Tremembé (Saison 1, 5 épisodes) : un face-à-face avec une réalité qui met mal à l’aise

Tremembé (Saison 1, 5 épisodes) : un face-à-face avec une réalité qui met mal à l’aise

La première saison de Tremembé m’a plongé dans un type d’histoire que je n’ai pas l’habitude de suivre d’une traite. J’ai lancé le premier épisode avec un léger recul, persuadé de tomber sur une fiction attendue autour d’affaires criminelles très connues au Brésil. Dès les premières minutes, j’ai compris que la série n’allait pas s’installer dans un terrain classique. Elle s’approprie un lieu réel, réputé pour abriter plusieurs détenus très médiatisés, et construit autour de cet endroit un récit où chaque choix semble calculé pour bousculer la perception du spectateur. Les auteurs ne reviennent pas sur les crimes par souci d’exhaustivité. 

 

L'arrivée de Suzane von Richthofen bouleverse l'ordre à Tremembé et déclenche une lutte de pouvoir avec Elize Matsunaga. Anna Carolina Jatobá cherche une protection, tandis que Nardoni, les frères Cravinhos, Roger A. et d'autres sont confrontés à des affrontements internes et défient le système.

 

Ils s’intéressent surtout à ce qu’il reste quand les tribunaux ont déjà rendu leur verdict. Dans cet espace clos, les détenus vivent, parlent, manipulent, espèrent parfois et cherchent surtout à garder un certain contrôle sur leur environnement, même minime. Cette approche m’a frappé, car elle force à regarder un univers que la plupart des gens préfèrent maintenir à distance. Au centre de la saison, une jeune femme condamnée pour l’assassinat de ses parents. La série la montre au moment où elle entre à Tremembé, sans chercher à susciter la compassion. Il ne s’agit pas d’une tentative de réhabilitation. 

 

Elle avance dans cette prison comme quelqu’un qui connaît déjà les règles implicites d’un milieu où chaque regard pèse plus que les mots. La manière dont la série la filme est étrange : pas de transformation en héros, pas de condamnation frontale non plus. J’ai ressenti une gêne constante, comme si le récit voulait forcer un contact direct avec une personnalité dont l’attitude reste insaisissable. Sa relation avec les autres détenues crée une atmosphère tendue, parfois presque silencieuse, car beaucoup de choses se jouent dans des micro-interactions : un changement de ton, un sourire trop long, une remarque qui semble innocente mais qui ne l’est pas.

 

Ce qui m’a surpris, c’est la cohabitation de plusieurs affaires que je connaissais déjà. Les épisodes croisent ainsi les trajectoires de différents condamnés, hommes et femmes, que la presse brésilienne a longuement commentés. L’effet produit n’a rien à voir avec un assemblage de dossiers criminels. La série s’en sert pour montrer que Tremembé fonctionne comme un petit écosystème fermé où se croisent des personnalités très fortes, parfois dangereuses, parfois ambiguës. La présence d’un couple condamné pour la mort de leur enfant, d’un agresseur sexuel et d’autres détenus dont les actes sont parmi les plus choquants de leur époque crée un espace narratif instable. 

 

La série ne demande jamais au spectateur de prendre parti, mais elle laisse circuler une tension constante : ces personnes vivent ensemble, se croisent au réfectoire, se jaugent lors de visites, se disputent, négocient ou s’ignorent volontairement. Ce qui m’a marqué, c’est la manière dont Tremembé montre leurs interactions sans chercher à les rendre plus esthétiques. Chaque scène laisse filtrer une part de malaise, car les détenus ont des comportements parfois surprenants, presque banals, qui contredisent ce que l’on sait d’eux. Cette banalité du quotidien est dérangeante à observer. La série révèle un fonctionnement carcéral très particulier, parfois difficile à croire si l’on ne connaît pas le contexte brésilien. 

 

Certains détenus obtiennent des permissions de sortie, d’autres bénéficient de régimes semi-ouverts. La fiction ne pose pas de jugement, mais l’écart entre la gravité des crimes et ces avantages m’a laissé perplexe. La façon dont les détenus communiquent avec les médias est également mise en avant. Certains reçoivent des journalistes, négocient des interviews, parlent de leur vie intime ou de leurs émotions comme si leur histoire faisait partie d’un spectacle permanent. Ce rapport aux caméras m’a rappelé à quel point la célébrité criminelle peut prendre la place de toute autre forme d’existence. La série introduit de nombreuses relations affectives, parfois sexuelles, entre prisonniers ou entre prisonniers et visiteurs. 

 

Ces scènes sont fréquentes et s’invitent dans le récit de manière répétée. Elles témoignent d’un besoin d’échapper à la pression de la détention, mais elles deviennent aussi un motif qui prend de la place au détriment d’autres axes narratifs. J’aurais apprécié un traitement plus mesuré, car ces séquences finissent par détourner l’attention des enjeux judiciaires ou psychologiques. Elles créent une sorte de rythme artificiel, comme si l’histoire voulait remplir des espaces vides plutôt que creuser les personnages. Ce qui différencie Tremembé d’autres séries inspirées de faits réels, c’est son esthétique très affirmée. Les épisodes utilisent des couleurs qui tranchent avec la dureté des lieux. 

 

Les transitions sont rapides, parfois presque clipesques. La bande sonore joue un rôle important mais reste difficile à cerner : elle ne soutient pas toujours le ton des scènes et crée un effet décalé. Cette identité visuelle donne une dynamique particulière à l’ensemble, mais elle génère aussi une distance. À plusieurs reprises, j’ai eu la sensation que le choix esthétique prenait le pas sur ce que l’histoire tentait de raconter. Les acteurs incarnent leurs personnages avec un sérieux visible. Certains réussissent à transmettre une densité rare, grâce à des gestes retenus ou des regards évocateurs. D’autres sont plus démonstratifs, ce qui crée un contraste assez fort entre les scènes.

 

Le personnage de la détenue au cœur du récit masculin comme féminin garde une présence constante, même lorsqu’elle n’est pas à l’écran. D’autres figures, pourtant marquantes dans la réalité, apparaissent parfois moins travaillées, comme si la série n’avait pas eu le temps de leur offrir une construction plus approfondie. Après cinq épisodes, je suis resté avec davantage de questions que de certitudes. Tremembé ne cherche pas à expliquer le système pénal brésilien ni à justifier les trajectoires criminelles. Elle se contente d’exposer un cadre, des comportements, des tensions et un environnement où tout semble mouvant. Ce choix peut déranger, mais il donne à la série une identité propre. 

 

Elle force à regarder ces individus dans leur quotidien et non dans leurs seuls crimes. Cela n’excuse rien et ne condamne rien non plus : cela montre seulement une réalité que beaucoup préfèrent ignorer. La saison 1 de Tremembé n’est pas une série confortable. Elle ne cherche pas à séduire. Elle expose, parfois maladroitement, parfois avec une intensité particulière, les contradictions d’un univers pénitentiaire où les destins médiatiques croisent la banalité la plus brute. Même si certains choix narratifs ou esthétiques m’ont laissé sceptique, la série a eu le mérite de me maintenir dans un état d’observation constant. Elle soulève des pistes de réflexion : la responsabilisation, la médiatisation du crime, le rôle de la prison dans une société qui peine à trouver un équilibre entre justice, punition et exposition publique.

 

Note : 5/10. En bref, la saison 1 de Tremembé n’est pas une série confortable. Elle ne cherche pas à séduire. Elle expose, parfois maladroitement, parfois avec une intensité particulière, les contradictions d’un univers pénitentiaire où les destins médiatiques croisent la banalité la plus brute.

Disponible sur Amazon Prime Video

Amazon a renouvelé Tremembé pour une saison 2.

 

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