi un détour inattendu avec Hank, dont le parcours se détache un peu de l’intrigue principale. Sa fuite le place dans une situation presque parallèle, et même si son rôle reste important, j’ai parfois eu l’impression que cette partie cassait le rythme général. La révélation autour de la personne qu’il rejoint redonne un intérêt à cette intrigue, mais la fragmentation qu’elle crée est notable.
Évidemment, l’élément central de l’épisode reste Pennywise. Son apparition, plus affirmée que dans les épisodes précédents, joue sur un mélange de menace et d’imprévisibilité. J’ai trouvé son retour plutôt efficace, moins pour les scènes d’horreur en elles-mêmes que pour la manière dont il orchestre la panique. La série conserve une idée intéressante : Pennywise ne fait pas que tuer, il manipule, dévie, détourne les peurs. Certaines scènes illustrent bien cette dynamique, même si le résultat reste parfois inégal. Le monstre apparaît, disparaît, provoque des visions, relance les traumatismes de chacun, et c’est précisément dans ce flou que la peur fonctionne le mieux.
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Visuellement, l’épisode oscille entre moments réussis et séquences moins convaincantes. Les égouts jouent leur rôle, mais certaines apparitions souffrent d’un rendu trop artificiel. Cela n’enlève pas la tension, mais rappelle que la série possède un imaginaire ambitieux qu’elle n’arrive pas toujours à maîtriser. Les scènes d'action, en particulier celles impliquant les militaires, manquent un peu de lisibilité et donnent parfois l’impression d’être précipitées. En revanche, les visions personnelles, notamment celles liées au passé de certains personnages, apportent une dimension plus psychologique qui renforce l’émotion. L’épisode 5 tente beaucoup de choses. Certaines fonctionnent, d’autres moins, mais l’ensemble dégage une impression de chaos qui, paradoxalement, sert l’atmosphère de Derry.
La ville semble perdre sa cohérence, les habitants perdent pied, les alliances se brouillent, et tout ce qui a été établi jusque-là se mélange. Cette confusion crée une forme d’urgence narrative qui porte l’épisode jusque dans ses moments les plus bancals. Ce qui me reste à la fin, c’est le sentiment d’un épisode dense, parfois maladroit, souvent captivant, qui pose les jalons d’un final probablement plus violent et plus centré sur l’histoire profonde de la créature. Ça : Bienvenue à Derry continue de naviguer entre ambition mythologique et drame humain. L’épisode 5 illustre parfaitement cette direction : imparfait, instable, mais chargé d’idées qui méritent d’être suivies jusqu’au bout.
Note : 7/10. En bref, une plongée confuse mais fascinante dans les entrailles de la série.
Disponible sur HBO max
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