Critique Ciné : Afterburn (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Afterburn (2025, direct to SVOD)

Afterburn // De J.J. Perry. Avec Dave Bautista, Olga Kurylenko et Samuel L. Jackson.

 

Certains films post-apocalyptiques imaginent un monde vidé de culture, d’espoir et de sens. Afterburn, lui, a carrément décidé d’anticiper cet avenir et de le livrer sous forme de film. J. J. Perry, qui signe ici une de ses premières réalisations, semble avoir pris la catastrophe solaire du scénario comme modèle : tout ce qui touche à l’inspiration a grillé dès les premières pages du script. Le pitch avait pourtant de quoi susciter une petite étincelle d’espoir : dix ans après une éruption solaire qui a cramé la technologie, un récupérateur musclé doit retrouver la Mona Lisa pour un roi autoproclamé joué par Samuel L. Jackson. 

 

Dix ans après qu'une éruption solaire a anéanti la technologie à travers le monde. Un ancien soldat Jake, récupére des objets de valeur de l'ancien monde pour de riches clients. Sa dernière mission consiste à faire équipe avec Drea afin de s'emparer de la Joconde avant qu'un seigneur de guerre ne l'atteigne en premier.

 

Sur le papier, on s’attend à un voyage nerveux, un brin culotté, à mi-chemin entre chasse au trésor et film d’action moderne. À l’écran, c’est autre chose. Une sorte de randonnée molle dans un paysage marron-beige où même la poussière a l’air déprimée. La première chose qui saute aux yeux dans Afterburn, c’est son esthétique. Pour représenter un monde en ruine, la production semble avoir déniché le filtre Instagram “Post-Apocalypse 101” et décidé de ne plus jamais en sortir. Tout est gris, marron ou noir, comme si la couleur avait déserté par dépit. La caméra, elle, observe tout ça avec le même enthousiasme qu’un chat devant un tapis de bain. 

 

Oui, les décors industriels de Slovaquie donnent une touche réaliste, mais encore aurait-il fallu les filmer avec un minimum de regard. Ici, le décor existe juste parce qu’il est là. Le film aurait pu être tourné dans un parking abandonné que l’effet aurait été le même. À ce niveau, ce n’est plus une direction artistique, c’est un abandon pur et simple. Puis vient Jake, le héros. Dave Bautista le joue avec un silence tellement massif qu’il finirait presque par générer son propre champ gravitationnel. Le personnage est supposé être un ancien soldat taciturne, fatigué du monde, en quête de solitude et d’un bateau. À l’écran, il ressemble davantage à quelqu’un qui a oublié son texte et qui attend qu’un ingénieur du son lui souffle la réplique. 

 

Sa partenaire, Drea, censée apporter un peu de dynamisme, se contente d’exister. Elle tire bien, elle connaît les lieux, elle marche vite. Parfait si le film avait été un didacticiel interactif. Sauf que c’est un long-métrage, pas un jeu pour smartphone. Leur relation ? Aussi vivante qu’un sandwich oublié dans un sac depuis trois jours. Et puis il y a King August, joué par un Samuel L. Jackson manifestement ravi de ne pas rester longtemps. Son rôle consiste à s’amuser cinq minutes, à collectionner des objets comme un brocanteur du futur, puis à repartir aussitôt, probablement pour tourner autre chose de plus inspiré. Même avec son charisme habituel, l’acteur n’a pas assez de matériel pour faire décoller une scène. 

 

Son apparition ressemble à un clin d’œil mal collé. Le général Volkov, l’antagoniste principal, coche toutes les cases du tyran de service : allure martiale, regard dur, passion pour les échecs (bien sûr), discours creux. Un manuel de caricature. Son rôle aurait pu être joué par un panneau en carton, l’effet dramatique aurait été identique. C’est un obstacle, pas un personnage. L’histoire part d’une idée intéressante : sauver une œuvre d’art dans un monde qui a perdu la mémoire. Sauf que le scénario transforme cette belle promesse en parcours guidé sans âme. Chaque scène arrive de façon prévisible, comme les étapes d’un formulaire administratif. 

 

Il y a même une séquence d’ouverture qui rappelle un tutoriel, avec un Stradivarius récupéré pour donner un avant-goût… ou essayer, parce que l’intensité dramatique est proche d’un dimanche matin pluvieux. Quand le film décide de se secouer un peu, il livre quelques combats honnêtes. C’est sans surprise la partie la mieux maîtrisée par J. J. Perry. Le coup d’œil sur les cascades est réel, et certaines scènes apportent un minimum de rythme. Le souci, c’est que tout ça tombe dans le vide. Pas d’émotion, pas d’enjeu, juste du bruit. Comme si le film avait conscience de s’enliser et essayait un boum pour réveiller tout le monde. Même les effets spéciaux semblent victimes de la catastrophe solaire. 

 

Entre explosions en CGI douteux, fumée rajoutée à la va-vite et blessures dignes d’un atelier théâtre au collège, difficile de ne pas hausser les sourcils. Juste au moment où le film aurait pu sauver son image avec une fin percutante, Afterburn tire sa dernière cartouche… dans son propre pied. Le twist sur la Mona Lisa arrive comme un aveu de faiblesse. Plutôt que de conclure intelligemment, l’histoire annule quasiment tout ce qui précède. Cela donne l’impression que même les scénaristes ne croyaient plus au récit. Le film ne se termine pas, il s’éteint. Comme une bougie qu’on oublie dans un coin et qui meurt toute seule.

 

Afterburn voulait proposer un divertissement dans un monde ravagé. Ce qu’il offre, c’est une expérience ravagée, dans un divertissement en ruine. Entre une narration mécanique, un casting laissé sans direction claire, une mise en scène amorphe et un univers visuel qui confond austérité et flemme, le film parvient à rendre l’apocalypse peu excitante. Un exploit en soi. Pour un spectateur amateur de science-fiction ou d’action, il existe des dizaines de films plus vivants, mieux filmés et surtout moins pénibles. Afterburn promettait une aventure dans un monde brûlé. Finalement, la seule chose qui brûle vraiment, c’est la patience du public.

 

Note : 2/10. En bref, Afterburn voulait proposer un divertissement dans un monde ravagé. Ce qu’il offre, c’est une expérience ravagée, dans un divertissement en ruine. Entre une narration mécanique, un casting laissé sans direction claire, une mise en scène amorphe et un univers visuel qui confond austérité et flemme, le film parvient à rendre l’apocalypse peu excitante. 

Prochainement en France en SVOD

 

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