Critique Ciné : Chicken Town (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Chicken Town (2025, direct to SVOD)

Chicken Town // De Richard Bracewell. Avec Ramy Ben Fredj, Hugo Carter et Michael Dalton.

 

À première vue, Chicken Town ressemble à une comédie anglaise de plus sur des combines un peu foireuses, de la weed, et des personnages à côté de la plaque. Le genre de film qui promet surtout des blagues un peu grasses et des situations absurdes dans une ville paumée. Et pourtant, derrière son humour décontracté et son décor modeste, le film de Richard Bracewell cache quelque chose de plus touchant et plus sincère que prévu. L’histoire se déroule dans une petite ville tranquille de l’est de l’Angleterre, un endroit où il ne se passe pas grand-chose, jusqu’au jour où Jayce sort d’un centre pour jeunes délinquants.

 

Deux amis d'école s'associent à un grand-père doué pour le jardinage pour protéger un abri rempli d'herbe que le vieil homme a accidentellement cultivée sur son lopin de terre.

 

Il vient de purger une peine pour un crime qu’il n’a pas commis : un accident de voiture qu’il n’a pas causé. Dès sa libération, une idée le hante. Comprendre ce qui s’est vraiment passé, et surtout pourquoi personne ne semble vouloir en parler. Jayce est un personnage discret, peu bavard, mais déterminé. Ethaniel Davy lui donne une présence très juste, sans en faire trop. Ce n’est pas un ado rebelle caricatural, mais un gamin un peu perdu, qui cherche à remettre de l’ordre dans une vie déjà mal partie. Sa quête de vérité n’a rien d’héroïque, elle est presque maladroite, à l’image du film. Assez vite, Jayce se retrouve mêlé à un trafic de cannabis aussi improbable que bricolé, en compagnie de Kev, son voisin retraité, grincheux et solitaire. 

 

Kev est incarné par Graham Fellows, qui apporte au personnage une énergie à la fois absurde et étonnamment chaleureuse. Ancien monsieur-je-sais-tout du quartier, Kev se retrouve avec une quantité invraisemblable de cannabis planquée dans son abri de jardin, sans vraiment savoir comment gérer la situation. C’est là que Chicken Town trouve son vrai ton. Le film joue sur le décalage entre générations, entre un ado taiseux et un senior persuadé qu’imiter Dirty Harry suffit pour inspirer la peur. Les scènes de deal sont volontairement bancales, parfois ridicules, comme cette transaction gênante dans un diner au petit-déjeuner, où tout semble prêt à s’effondrer à chaque seconde.

 

L’humour repose beaucoup sur l’inconfort et le non-professionnalisme total des personnages, plus maladroits que dangereux. Le scénario accumule les petites blagues, souvent basées sur des jeux de mots ou des situations absurdes, et étonnamment, la plupart fonctionnent. L’humour reste simple, parfois un peu bête, mais rarement lourd. Le film évite le malaise forcé qui plombe souvent les comédies britanniques récentes. Ici, les rires viennent naturellement, sans chercher à choquer ou à provoquer. Jayce n’est pas seul dans cette aventure. Il retrouve Paula, une ancienne camarade de classe, qui apporte une énergie plus vive au trio. Leur relation n’est jamais surjouée. Elle repose sur des échanges rapides, parfois un peu secs, mais crédibles. 

 

Paula observe ce monde d’adultes dysfonctionnels avec une curiosité presque naïve. Ces détails donnent au film un charme discret, loin des grosses ficelles. En parallèle, le film introduit Lee, l’ancien meilleur ami de Jayce, celui qui détient la clé de l’accident pour lequel Jayce a payé. Lee est un personnage volontairement agaçant, héritier d’une famille enrichie par l’élevage industriel de poulets, avec des connexions peu nettes. Il vit désormais dans une caravane, mis à l’écart par son propre père. Là encore, Chicken Town évite la cruauté. Lee est stupide, égoïste, mais jamais vraiment méchant. Le film préfère la tendresse à la condamnation.

 

Visuellement, Chicken Town assume totalement ses limites. Le budget est modeste, les décors simples, et les scènes potentiellement spectaculaires sont souvent suggérées plutôt que montrées. Une voiture en feu, un accident, une explosion de colère : tout se passe hors champ ou presque. Ce choix n’est pas frustrant. Au contraire, il renforce le côté artisanal du film et recentre l’attention sur les personnages plutôt que sur l’action. Cette approche donne parfois l’impression de regarder une version très terre-à-terre d’un film des frères Coen ou de Shane Meadows, mais sans chercher à copier leur style. L’ambiance est plus légère, presque paresseuse par moments, mais toujours cohérente avec ce que le film raconte. 

 

Rien n’est vraiment grave dans Chicken Town, même quand les personnages pensent que ça l’est. Ce qui fonctionne le mieux, c’est cette sensation de petit enjeu. Il n’y a pas de menace énorme, pas de violence frontale, pas de montée dramatique artificielle. Le film avance tranquillement, comme ses personnages, en acceptant ses détours et ses hésitations. Cette simplicité rend le récit plus attachant qu’il n’y paraît au départ. La performance d’Ethaniel Davy mérite d’être soulignée. Sans grands discours ni scènes démonstratives, il donne à Jayce une vraie épaisseur. Son regard, sa posture, sa manière d’encaisser les choses donnent au film une dimension presque initiatique. 

 

Chicken Town devient alors un récit de passage à l’âge adulte déguisé en comédie de petits dealers du dimanche. Tout n’est pas parfait. Le scénario reste parfois flou, certaines facilités narratives passent un peu vite, et le film repose beaucoup sur son ambiance plus que sur une intrigue solide. Mais ce défaut devient presque secondaire tant le résultat est cohérent et sincère. Chicken Town est une comédie criminelle à taille humaine, drôle sans forcer, maladroite mais attachante. Un film qui ne cherche jamais à être plus grand qu’il ne l’est, et qui trouve justement sa force dans cette modestie assumée. Derrière les blagues sur la weed et les personnages un peu idiots, se cache un regard tendre sur ceux qui essaient de s’en sortir, même quand tout semble mal parti.

 

Note : 5.5/10. En bref, Chicken Town est une comédie criminelle à taille humaine, drôle sans forcer, maladroite mais attachante. Un film qui ne cherche jamais à être plus grand qu’il ne l’est, et qui trouve justement sa force dans cette modestie assumée. 

Prochainement en France en SVOD

 

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