Critique Ciné : Bau, Artist at War (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Bau, Artist at War (2025, direct to SVOD)

Bau, Artist at War // De Sean McNamara. Avec Emile Hirsch, Inbar Lavi et Yan Tual.

 

Sean McNamara est un habitué des films consensuels. Alors qu’il a 14 projets de films à venir (!), il nous proposait en début d’année son biopic ronronnant sur Reagan avec Dennis Quaid et ce mois-ci Soul on Fire sur John O’Leary. Avec Bau, Artist at War il nous raconte l’histoire du faussaire Joseph Bau qui a survécu à aux camps de concentration grâce à ses talents de… faussaire. Mais pour que le récit soit parfaitement consensuel dans le style de Sean McNamara, nous avons une histoire d’amour qui se glisse au milieu. Bau, Artist at War retrace le parcours de Joseph Bau, artiste juif polonais dont les talents de dessinateur et de faussaire ont joué un rôle essentiel pendant la Seconde Guerre mondiale. 

 

Les talents de faussaire de Joseph Bau permettent à de nombreuses personnes d'éviter les atrocités des camps de concentration.

 

Le film met en lumière un destin réel, fort et méconnu, celui d’un homme qui a utilisé l’art comme refuge, comme outil et parfois comme arme. Sur le papier, le sujet possède tout pour toucher, autant par son humanité que par son angle singulier. Pourtant, le résultat à l’écran reste plus convenu que bouleversant. Le réalisateur Sean McNamara aborde cette histoire avec une certaine prudence. Sa mise en scène cherche rarement à surprendre. L’ensemble paraît appliqué, souvent trop sage, comme si le film craignait de déborder du cadre attendu pour un récit situé dans les camps et lié à Schindler. On ressent une volonté d’honorer la figure de Bau, mais cette intention sincère s’accompagne d’un manque d’audace formelle. 

 

Résultat : l’œuvre reste correcte, mais peine à s’imposer face aux nombreuses autres productions consacrées à cette période. Le choix d’alterner couleurs et noir et blanc s’inscrit clairement dans l’empreinte laissée par La Liste de Schindler. Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence : la parenté visuelle est tellement assumée qu’elle devient difficile à ignorer. Malheureusement, la comparaison joue en défaveur du film. Là où Spielberg créait une mise en scène nerveuse, précise et chargée de symboles, McNamara se contente d’un dispositif plus scolaire. Le noir et blanc manque d’impact, comme si l’outil avait été choisi plus pour sa référence que pour une véritable nécessité artistique.

 

Cela ne veut pas dire que le film est dépourvu de qualités. Emile Hirsch, malgré un maquillage parfois maladroit lorsqu’il incarne Bau plus âgé, propose une interprétation honnête. Il donne au personnage un mélange de fragilité et d’humour qui colle assez bien à l’esprit du véritable Bau, connu pour ses caricatures autant que pour sa capacité à survivre grâce à l’imagination. L’acteur réussit à capter ce contraste, même si certains dialogues, trop littéraux, limitent la profondeur émotionnelle de ses scènes. À ses côtés, Inbar Lavi apporte de la sensibilité au rôle de Rebecca Tennenbaum. Le duo fonctionne assez bien, même si leur histoire d’amour manque d’ampleur. 

 

Le film la raconte, mais sans l’installer complètement dans une dynamique filmique capable d’emporter le spectateur. On comprend leur attachement, on reconnaît leur importance l’un pour l’autre, mais l’écriture reste souvent trop linéaire pour que leur relation devienne un moteur dramatique puissant. Les antagonistes, dont un officier nazi incarné par Yan Tual, sont joués avec sérieux. Cependant, ils manquent parfois de nuances. La menace existe, mais elle se construit plus par la situation générale que par la subtilité de leur présence. Là encore, le scénario aurait gagné à aller plus loin dans la complexité au lieu de rester dans des codes très balisés. Un autre aspect affaiblit légèrement le film : les dialogues. Souvent, ils semblent récités plus que vécus. 

 

Certains échanges paraissent pédagogiques, comme s’ils cherchaient à expliquer plutôt qu’à faire ressentir. Cet aspect contribue à donner au film un ton scolaire. On suit la trajectoire de Joseph Bau, mais on n’est pas toujours pleinement emporté par ce qu’il vit. Le cinéma devrait permettre de ressentir avant d’expliquer, et ici, l’équilibre penche un peu trop vers l’exposition. Le film tente aussi de s’appuyer sur les dessins de Bau pour créer des respirations visuelles. L’idée est intéressante, car elle relie directement l’esthétique à la personnalité de l’artiste. Cependant, ces interventions graphiques restent limitées et auraient pu être davantage intégrées à la mise en scène. Bau utilisait l’art pour survivre, mais le long-métrage ne parvient qu’en partie à traduire cette énergie créative.

 

Reste alors le cœur du récit : la dimension historique. Sur ce point, le film remplit son rôle. Il met en lumière un parcours qui mérite d’être connu, notamment pour la place que Joseph Bau a occupée dans le réseau qui a permis à Oskar Schindler de sauver des vies. Le film a du respect pour cette mémoire. Mais cela ne suffit pas à compenser l’impression générale d’un récit convenu, qui n’ose pas déranger ou surprendre. La Seconde Guerre mondiale a inspiré une quantité immense de films, certains monumentaux, d’autres plus modestes. Pour exister dans cet ensemble, il faut un parti pris fort, une émotion viscérale ou une approche nouvelle. 

 

Bau, Artist at War possède un sujet qui aurait pu se distinguer, mais la réalisation trop consensuelle limite l’impact. On reste à distance, malgré la force de l’histoire. Cela ne rend pas le film mauvais. Il se regarde sans déplaisir, notamment grâce au jeu sincère de ses acteurs et à la puissance de ce qu’il raconte. Mais il lui manque ce petit quelque chose, ce souffle de cinéma qui transforme un biopic appliqué en expérience mémorable. Le film avance avec sérieux, respect et bonne volonté, mais il n’atteint jamais la tension, l’élan ou l’audace capables de faire vibrer un récit aussi lourd de sens.

 

Note : 5/10. En bref, Bau, Artist at War est un film honnête et utile pour rappeler un pan important de l’histoire, mais il reste trop lisse pour provoquer les émotions fortes qu’il appelle pourtant de tout son potentiel.

Prochainement en France en SVOD

 

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