19 Décembre 2025
10 Dance // De Keishi Otomo. Avec Ryoma Takeuchi, Keita Machida et Shiori Doi.
Quand 10 Dance arrive sur Netflix, l’attente est là. Une adaptation live-action d’un manga BL populaire, deux danseurs rivaux, de la compétition, de la tension physique et émotionnelle… Sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour séduire les amateurs de romance et de films musicaux. Dans les faits, le résultat reste correct, parfois plaisant, mais laisse une impression d’inachevé assez frustrante. Le point de départ est pourtant simple et efficace. Shinya Suzuki, champion de danses latines, et Shinya Sugiki, star de la danse de salon, sont poussés à collaborer pour apprendre chacun la spécialité de l’autre. L’objectif final est une compétition mythique : le fameux « 10 Dance », qui mélange les deux disciplines.
Deux danseurs que tout oppose à part leur passion décident de s'associer pour gagner une compétition. Malgré des débuts compliqués, ils apprennent rapidement à s'aimer.
Rivalité, ego, attirance mal assumée… le trope enemies-to-lovers est clairement assumé, et ce n’est pas un problème en soi. Le cinéma et les séries vivent très bien de ce genre de mécanique quand elle est bien exploitée. Là où 10 Dance fonctionne le mieux, c’est sans surprise sur la danse. Les acteurs se sont visiblement investis dans l’apprentissage des chorégraphies, et ça se voit à l’écran. Les séquences de danse sont bien filmées, lisibles, parfois élégantes. Le montage prend le temps de montrer les corps en mouvement, les différences de style entre les partenaires, et l’évolution de leur complicité sur la piste. Même sans être passionné de danse, difficile de rester totalement insensible à ces moments-là. C’est clairement le cœur du film.
En revanche, dès qu’il s’agit de raconter une histoire un peu plus dense, 10 Dance commence à patiner. Le film hésite constamment entre plusieurs registres : romance gay assumée, BL plus sage, film sportif, drama psychologique. À force de vouloir cocher plusieurs cases, il ne va jamais vraiment au bout d’une seule. Résultat : la relation entre les deux personnages principaux avance trop vite, puis recule sans raison claire, avant de se résoudre de manière un peu artificielle. Le personnage incarné par Keita Machida est un bon exemple de ce problème. Le film lui attribue un passé, des blocages, une difficulté à avancer dans sa carrière et dans sa vie personnelle. Sur le papier, tout est là.
Mais ces éléments ne sont jamais réellement explorés. Des phrases sont lâchées, des silences sont posés, puis le récit passe à autre chose. Quand le personnage s’éloigne soudainement de son partenaire juste avant les compétitions, il est difficile de comprendre ce qui se joue intérieurement. Le film donne l’impression de raconter quelque chose de profond, sans prendre le temps de le creuser. Ryoma Takeuchi, de son côté, campe un danseur très sûr de lui, parfois agaçant, souvent dans la posture. Là encore, le potentiel est évident, mais le scénario se contente de rester en surface. En dehors de sa fierté et de ses accès de tension, il est compliqué de saisir ce qui l’anime vraiment.
La relation entre les deux hommes repose donc beaucoup sur leur alchimie physique, qui fonctionne, mais pas assez sur une vraie construction émotionnelle. Côté romance, 10 Dance donne le sentiment d’aller trop vite là où il faudrait ralentir. La transition entre rivalité, attirance, rapprochement physique et séparation se fait de manière abrupte. Certaines scènes, comme le fameux baiser dans le train, cherchent clairement à marquer les esprits, mais arrivent presque sans montée en tension préalable. Il manque ce qu’on appelle souvent le « yearning », ce désir contenu, cette attente qui rend la romance vraiment prenante. Ici, tout semble un peu trop direct, puis soudainement dramatique, sans que cela paraisse totalement justifié.
Un autre point qui gêne franchement est l’utilisation de certains clichés, notamment autour des danses latines et des références à Cuba. Même si le film atténue certains aspects problématiques du manga original, les stéréotypes restent bien présents et tombent souvent à plat. Ils n’apportent rien au récit et donnent plutôt l’impression d’un décor un peu paresseux, qui aurait gagné à être repensé, voire supprimé. Cela dit, tout n’est pas à jeter. Keita Machida possède une vraie présence à l’écran. Son jeu passe beaucoup par le regard, par une forme de mélancolie silencieuse. Certaines scènes en gros plan fonctionnent très bien, et laissent entrevoir un personnage plus complexe que ce que le scénario permet réellement de montrer.
C’est probablement l’un des aspects les plus frustrants du film : sentir qu’il y a matière à mieux faire, sans jamais y arriver complètement. Le final illustre assez bien ce sentiment général. La pirouette scénaristique utilisée pour réunir les personnages sur une piste de danse publique manque de subtilité, et la conclusion donne l’impression d’assister à un début plutôt qu’à une fin. Le film se termine sans véritable enjeu résolu, comme s’il comptait ouvertement sur une suite. Difficile de ne pas y voir une stratégie typiquement Netflix, qui laisse volontairement les portes ouvertes sans offrir une vraie satisfaction narrative. Au final, 10 Dance est un film agréable à regarder par moments, surtout pour ses scènes de danse et la complicité évidente de ses deux acteurs principaux.
Mais il reste trop sage, trop pressé, et trop superficiel dans son écriture pour vraiment marquer. L’idée aurait probablement gagné à être développée sous forme de série, avec plus de temps pour explorer les personnages, leur passé, et la lente évolution de leur relation. Pour les fans de BL, le film peut fonctionner comme une introduction prometteuse. Pour les amateurs de récits plus fouillés, il risque de laisser un goût d’inachevé. 10 Dance donne envie de voir mieux, plus long, plus intense… mais, en l’état, il se contente d’être simplement correct.
Note : 6.5/10. En bref, 10 Dance est un film agréable à regarder par moments, surtout pour ses scènes de danse et la complicité évidente de ses deux acteurs principaux. Mais il reste trop sage, trop pressé, et trop superficiel dans son écriture pour vraiment marquer.
Sorti le 18 décembre 2025 directement sur Netflix
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog