1 Novembre 2025
Watching You, la dernière création australienne diffusée sur Stan, démarre fort, installe une tension immédiate, puis s’effondre en route. Le premier épisode accroche, le concept attire, le cadre visuel séduit… mais au fil des six épisodes, la curiosité se transforme en agacement. Adaptée librement du roman The Last Guests de J.P. Pomare, la série part d’un postulat très fort : un couple, un adultère, et une découverte troublante — une caméra cachée qui a tout enregistré. Un point de départ simple, presque banal, mais prometteur.
Pourtant, Watching You n’arrive jamais à tenir la promesse de son intrigue. Les premières minutes donnent envie d’y croire. Lina, paramédic, vit une relation stable avec Cain, pompier, le fiancé idéal sur le papier. Ensemble, ils semblent former un duo équilibré, jusqu’à cette soirée où tout déraille. Un jeu de séduction, une nuit imprévue, et le lendemain, la révélation : leur moment d’égarement a été filmé. La mise en scène du premier épisode est soignée. L’image est léchée, l’ambiance feutrée, la caméra sait capter la tension entre intimité et malaise. Le spectateur ressent la menace sans qu’elle soit encore visible.
Cette atmosphère d’inquiétude sourde fonctionne bien : on sent que quelque chose se prépare, que le danger n’est pas loin. Le tout repose alors sur une question à la fois moderne et angoissante : jusqu’où notre vie privée peut-elle être violée ? À ce stade, la série a tout pour plaire — un concept ancré dans l’époque, un casting solide, et un rythme maîtrisé. Mais très vite, l’intérêt s’étiole. Dès le troisième épisode, le suspense s’effrite, la narration se dilue, et la tension initiale disparaît. Ce qui devait être un thriller psychologique devient une sorte de soap-opera policier. Les rebondissements s’accumulent, sans réelle cohérence. Le scénario tente d’étirer une histoire qui aurait sans doute mieux tenu sur quatre épisodes.
Les personnages secondaires prennent une place artificielle ; certains retournements de situation tombent à plat. Le cœur du propos — la surveillance, le voyeurisme, la manipulation — finit par s’effacer au profit de petites intrigues sentimentales. On passe alors plus de temps à suivre les disputes, les trahisons et les “je t’aime, moi non plus” qu’à explorer le vrai sujet du départ. C’est frustrant, parce que la matière était là. Lina, incarnée par Aisha Dee, reste la figure centrale de Watching You. Son jeu est précis, son regard toujours habité, et son énergie donne de la crédibilité aux premiers épisodes. Elle réussit à exprimer la culpabilité, la peur, et la colère sans jamais surjouer.
Mais à mesure que la série avance, le personnage devient de moins en moins attachant. Les choix qu’elle fait, souvent absurdes, cassent la logique interne du récit. Son comportement finit par fatiguer : difficile d’éprouver de l’empathie pour quelqu’un qui enchaîne les mauvaises décisions tout en se posant en victime. Il ne s’agit pas de vouloir une héroïne parfaite, mais simplement cohérente. Or, Watching You donne parfois l’impression de la faire agir en fonction du scénario, pas de sa psychologie. Le résultat : un personnage qui perd en crédibilité à mesure qu’on le découvre. Sur le plan technique, la série reste correcte. La réalisation installe une ambiance trouble, parfois presque claustrophobe.
On sent l’influence des thrillers érotiques des années 1990, revisités à l’ère du numérique. Mais cette esthétique, bien qu’efficace, finit par tourner en boucle. Les épisodes se ressemblent, les lieux aussi. La série aurait gagné à être plus audacieuse, à casser ses cadres, à surprendre. Là où elle pourrait pousser plus loin le malaise ou l’intimité violée, elle reste dans la suggestion, voire dans la répétition. Le rythme est un autre problème. Après un démarrage prometteur, la tension redescend brutalement, et la série peine à la relancer. Certains épisodes paraissent interminables, d’autres bâclés. L’équilibre n’est jamais retrouvé. Ce qui rend Watching You frustrante, c’est la pertinence du sujet.
L’idée qu’un espace personnel puisse être espionné, qu’un simple appartement puisse cacher des yeux invisibles, est profondément moderne. La peur d’être filmé, de voir son intimité exposée sans consentement, touche tout le monde aujourd’hui. Pourtant, la série ne parvient jamais à exploiter ce potentiel jusqu’au bout. Elle effleure les thèmes du consentement, du contrôle, de la honte, sans les explorer vraiment. Tout est là, mais rien n’est creusé. À force de vouloir ménager le public, Watching You finit par perdre son mordant. Même la menace centrale — ce fameux voyeur invisible — manque de consistance. On l’attend, on l’imagine, mais on ne le ressent jamais vraiment. Résultat : l’angoisse s’émousse, et la peur laisse place à l’indifférence.
Arrivé au dernier épisode, il ne reste plus grand-chose de la promesse initiale. L’intrigue se boucle dans la précipitation, comme si la série cherchait simplement à finir plutôt qu’à conclure. Les explications tombent à plat, les émotions ne suivent plus. Le dénouement laisse un goût amer. Non pas parce qu’il est choquant, mais parce qu’il semble bâclé. Les enjeux sont dissipés, les personnages sont vidés, et la tension retombe sans éclat. Ce sentiment d’inachevé domine les dernières minutes. Watching You avait tout pour devenir un thriller psychologique marquant. Le thème est fort, le casting solide, la mise en scène prometteuse. Mais la série se perd dans ses longueurs et ses hésitations.
Elle commence comme un drame intime intelligent, pour finir comme un mélodrame paresseux. Le premier épisode donne envie d’enchaîner, le deuxième maintient la curiosité, puis la lassitude s’installe. On se surprend à décrocher, à attendre la fin plus qu’à la craindre. C’est dommage, parce qu’il y avait là une vraie occasion de traiter la peur moderne de la surveillance, cette angoisse de vivre sous un regard constant. Mais Watching You préfère se concentrer sur la culpabilité individuelle plutôt que sur la menace collective. Le résultat reste correct, mais loin d’être marquant.
Note : 4/10. En bref, Watching You avait tout pour devenir un thriller psychologique marquant. Le thème est fort, le casting solide, la mise en scène prometteuse. Mais la série se perd dans ses longueurs et ses hésitations.
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