Critique Ciné : Kennedy (2025, Letterboxd)

Critique Ciné : Kennedy (2025, Letterboxd)

Kennedy // De Anurag Kashyap. Avec Rahul Bhat, Sunny Leone et Megha Burman.

 

Avec Kennedy, Anurag Kashyap revient clairement à un terrain qu’il connaît bien : le thriller néo-noir sombre, violent, politique, ancré dans une ville malade. Le film se déroule à Mumbai, en pleine pandémie, et suit un personnage qui semble déjà mort aux yeux du monde. Kennedy, ancien policier insomniaque, est aujourd’hui tueur à gages pour une police gangrenée par la corruption. Le jour, il conduit un taxi. La nuit, il exécute des missions que personne ne veut voir exister. Sur le papier, tout est réuni pour un film tendu et percutant. À l’écran, le résultat est plus contrasté. Dès les premières minutes, Kennedy installe une ambiance lourde. La ville est vide, poisseuse, presque irréelle. 

 

Après avoir été déclaré mort, l’ex-policier Kennedy continue de servir comme sbire ses anciens supérieurs corrompus ; mais il profite rapidement de ses missions pour assouvir une soif de vengeance bien personnelle.

 

La voix off ouvre le récit, mais sans vraiment donner de clés. Le film choisit volontairement de garder ses distances avec le spectateur. Les motivations du personnage principal restent floues pendant un long moment, tout comme son passé exact. Cette approche peut intriguer, mais elle finit aussi par fatiguer, surtout sur une durée qui dépasse les deux heures. Kennedy est un protagoniste typique du cinéma de Kashyap : solitaire, hanté, enfermé dans un système qu’il méprise autant qu’il alimente. Ancien flic présumé mort, il travaille désormais pour un commissaire corrompu qui l’utilise comme un outil jetable. La violence est sèche, brutale, parfois dérangeante, mais jamais gratuite. 

 

Chaque meurtre semble être une étape de plus dans une descente déjà bien entamée. Le problème, c’est que le film tarde à donner un véritable moteur émotionnel à cette trajectoire. Kennedy agit, tue, observe, mais sans que son objectif soit clairement posé. La quête de vengeance est là, en arrière-plan, mais elle manque de chair pendant une bonne partie du film. Ce n’est que tardivement que certains éléments du passé viennent donner du sens à cette errance nocturne. L’un des aspects les plus intéressants de Kennedy, ce sont ses dialogues et ses références politiques. Kashyap règle ses comptes avec la police, le pouvoir, les idéologies dominantes, et il le fait sans détour. 

 

Le récit est non linéaire, typique du néo-noir, et se construit comme un puzzle assez simple à reconstituer. Les indices sont là, disséminés sans trop de subtilité. Le mystère fonctionne, mais sans réelle surprise. L’acte final, en particulier, est assez prévisible, surtout après certains flashbacks. Cela enlève une partie de l’impact émotionnel que le film semblait chercher. Sur le plan visuel, Kennedy est solide. La photographie joue avec les néons, les ombres, les rues désertes, et donne à Mumbai un visage presque fantomatique. La direction artistique et l’étalonnage des couleurs participent pleinement à cette ambiance étouffante. Techniquement, le film est maîtrisé, avec un montage précis et une vraie cohérence esthétique.

 

Le film alterne entre tension pure et passages plus contemplatifs, mais sans toujours trouver le bon équilibre. Le casting de Kennedy est globalement convaincant, même si certains choix interrogent. Le rôle du commissaire Rasheed, par exemple, manque d’autorité. Le personnage ne dégage jamais vraiment la menace ou le pouvoir qu’il est censé incarner.  D’autres rôles secondaires apportent des touches bienvenues, notamment grâce à un humour sec et grinçant, fidèle à l’esprit de Kashyap. Sunny Leone, dans le rôle de Charlie, apporte une légèreté inattendue, mais son personnage reste trop en surface. Son jeu, souvent basé sur le rire plutôt que sur le dialogue, donne parfois une impression de décalage avec le reste du film. 

 

Ce n’est pas catastrophique, mais cela empêche le personnage de réellement exister. En revanche, Kennedy repose presque entièrement sur Rahul Bhat. Sa performance est sobre, physique, contenue. Il impose une présence silencieuse, presque inquiétante, sans jamais en faire trop. Sa transformation corporelle est visible, mais surtout crédible. Il joue un homme vidé, usé, mais encore capable d’émotions, notamment dans les rares scènes plus intimes liées à sa fille. Ces moments, plus personnels, donnent enfin de la profondeur au personnage et sauvent en partie le dernier acte. Kennedy ressemble beaucoup à un film de transition pour Anurag Kashyap. 

 

Il y a des éclairs de son cinéma le plus incisif, notamment dans les tirades politiques et certaines scènes de violence teintées d’humour noir. Mais il y a aussi une impression d’étirement inutile, de complaisance dans la noirceur, comme si le film confondait parfois ambiance et profondeur. Ce n’est ni un échec total, ni un retour pleinement maîtrisé. Kennedy est un thriller néo-noir ambitieux, parfois prenant, parfois épuisant, qui brille davantage dans ses marges que dans son cœur narratif. Il mérite d’être vu, surtout pour la performance de Rahul Bhat et pour ce qu’il dit du climat politique et social, mais il laisse aussi un sentiment d’inachevé. Un film qui intrigue plus qu’il ne captive, et qui confirme que Kashyap reste un cinéaste important, même quand tout ne fonctionne pas.

 

Note : 6/10. En bref, Kennedy ressemble beaucoup à un film de transition pour Anurag Kashyap. Il y a des éclairs de son cinéma le plus incisif, notamment dans les tirades politiques et certaines scènes de violence teintées d’humour noir. Mais il y a aussi une impression d’étirement inutile, de complaisance dans la noirceur, comme si le film confondait parfois ambiance et profondeur. 

Sorti le 15 décembre 2025 directement sur Letterboxd Video Store

 

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