7 Décembre 2025
Jay Kelly // De Noah Baumbach. Avec George Clooney, Adam Sandler et Laura Dern.
Quand Jay Kelly est arrivé sur Netflix, j’attendais une exploration sincère du vieillissement, du doute et de la célébrité. Le film réunit George Clooney et Adam Sandler, un duo qui aurait pu donner un vrai souffle à ce récit sur la crise de la soixantaine. Pourtant, ce que je découvre ressemble plus à une balade hésitante qu’à une étude de personnage réellement assumée. Et c’est sans doute ce qui rend l’expérience à la fois étrange, attachante par moments, mais aussi frustrante. L’histoire suit Jay Kelly, star hollywoodienne qui tourne trop pour éviter de regarder sa vie en face. Il traverse l’Europe en train avec son entourage, mais ces voyages n’ont rien de vacances.
Le célèbre acteur de cinéma Jay Kelly entreprend un voyage introspectif à travers l'Europe avec son fidèle manager.
Ils sont surtout un prétexte pour fuir le silence, celui qui, tôt ou tard, force à se confronter à ce qu’on n’a jamais voulu régler. Jay Kelly apparaît comme un homme fatigué qui refuse de l’admettre. Il se tourne vers les plateaux pour compenser ce qui lui manque ailleurs. Ses proches, ignorés depuis trop longtemps, lui renvoient maintenant une indifférence presque violente. Le film décrit bien ce sentiment d’être présent mais absent, toujours entouré, mais jamais vraiment avec quelqu’un. Cette idée, je la reconnais, et c’est probablement ce qui m’a accroché au début : la peur du vide, du ralentissement, du moment où l’on n’a plus l’excuse du travail pour éviter de se regarder en face.
Là où le film commence à perdre pied, c’est dans sa façon d’alterner entre comédie douce-amère, drame léger et introspection mélancolique. Rien ne semble vraiment prendre le dessus. Je sens l’intention, mais pas le mouvement. Le film change de direction comme une conversation qui ne sait plus où elle voulait aller. Le résultat donne des scènes parfois belles, mais souvent bloquées dans un entre-deux qui manque de conviction. Je ressens plusieurs fois cette sensation étrange : le film veut dire quelque chose, mais n’ose jamais aller au bout. Les idées sont là – la solitude, le statut de star, la peur de disparaître, l’usure des liens familiaux – pourtant elles restent en surface, comme si la mise en scène refusait d’appuyer trop fort.
Difficile d’ignorer la dimension presque autobiographique du rôle. Clooney incarne un acteur qui craint la chute, qui se nourrit du regard des fans, qui vit entouré d’admirateurs mais reste coupé du réel. Pour être honnête, Clooney joue ce personnage comme il joue beaucoup de ses rôles récents : un mélange de charme, d’ironie et de nostalgie. Ce n’est pas mauvais, loin de là, mais j’ai eu l’impression qu’il ne se mettait jamais vraiment en danger. Le film regorge de gros plans sur son visage, comme si l’image comptait plus que ce que le personnage traverse. À force, cela donne un côté auto-centré qui alourdit l’ensemble.
Je comprends l’envie de filmer un homme qui doute de sa place, mais ici, tout tourne tellement autour de Jay que les autres n’ont presque pas l’espace d’exister. À l’inverse, Adam Sandler apporte quelque chose de plus réel. Il joue Ron, le manager fidèle et fatigué, l’homme de l’ombre qui a sacrifié sa vie de famille pour suivre une star incapable de voir ce qu’il lui doit. Sandler donne au film un poids émotionnel qu’il aurait probablement manqué sans lui. Il ne force rien, il laisse son personnage montrer l’usure, la lassitude, mais aussi l’affection. Dans les scènes où il apparaît, je ressens enfin ce que le film semble chercher : la fragilité humaine derrière la façade.
Le contraste entre Jay et Ron fonctionne, et c’est même l’axe le plus solide du récit. Deux hommes liés depuis des années mais qui ont fini par s’enfermer dans une relation inégale, presque toxique, où l’amitié se mélange au devoir. Le film souffre aussi de longueurs. Plusieurs séquences traînent, surtout celles censées montrer l’errance mentale de Jay. Les scènes dans le train, pensées comme des passerelles vers ses souvenirs, finissent parfois par paraître mécaniques. Je comprends l’idée : ouvrir une porte, glisser dans un moment du passé, observer sa vie défiler. Mais ces retours en arrière manquent d’énergie. Ils ne donnent pas l’impression de révéler quelque chose que Jay ignorait.
Ils confirment juste ce qu’il refuse d’admettre depuis longtemps : il a raté trop de choses. Le film aurait gagné à être plus court et plus direct. Le message se serait mieux imposé. Là où Jay Kelly réussit, c’est dans son dernier acte. Tout devient plus clair, plus simple, presque plus honnête. Les images cessent d’être écrasées par la mise en scène. Les dialogues deviennent moins décoratifs. Jay se transforme en un homme qui réalise — un peu trop tard — qu’il ne reste plus beaucoup de temps pour réparer ce qu’il a cassé. Ces dernières scènes m’ont touché, justement parce qu’elles ne cherchent plus à en faire trop. Elles montrent un homme qui veut encore croire qu’il peut être aimé, même s’il ignore comment s’y prendre.
Jay Kelly n’est pas un film raté, mais il manque de cohésion. Il flotte entre plusieurs directions sans vraiment se fixer. Je le regarde comme un récit fragile, porté par un duo d’acteurs qui se complètent, mais freiné par une mise en scène trop centrée sur l’image de sa star. Il y a des instants sincères, des scènes où la mélancolie fonctionne, où la nostalgie se fait tendre. Mais ces moments se perdent parfois dans un film qui veut parler de la solitude sans l’assumer pleinement.
Note : 5/10. En bref, j’en garde l’impression d’une œuvre qui cherche sa vérité, comme Jay cherche un sens à sa vie. Le film n’est pas détestable, il n’est juste pas à la hauteur de ce qu’il promettait.
Sorti le 5 décembre 2025 directement sur Netflix
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