Critique Ciné : La Città Proibita (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : La Città Proibita (2025, direct to SVOD)

La Città Proibita // De Gabriele Mainetti. Avec Stefano Bises, Gabriele Mainetti et Davide Serino.

 

Avec La Città Proibita, Gabriele Mainetti continue de tracer une route assez singulière dans le cinéma italien. Après avoir flirté avec le film de super-héros urbain puis le fantastique historique, le réalisateur s’attaque ici à un mélange plus risqué encore : un film d’arts martiaux ancré dans une Rome contemporaine, populaire et multiculturelle. Le résultat est un objet hybride, parfois déséquilibré, souvent généreux, qui laisse une impression contrastée mais rarement indifférente. Le film s’ouvre loin de l’Italie, en Chine, sous l’ombre lourde de la politique de l’enfant unique. Deux sœurs grandissent dans un contexte de secret et de contrainte. L’une, Mei, doit vivre cachée, exclue du monde extérieur. 

 

Le fils d'un restaurateur endetté s'allie à une jeune étrangère. Lui recherche son père, elle est à la recherche de sa sœur. Ensemble, ils devront combattre côte à côte les membres les plus impitoyables de la pègre romaine.

 

Cette enfance marquée par l’isolement et la discipline forge un personnage dur, taiseux, mais aussi profondément déterminé. Des années plus tard, Mei débarque à Rome à la recherche de sa sœur disparue. Ce passage brutal d’un pays à l’autre donne le ton : La Città Proibita parle avant tout de déracinement et de collision culturelle. Rome n’est pas filmée comme une carte postale. Exit le Colisée et les grandes places touristiques. Mainetti préfère les quartiers métissés, les restaurants chinois, les ruelles étroites, les arrière-cuisines et les zones grises où cohabitent immigrés, petits commerçants et mafias locales. La ville devient un terrain de jeu pour le récit, mais aussi un espace de tension permanente, où chaque communauté tente de préserver son territoire.

 

Mei, incarnée par Yaxi Liu, est clairement le cœur du film. Ancienne cascadeuse, elle apporte une crédibilité physique rare au personnage. Les scènes de combat ne sont pas là pour faire joli : chaque affrontement semble répondre à une nécessité, à une urgence. Mei ne se bat pas pour prouver quoi que ce soit, mais pour survivre et comprendre ce qui est arrivé à sa sœur. Cette dimension émotionnelle donne du poids aux séquences d’action, même lorsque le film s’étire un peu trop. Face à elle, Marcello, joué par Enrico Borello, tient un restaurant familial italien en difficulté. Le personnage démarre de façon un peu raide, presque effacé, mais gagne progressivement en épaisseur. Sa relation avec Mei repose sur une communication hésitante, souvent filtrée par des applications de traduction. 

 

Ce détail, loin d’être gadget, souligne bien l’idée centrale du film : malgré la barrière de la langue et des cultures, quelque chose circule entre ces deux êtres cabossés. Autour d’eux gravite une galerie de personnages secondaires typiquement mainettiens. Sabrina Ferilli incarne une mère fatiguée, marquée par l’abandon et les désillusions. Marco Giallini, en figure mafieuse italienne, apporte une présence lourde, presque mélancolique, oscillant entre mentor rassurant et menace latente. Chunyu Shanshan campe un antagoniste chinois plus classique, dont la rigidité accentue encore le choc entre les deux mondes. Sur le plan de la mise en scène, La Città Proibita impressionne souvent. 

 

Les combats sont lisibles, bien chorégraphiés, avec un vrai sens de l’espace. Une longue séquence initiale, qui traverse différents étages et pièces d’un bâtiment, sert presque de manifeste : Mainetti sait filmer l’action et aime le faire. La photographie, très travaillée, joue avec les néons, les couleurs saturées et les ombres, donnant à Rome une allure presque irréelle. La musique participe aussi à ce mélange culturel. Les sonorités chinoises et italiennes se croisent, parfois harmonieusement, parfois de façon plus appuyée. Elle accompagne efficacement les scènes de tension, même si certaines envolées musicales paraissent un peu insistantes dans les moments plus dramatiques. Là où le film commence à montrer ses limites, c’est dans sa structure. 

 

La Città Proibita veut raconter beaucoup de choses : une vengeance, un drame familial, une romance, une critique sociale sur l’exploitation et la migration. Cette ambition est respectable, mais elle alourdit le récit. Le scénario donne parfois l’impression de vouloir conclure une intrigue… avant d’en relancer une autre. Le problème majeur vient de ce choix de proposer deux climax successifs. Après un premier pic émotionnel et physique très intense, le film peine à relancer la machine. La tension retombe, et le dernier acte paraît étiré, presque en trop. Le rythme en souffre. Certaines scènes prennent leur temps, voire s’attardent sur des sous-intrigues peu développées. La romance, par exemple, manque parfois de respiration pour s’installer pleinement. 

 

Les motivations des personnages sont claires, mais révélées assez tardivement, ce qui limite l’attachement émotionnel sur la durée. Pour autant, difficile de nier la sincérité du projet. Mainetti filme avec une vraie passion pour ses personnages et pour cette Rome métissée, loin des clichés habituels du cinéma italien. Le film aborde des thèmes lourds – trafic humain, xénophobie, corruption – sans toujours les creuser, mais sans non plus les ignorer. Cette approche, parfois trop frontale, parfois trop elliptique, participe à l’impression générale de déséquilibre. La Città Proibita est donc un film imparfait, souvent trop long, parfois confus, mais porté par une énergie réelle et une proposition peu courante. 

 

Il y a quelque chose de touchant dans cette tentative de faire dialoguer le cinéma de kung-fu asiatique avec le mélodrame italien, même si l’assemblage manque parfois de cohérence. Ce n’est pas un film facile, ni totalement abouti, mais c’est un film qui ose, qui se trompe parfois, et qui laisse derrière lui quelques images et combats marquants. 

 

Note : 5.5/10. En bref, La Città Proibita ressemble à son héroïne : combatif, chargé de blessures, traversé par des contradictions, mais animé par une vraie volonté d’exister hors des cadres habituels. Un film qui divise, mais qui mérite d’être vu pour ce qu’il tente, plus que pour ce qu’il réussit pleinement.

Prochainement en France en SVOD

 

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