29 Novembre 2025
I Wish You All the Best // De Tommy Dorfman. Avec Corey Fogelmanis, Alexandra Daddario et Cole Sprouse.
Parler d’identité à travers un film destiné au grand public reste un exercice délicat. I Wish You All the Best choisit pourtant de s’y aventurer avec une douceur assumée, sans chercher à provoquer ou à choquer. Le film préfère suivre une trajectoire plus intime, presque feutrée, centrée sur le parcours de Ben, un·e ado non-binaire rejeté·e par ses parents et recueilli·e par sa sœur. Ce choix narratif donne à l’ensemble une tonalité bienveillante, qui peut parfois sembler trop propre, mais qui n’enlève rien à l’émotion sincère qui traverse le film. C’est cette chaleur et cette attention portée aux personnages qui donnent à I Wish You All the Best un charme réel, même lorsque le récit reste dans des zones de confort.
Ben est un adolescent non binaire brillant mais introverti qui a passé sa vie à faire semblant d'être le "fils" parfait de ses parents ultra-religieux du Sud. Lorsque Ben est mis à la porte de la maison et emménage avec sa sœur, il va découvrir ce qu'est vraiment l'amitié et l'amour.
Tommy Dorfman, qui adapte ici le roman de Mason Deaver, signe une mise en scène qui cherche rarement l’originalité formelle, mais qui brille par sa sensibilité. La caméra reste souvent proche du visage de Ben, captant ces micro-mouvements qui racontent autant qu’un long discours. Corey Fogelmanis porte véritablement le film, donnant vie à un personnage qui apprend à respirer à son rythme, à se tenir droit, à marcher autrement, comme si chaque geste était une étape vers une existence plus authentique. Ce jeu tout en retenue offre au film une humanité touchante, loin de l’artifice.
L’un des aspects les plus marquants de I Wish You All the Best est son refus d’enfermer Ben dans la souffrance. Le point de départ est brutal — être mis à la porte en venant out auprès de parents conservateurs — mais le film ne s’y attarde pas. Il préfère suivre ce qui se passe après, quand la vie tente de se reconstruire, quand un geste d’empathie suffit à dessiner un nouvel horizon. Hannah, la sœur de Ben, représente ce refuge inattendu. Alexandra Daddario interprète ce rôle avec une sincérité touchante, loin de ses personnages plus glamour habituels. On ressent la culpabilité, la maladresse, mais aussi la détermination à faire en sorte que Ben ne manque plus jamais de soutien.
À ses côtés, Thomas, joué par Cole Sprouse, apporte une note de chaleur tranquille. Il ne comprend pas tout, il se trompe parfois, mais il cherche à apprendre. C’est ce genre de détails qui rendent le film crédible dans son approche de l’acceptation : rien n’est parfait, mais tout le monde essaie. Le lycée devient alors un espace où Ben, malgré la peur, trouve un peu de lumière. La rencontre avec Nathan, souriant, spontané, attentionné, agit comme une bouffée d’air. Leur relation avance sans précipitation, sans drame inutile. Cette simplicité pourra peut-être sembler trop lisse à certains spectateurs, mais elle donne à l’histoire une douceur qui fait du bien. Parmi les figures secondaires, Ms. Lyons, l’enseignante d’art interprétée par Lena Dunham, reste l’un des piliers du film.
Elle incarne ce mentor qu’on rêverait tous d’avoir à un moment charnière de la vie : quelqu’un qui voit ce qu’on n’ose pas montrer, qui encourage à transformer la confusion en création. Les scènes entre Ben et elle comptent parmi les plus belles du film. On y observe Ben recomposer son identité à travers des collages, des couleurs, des fragments visuels qui deviennent peu à peu un autoportrait assumé. Le film ne cache pas son message : la compassion peut changer des trajectoires. À travers un groupe d’amis, une salle d’art, un foyer bricolé, Ben réapprend à se sentir légitime. Cela peut sembler idéaliste, mais c’est aussi ce qui permet au film d’exister : montrer qu’un chemin plus doux est possible.
Il serait malhonnête de prétendre que I Wish You All the Best ne souffre d’aucune limite. Certains conflits se résolvent rapidement. Quelques scènes donnent le sentiment d’être pensées pour adoucir le récit plutôt que pour l’enrichir. Le parcours de Ben avance avec une fluidité presque irréelle dans un contexte où la réalité est souvent bien plus chaotique. Le film s’autorise même plusieurs moments de pardon assez immédiats, ce qui peut laisser un goût un peu trop sucré. Mais la sincérité de la mise en scène compense ces faiblesses. Tommy Dorfman préfère la nuance aux effets faciles. Sa caméra observe sans juger. Ce choix artistique donne au film une cohérence : tout respire la bienveillance, même quand les émotions débordent.
La progression de Ben, visible autant dans leur attitude que dans leurs mots, permet au récit de garder une direction claire malgré un rythme parfois sage. L’un des éléments les plus importants d’I Wish You All the Best réside dans sa capacité à offrir de la visibilité à un personnage non-binaire sans caricature. Le film montre un quotidien possible, où l’identité n’est ni un fardeau constant ni une intrigue sensationnaliste. Ce traitement simple, honnête et respectueux rend l’œuvre précieuse pour celles et ceux qui se cherchent, tout en offrant au public un regard plus juste et apaisé. Corey Fogelmanis incarne Ben avec une maturité rare. Leur jeu apporte un supplément d’âme à chaque scène.
Leur transformation progressive n’a rien d’un arc dramatique forcé : elle repose sur des gestes minuscules, des regards qui changent, des épaules qui se détendent. À travers eux, le film affirme que la joie peut être un acte de résistance. I Wish You All the Best ne révolutionne pas le cinéma. Son style reste simple, ses choix parfois faciles. Mais son humanité, elle, reste difficile à ignorer. À une époque où les personnes LGBTQ+ subissent encore trop souvent invisibilisation et violence, voir une histoire où l’empathie permet à un jeune d’exister sans se cacher a quelque chose de précieux.
Bien sûr, le film ne pourra pas convenir à ceux qui cherchent une approche plus rugueuse ou un drame plus complexe. Pourtant, sa douceur, ses personnages lumineux et son message d’espoir suffisent largement à toucher. C’est un film qui réchauffe, qui apaise, qui rappelle que chaque être mérite un endroit où respirer librement. Et parfois, dans un monde bruyant, cette simple vérité suffit.
Note : 6/10. En bref, I Wish You All the Best ne révolutionne pas le cinéma. Son style reste simple, ses choix parfois faciles. Mais son humanité, elle, reste difficile à ignorer. À une époque où les personnes LGBTQ+ subissent encore trop souvent invisibilisation et violence, voir une histoire où l’empathie permet à un jeune d’exister sans se cacher a quelque chose de précieux.
Prochainement en France en SVOD
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog