28 Novembre 2025
Certaines séries provoquent un sentiment difficile à expliquer. Son of a Donkey fait partie de celles qui laissent un goût singulier, partagé entre amusement, gêne et perplexité. J’ai toujours eu un faible pour les œuvres qui osent bousculer les habitudes, surtout lorsqu’un humour volontairement grossier sert de moteur narratif. Les Britanniques maîtrisent ce terrain depuis longtemps, mais cette fois, ce sont deux Australiens, Theo et Nathan Saidden, qui s’y aventurent avec une saison de six épisodes diffusée sur Netflix. Dès les premières minutes, la série annonce la couleur : rien n’est trop excessif pour provoquer un rire, même malaisant.
Theo multiplie les plans louches pour récupérer sa voiture à la fourrière, tandis que son père mourant est prêt à tout pour obtenir un nouveau rein.
La question n’est plus de savoir si la limite existe, mais plutôt jusqu’où la création accepte d’aller pour surprendre. Cette démarche donne à la saison un ton très particulier, parfois déroutant, parfois réjouissant, mais toujours animé d’une énergie frénétique. L’intrigue n’a rien de complexe. Un jeune homme, Theo, se retrouve dans une situation improbable après une altercation au volant. L’escalade est rapide, et chaque tentative pour sortir du problème crée une complication supplémentaire. En parallèle, son père cherche désespérément un rein pour remplacer le sien, dans ce qui devient progressivement une quête délirante aux airs de tragédie familiale déformée par l’absurdité.
La mère, elle, occupe une place charnière dans toute cette agitation. Tiraillée entre l'épuisement et le besoin de fuir un quotidien devenu invivable, elle incarne une forme de lucidité perdue dans un univers où personne ne semble vouloir réfléchir plus de trois secondes avant d’agir. Ce trio familial forme le cœur émotionnel – ou plutôt chaotique – de la série. Même lorsqu’un événement frôle l’invraisemblance la plus totale, il s’inscrit dans la logique propre à la fiction des Saidden : une logique où chaque décision, même anodine, peut provoquer une réaction en chaîne improbable. Je savais à quoi m’attendre en lançant Son of a Donkey, mais la série pousse l’humour outrancier dans des zones rarement explorées dans ce format.
Le burlesque s’impose comme le principal outil comique, au point de transformer certaines scènes en véritables performances physiques. J’ai parfois eu l'impression de regarder une version contemporaine de la comédie slapstick – avec une part de violence physique volontairement exagérée –, mais débarrassée de toute retenue. Les gags visuels dominent, souvent construits autour de l’exagération extrême : nourriture avariée, vomissements, cascades improbables, comportements borderline, dialogues hurlés… La série semble penser qu’un rire se gagne par l’accumulation d’images fortes. Cette méthode peut fonctionner, mais elle fatigue aussi à certains moments.
L’un des effets de cette approche est très simple : impossible de rester indifférent. L’humour choque, amuse, agace, mais ne passe jamais inaperçu. Pour ma part, j’ai parfois été partagé entre le plaisir coupable d’un gag assumé et la sensation de traverser une expérience volontairement répugnante. L’écriture des personnages repose sur un principe clair : accentuer les défauts jusqu’à atteindre une forme de caricature consciente. Theo et Johnny, son ami fidèle, incarnent cette logique à merveille. Leur bêtise assumée devient une force comique, presque touchante par moments. Ils vivent dans un monde où la logique se plie à leurs impulsions, ce qui entraîne des décisions toujours plus catastrophiques.
Le père, de son côté, mérite une mention particulière. Rarement je n’avais vu un personnage aussi volontairement primaire, presque animal dans sa façon de bouger, d’agir et de s’exprimer. Il représente l’instinct brut, dépourvu de toute forme de filtre. Sa quête de survie, pourtant tragique dans son essence, devient l’un des moteurs humoristiques récurrents de la série. Cette exagération permanente crée un décalage constant : les situations sont absurdes, mais les motivations restent étonnamment claires. Chaque personnage poursuit un objectif précis, et cette clarté permet à la saison de garder un fil conducteur malgré son chaos général. Ce qui surprend le plus, c’est la manière dont la réalisation parvient à magnifier certaines scènes.
Derrière le désordre apparent, plusieurs séquences d’action montrent une vraie recherche visuelle. Certaines poursuites, bagarres et collisions affichent une intensité qui contraste avec le ton tapageur de la série. Cette ambition donne à la saison une dimension inattendue. Même lorsque l’humour me perdait, la créativité visuelle me ramenait dans le récit. La série joue sur ce contraste constant : chaos et maîtrise, vulgarité et précision technique. Cela ne transforme pas la série en œuvre sophistiquée, mais cela témoigne d’un soin réel dans la fabrication. Les Saidden connaissent leurs personnages, leur univers, et ils savent comment les mettre en scène pour maximiser leur impact comique.
Cette saison mise sur des séquences fortes plutôt que sur une succession de petites idées. Cela donne parfois l’impression qu’un épisode repose sur un unique ressort comique étiré dans la durée. L’effet dépend donc beaucoup de la sensibilité du spectateur. Certains apprécieront cette clarté narrative, d’autres regretteront une forme de répétitivité. Pour ma part, cette continuité apporte une certaine valeur à la saison. Elle permet d’explorer les conséquences des décisions absurdes des personnages, mais aussi d’offrir une vraie conclusion à leurs arcs. Le final surprend par sa volonté de ramener un peu de cohérence dans ce grand désordre, ce que je n’attendais pas forcément.
Je ne conseillerais pas Son of a Donkey sans avertissement. La série ne cherche pas à plaire à tout le monde, et certaines scènes risquent de rebuter même les amateurs d’humour décomplexé. Pourtant, malgré ses excès, la saison possède une identité qui mérite d’être soulignée. Les Saidden ne tentent pas de rendre leurs personnages sympathiques, ni de lisser leur style pour séduire un public plus large. Ils développent leur univers selon leurs propres règles, et la saison s’en ressent. Cela crée une œuvre imparfaite, parfois irritante, mais profondément personnelle.
Après six épisodes, mon impression reste contrastée. La série m’a fait sourire à plusieurs reprises, parfois malgré moi. Elle m’a aussi exaspéré, notamment lorsque l’hystérie prenait le pas sur l’écriture. Mais elle m’a surtout donné la sensation de découvrir une proposition singulière, portée par deux créateurs qui refusent de jouer la sécurité.
Note : 5/10. En bref, Son of a Donkey ne révolutionne rien, mais elle explore une voie peu empruntée : celle d’un humour sale, direct, assumé, qui préfère provoquer plutôt que séduire. La saison 1 n’est pas parfaite, loin de là, mais elle possède une personnalité bien définie. Et dans un paysage comique souvent formaté, cette singularité mérite d’être notée.
Disponible sur Netflix
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