10 Novembre 2025
Ça : Bienvenue à Derry // Saison 1. Episode 3. Now You See It.
Troisième étape de la série, “Now You See It” marque un tournant dans Ça : Bienvenue à Derry. Le récit prend le risque d’étirer son mythe sur plusieurs décennies, oscillant entre la terreur enfantine et les intrigues politiques d’adultes hantés. Pourtant, au lieu d’un crescendo d’angoisse, cet épisode donne l’impression de piétiner. J’ai eu la sensation d’assister à une pause forcée : celle d’un monde qui cherche encore la bonne manière d’effrayer, de raconter, et surtout d’exister à côté de l’ombre immense de Pennywise. L’ouverture, située en 1908, est sans doute le moment le plus marquant. Un jeune garçon, Francis Shaw, découvre la peur dans un carnaval à la fois fascinant et dangereux.
La scène, baignée d’une lumière artificielle et de murmures de fête, trouve une justesse que le reste de l’épisode peine à retrouver. La peur ne vient pas du monstre, mais du regard d’un enfant forcé d’affronter ce qu’il ne comprend pas. Ce passage d’un autre temps fait écho à ce que la série fait de mieux : montrer que l’horreur de Derry n’est pas toujours surnaturelle, mais qu’elle s’inscrit dans la transmission, les non-dits et les traumatismes transmis d’une génération à l’autre. Ce qui frappe le plus ici, c’est la manière dont la série continue à retarder l’apparition du clown. Ce choix de mise en scène, voulu ou non, crée une tension paradoxale. À force de le garder hors-champ, la peur finit par se dissoudre.
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Pennywise n’est plus une menace tangible, mais une idée, presque abstraite. Cela pourrait fonctionner si le reste tenait l’équilibre, mais les rares moments d’horreur visuelle manquent de puissance. L’utilisation d’effets numériques trop voyants enlève la densité du cauchemar et transforme certaines séquences en spectacle désincarné. Je comprends la volonté d’éviter la redite, mais sans incarnation du mal, l’atmosphère s’affaiblit. Côté adolescent, le cœur supposé du récit, la série peine à retrouver la spontanéité des débuts. Lilly, revenue d’un internement à Juniper Hill, reprend sa place dans un groupe d’enfants qui veulent prouver l’existence du monstre à travers une photo.
L’idée a du potentiel : l’appareil photo devient un symbole du regard, de la preuve, de la tentative de rationaliser l’irrationnel. Mais la scène du cimetière, censée être le climax horrifique de l’épisode, tombe à plat. Tout semble trop chorégraphié, trop artificiel. J’ai eu du mal à y croire, autant dans la peur que dans les dialogues. Les enfants mériteraient un espace plus intime, moins mécanique, pour que leur vulnérabilité serve réellement le propos. Là, ils semblent simplement rejouer un rituel déjà vu ailleurs. En parallèle, l’intrigue militaire prend de l’ampleur. Francis Shaw, devenu général, revient à Derry avec le souvenir enfoui de ce qu’il a vu enfant. Il veut comprendre, mais surtout contrôler.
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Sa relation retrouvée avec Rose, figure ancrée dans la communauté autochtone, apporte une nuance bienvenue : celle d’un monde qui refuse de laisser les vivants creuser sur des terres hantées. J’ai trouvé cette partie plus solide que celle des enfants. Le dialogue entre Shaw et Rose, empreint de regrets et de méfiance, rappelle que Derry est une ville qui efface les souvenirs comme pour se protéger d’elle-même. C’est une idée forte, presque poétique : la mémoire comme champ de bataille. L’épisode gagne en intensité dès que Dick Hallorann entre en scène. Son lien avec le surnaturel, son don de “shining”, permet enfin à la série de toucher à quelque chose de plus viscéral.
Sa vision dans le ciel, où il perçoit les profondeurs du repaire de Pennywise, offre un court instant d’angoisse véritable. La mise en scène bascule alors dans une ambiance de rêve éveillé, où la peur devient métaphysique. Mais cette réussite reste isolée. Elle ne s’intègre pas totalement au reste du récit, comme si Bienvenue à Derry hésitait encore entre deux tons : le drame psychologique et le fantastique pur. Ce troisième épisode met pourtant en place des pistes intéressantes. Il interroge la peur sous plusieurs angles : celle de l’enfance, de la mémoire, du pouvoir. Il montre aussi comment Derry absorbe et transforme la violence des hommes. Mais à force de juxtaposer ses intrigues, la série perd en cohérence.
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La tension entre le récit militaire et celui des enfants illustre bien ce déséquilibre. L’un avance lentement mais solidement, l’autre s’agite sans direction. Le résultat, c’est un épisode qui semble plus servir la mythologie qu’émouvoir ou terrifier. Ce qui m’a le plus gêné ici, c’est la manière dont la peur se transforme en illustration. Les scènes de terreur, souvent saturées d’effets, finissent par diluer le malaise. Là où Ça devait évoquer la peur primitive, celle du silence, de l’eau stagnante, des regards qui se détournent, la série choisit l’éclat et la surcharge. Pennywise n’a pas besoin d’être partout pour exister. Son absence pourrait être terrifiante, si seulement l’écriture osait le vide, la suggestion, le non-dit.
Arrivé à la fin de “Now You See It”, j’ai eu l’impression d’une étape de transition : un épisode qui prépare plus qu’il ne raconte. Bienvenue à Derry possède toujours cette ambiance étrange, presque hypnotique, qui rend la ville fascinante. Mais sans une peur crédible pour la nourrir, elle risque de n’être qu’un décor vide. J’espère que la suite saura reconnecter ces deux mondes — celui des adultes et celui des enfants — pour que l’horreur retrouve son sens : celui d’un écho, pas d’un spectacle.
Note : 4/10. En bref, Bienvenue à Derry possède toujours cette ambiance étrange, presque hypnotique, qui rend la ville fascinante. Mais sans une peur crédible pour la nourrir, elle risque de n’être qu’un décor vide.
Disponible sur HBO max
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