Critique Ciné : Dans la nuit solitaire : Meurtres chez les Bansal (2025, Netflix)

Critique Ciné : Dans la nuit solitaire : Meurtres chez les Bansal (2025, Netflix)

Dans la nuit solitaire : Meurtres chez les Bansal // De Honey Trehan. Avec Nawazuddin Siddiqui, Radhika Apte et Chritrangda Singh.

 

Avec Dans la nuit solitaire : Meurtres chez les Bansal, Honey Trehan retourne sur un terrain qu’il connaît bien : celui du polar sombre, ancré dans une réalité sociale pesante. Cette suite directe de Dans la nuit solitaire (2020) reprend le personnage de l’inspecteur Jatil Yadav et l’entraîne dans une nouvelle affaire, plus vaste, plus étouffante, où la violence ne vient pas seulement des crimes, mais aussi de ce qui est caché derrière les façades respectables. L’histoire se déroule presque entièrement sur une seule nuit, au cœur de la propriété de la riche famille Bansal. Plusieurs meurtres s’y produisent, faisant voler en éclats l’image publique d’un clan influent, habitué à régler ses problèmes loin des regards.

 

Après la découverte du meurtre de la famille Bansal, l’inspecteur Jatil Yadav met au jour un réseau de cupidité, de trahisons et de secrets qui le mène à une conspiration mortelle.

 

Chargé de l’enquête, l’inspecteur Yadav doit naviguer entre mensonges familiaux, pressions politiques et une institution policière loin d’être irréprochable. Même sans avoir vu le premier film, l’intrigue reste lisible : Trehan prend soin de ne jamais perdre le spectateur en route. Le film avance à un rythme volontairement lent. Ici, pas de course-poursuite spectaculaire ni d’action gratuite. Dans la nuit solitaire : Meurtres chez les Bansal préfère s’installer dans une atmosphère lourde, presque suffocante. La maison devient un espace clos, un piège à ciel ouvert, où chaque pièce semble garder un secret. Plus l’enquête progresse, plus la vérité paraît difficile à atteindre, non pas par manque d’indices, mais parce que certains ont tout intérêt à ce qu’elle reste enfouie.

 

Nawazuddin Siddiqui porte le film sur ses épaules avec une retenue qui fait toute la différence. Son inspecteur Jatil Yadav n’a rien d’un héros flamboyant. C’est un homme fatigué, marqué par les compromis imposés par le système, mais incapable de détourner le regard. Le jeu repose sur des détails : une posture rigide, un silence prolongé, un regard qui observe plus qu’il ne juge. Cette approche donne au personnage une crédibilité rare et renforce l’ancrage réaliste du film. Face à lui, Chitrangada Singh compose une Meera Bansal insaisissable. Son personnage oscille constamment entre fragilité apparente et contrôle froid. Chaque échange laisse planer le doute sur ses véritables intentions. 

 

Le film joue beaucoup sur cette ambiguïté, faisant de la perception un élément clé de l’enquête. Rien n’est jamais totalement clair, et c’est précisément ce flou qui entretient la tension. Les rôles secondaires apportent une vraie épaisseur au récit. Revathi, en médecin légiste, incarne une forme de stabilité et de rigueur, contrastant avec le désordre moral ambiant. Deepti Naval, dans le rôle d’une figure spirituelle influente, introduit une dimension dérangeante : celle d’une religion utilisée comme outil de contrôle et de manipulation. Ces personnages ne sont pas là pour remplir l’écran, mais pour rappeler que le pouvoir prend des formes multiples, parfois très discrètes. Visuellement, le film adopte une esthétique sombre et contenue. 

 

La photographie privilégie les zones d’ombre, les couloirs interminables, les pièces vides qui semblent observer les vivants. La caméra s’attarde souvent sur des espaces désertés, comme si les murs eux-mêmes portaient la mémoire des violences passées. Cette mise en scène renforce l’idée d’une maison malade, gangrenée par le silence et les non-dits. Le travail sur le son va dans le même sens. La musique reste en retrait, laissant place aux bruits ambiants, aux silences lourds, aux respirations tendues. Quelques éléments visuels, comme la présence récurrente de corbeaux, ajoutent une touche presque gothique, sans jamais basculer dans le fantastique. 

 

Le film reste ancré dans une réalité dure, où l’horreur vient avant tout des rapports humains. Au-delà de l’enquête criminelle, Dans la nuit solitaire : Meurtres chez les Bansal propose une réflexion appuyée sur les rapports de classe. La richesse agit ici comme un bouclier. Chaque membre de la famille protège sa position, ajuste son récit, manipule les faits pour préserver l’équilibre social. La vérité devient une monnaie d’échange, utilisée avec prudence. L’inspecteur Yadav se retrouve souvent isolé, coincé entre ce qu’il sait et ce qu’il est autorisé à dire. Le film aborde aussi la complicité des institutions, sans jamais tomber dans le discours frontal. Les pressions hiérarchiques, les arrangements tacites et le rôle des médias dessinent le portrait d’un système où la justice peine à s’exercer pleinement. 

 

Même lorsque l’affaire progresse, une impression d’injustice persiste, comme si résoudre le crime ne suffisait pas à réparer ce qui est profondément cassé. La durée, assez longue, peut toutefois poser problème. Certains arcs narratifs s’étirent inutilement, et quelques personnages secondaires manquent de développement malgré un casting solide. Le rythme en pâtit, notamment au milieu du film, où l’enquête semble piétiner. Un montage plus resserré aurait sans doute renforcé l’impact global. La conclusion, en revanche, trouve un équilibre intéressant. Le mystère est résolu, le coupable identifié, mais le film refuse une fin rassurante. La vérité éclate, sans pour autant bouleverser l’ordre établi. 

 

Cette absence de catharsis souligne le propos central : dans un monde dominé par l’argent et l’influence, la justice reste souvent partielle. Dans la nuit solitaire : Meurtres chez les Bansal n’est pas un thriller conçu pour plaire au plus grand nombre. Il demande de la patience, de l’attention, et une certaine tolérance à la lenteur. En échange, il offre un regard lucide sur les mécanismes du pouvoir et sur les limites de la vérité dans une société inégalitaire. Nawazuddin Siddiqui y livre une performance solide, qui maintient l’intérêt même lorsque le scénario s’essouffle. Disponible sur Netflix, le film s’adresse avant tout aux amateurs de polars réalistes et de récits sociaux sombres. Malgré ses défauts, il parvient à installer une ambiance durable et à poser des questions qui dépassent largement le cadre de l’enquête. 

 

Note : 6/10. En bref, un film imparfait, parfois frustrant, mais qui laisse une trace par ce qu’il ose montrer… et surtout par ce qu’il refuse de simplifier.

Sorti le 19 décembre 2025 directement sur Netflix

Dans la nuit solitaire : Meurtres chez les Bansal est la suite de Dans la nuit solitaire sorti en 2020 sur Netflix.

 

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