28 Novembre 2025
Bad Shabbos // De Daniel Robbins. Avec Milana Vayntrub, Kyra Sedgwick et Ashley Zukerman.
Parler de Bad Shabbos revient un peu à décrire un dîner de famille où tout part en vrille… mais sans l’énergie joyeuse qui transforme habituellement la catastrophe en bon souvenir. Le film s’annonce comme une farce familiale autour d’un Shabbat mouvementé, mais finit surtout par ressembler à une succession d’idées mal ajustées, comme si plusieurs versions du scénario s’étaient affrontées sans trancher. Le résultat n’est pas détestable, mais il manque clairement de cohérence et surtout d’humour véritable, ce qui met un sérieux coup de frein à son potentiel. L’histoire se déroule autour d’un dîner organisé pour présenter Meg, la petite amie de David, à sa famille.
Un couple de confessions différentes réunit leurs parents pour la première fois lors d'un dîner de shabbat.
Meg est en plein processus de conversion, ce qui devrait logiquement créer un terrain fertile pour les tensions légères, les incompréhensions culturelles et les échanges maladroits. À la place, tout se transforme en chaos mal contrôlé après une mauvaise blague d’Adam, le petit frère. Ce simple “prank” déclenche une réaction en chaîne qui fait basculer le film dans une forme de comédie noire assumée… mais pas vraiment maîtrisée. La mort accidentelle d’un des invités est censée lancer le cœur comique du film. Sauf qu’ici, cette disparition n’a rien de la farce attendue : elle est tellement lourde et mal intégrée que l’effet recherché se retourne contre le scénario.
Au lieu de rire du côté absurde de la situation, j’ai surtout ressenti un malaise qui n’avait rien de volontaire. Le film joue avec un sujet trop pesant pour en faire une base solide de comédie. Le ton devient flou, les repères émotionnels disparaissent, et la farce se change en drôle de limon où les rires se font rares. Ce mélange de comédie familiale et de mort accidentelle aurait pu fonctionner si la mise en scène s’était laissée aller à l’excès total. À la place, la réalisation reste coincée entre réalisme et folie, sans oser pencher franchement vers l’un ou l’autre. Résultat : les scènes censées provoquer l’hilarité semblent hésitantes, souvent bruyantes, parfois poussives. Le film cherche un rythme comique qu’il ne trouve jamais vraiment.
Une des raisons tient au décor principal : un appartement qui se veut chaleureux et familial, mais qui devient vite étouffant. La caméra tourne autour des personnages sans leur offrir de véritable espace, donnant l’impression d’un huis clos qui ne dégage ni tension comique ni tension dramatique. Cette sensation de claustrophobie n’aide pas vraiment à s’immerger dans le chaos. Au contraire, elle amplifie l’impression de désordre, comme si le film ne contrôlait pas ce qu’il avait lui-même mis en place. Du côté des personnages, l’écriture oscille entre bonnes idées et manque de nuance. David se retrouve au centre de tout, balloté entre sa mère autoritaire, sa petite amie stressée, et des parents d’origine plus réservée que la situation ne mérite.
Le tout crée une dynamique familiale qui aurait pu exploser de manière drôle et vive. Malheureusement, les conflits restent souvent fades, trop sages pour un film qui se présente comme une comédie déjantée. Le personnage d’Adam, en particulier, laisse une drôle d’impression. Son obsession maladroite autour de sujets militaires crée un décalage qui n’apporte ni humour ni profondeur. Ce choix scénaristique tombe comme un cheveu sur la soupe, et ne sert ni la comédie ni le propos. En pleine actualité internationale, c’est une idée qui aurait mérité un traitement plus subtil — ou simplement d’être mise de côté. Heureusement, quelques rôles parviennent à faire sourire. Jordan, le gardien de l’immeuble, incarne le souffle le plus drôle du film.
Sa manière de se glisser dans le mensonge collectif apporte un bref regain d’énergie, même si le scénario finit par l’entraîner dans une finale brouillonne qui gâche un peu le plaisir. De leur côté, les parents de Meg, gentiment dépassés, rappellent l’humour de certaines comédies familiales américaines plus classiques. Ils apportent un regard extérieur qui aurait pu servir de miroir comique… si le film avait pris le temps de les développer. La représentation du Shabbat manque parfois de rigueur, ce qui crée des incohérences visibles. Entre des interdits respectés à moitié, des pratiques qui semblent activées ou désactivées selon les besoins de l’intrigue, et une ambiance religieuse utilisée comme simple décor, l’ensemble donne l’impression d’un traitement superficiel.
Cette légèreté aurait pu être un parti pris comique, mais elle finit surtout par affaiblir l’ambiance censée porter l’histoire. Le film souffre également d’un problème de construction. Les sous-intrigues, pourtant nombreuses, restent inabouties. Certaines relations familiales sont esquissées puis abandonnées. Des pistes intéressantes sont lancées sans jamais s’épanouir. À mesure que l’intrigue avance, le film semble tourner en rond, répétant les mêmes situations, les mêmes cris, les mêmes tentatives d'humour qui ne décollent pas. Pourtant, tout n’est pas à jeter. Bad Shabbos a clairement un charme de premier film, une énergie sincère qui transparaît dans certaines idées.
Le dialogue est parfois vif, quelques répliques fonctionnent, et l’envie de créer une comédie familiale débridée se ressent. Mais cette ambition reste à l’état de brouillon, comme si le film n’avait pas eu le temps — ou la distance — nécessaire pour affiner son ton. En fin de compte, Bad Shabbos laisse l’impression d’un projet qui aurait pu être beaucoup plus efficace s’il avait fait preuve de retenue. En tentant d’ajouter couches sur couches — la comédie familiale, la farce, le malaise, le mensonge collectif, les identités religieuses — le film finit par perdre l’essentiel : livrer une bonne histoire capable de faire rire sans mettre mal à l’aise.
Note : 3.5/10. En bref, pour les amateurs de dîners catastrophes et de comédies juives, il y a quelques moments amusants (et encore…). Pour le reste, le film risque surtout d’inspirer des soupirs, quelques rires nerveux, et cette frustration un peu triste qu’on ressent devant un projet qui avait du potentiel, mais qui n’a pas su où mettre le curseur.
Prochainement en France en SVOD
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog