3 Décembre 2025
Last Days // De Justin Lin. Avec Sky Yang, Radhika Apte et Naveen Andrews.
Last Days, le nouveau long-métrage de Justin Lin, s’attaque à un sujet aussi délicat que fascinant : la mort de John Allen Chau, jeune missionnaire américain tué en 2018 en tentant d’entrer en contact avec le peuple isolé de North Sentinel Island. Sur le papier, un tel récit pouvait offrir un vrai terrain pour un film intense, presque introspectif, capable de sonder les motivations d’un homme prêt à risquer sa vie au nom de sa foi. Mais ce que livre Last Days n’a finalement pas grand-chose de clair. Le film avance par à-coups, reste flou sur ses intentions et laisse un goût d’inachevé. Difficile de ne pas être surpris par ce choix de la part de Justin Lin.
John Allen Chau pense avoir été choisi pour sauver les âmes de la tribu de l'île de North Sentinel, un site protégé dans l'océan Indien où les étrangers sont interdits.
Après des années passées à gérer des blockbusters dopés à l’adrénaline, le réalisateur revient à un cinéma plus modeste pour raconter une histoire pleine de zones d’ombre. Sauf que son retour à l’indé ressemble ici à un projet hésitant. La narration ne semble jamais savoir si elle doit analyser un acte extrême, dénoncer les excès du prosélytisme religieux ou explorer la solitude d’un jeune homme en quête de sens. Résultat : un récit étiré, dispersé, qui ne parvient jamais à synthétiser son sujet. Sky Yang incarne John Allen Chau, de ses années d’adolescence à son dernier voyage. Le film reconstitue son parcours religieux, ses formations intensives, ses influences et les amitiés qui l’ont poussé à aller toujours plus loin dans sa quête spirituelle.
Le problème, c’est que cette évolution est montrée de façon très mécanique. Yang donne ce qu’il peut, mais son personnage reste enfermé dans une sorte de ferveur uniforme, difficile à percer. Les rares moments où le doute pourrait s’installer sont balayés par la structure du film, qui préfère enchaîner les flashbacks sans vraiment creuser ce qui se passe dans sa tête. La question essentielle — pourquoi Chau a-t-il mis sa vie en jeu pour atteindre une communauté qui ne voulait aucun contact extérieur ? — reste sans réponse solide. Le film montre son déterminisme, sa certitude d’agir pour un bien supérieur, mais ne cherche jamais à comprendre d’où vient cette conviction.
Les dialogues sur sa foi sonnent souvent comme des slogans plutôt que comme des fenêtres sur son intériorité. À force d’effleurer le sujet sans s’y installer, Last Days perd l’occasion de dresser un vrai portrait psychologique. En parallèle, Justin Lin introduit un second récit : l’enquête menée par une inspectrice indienne, interprétée par Radhika Apte. L’idée aurait pu apporter un angle plus ancré, montrer l’impact local de cette intrusion illégale dans un territoire protégé. Mais cette partie semble sortir d’un autre film. Chaque apparition de l’inspectrice casse le rythme et ne sert qu’à répéter le même constat : un étranger s’est mis en danger sans comprendre les conséquences de son acte.
L’actrice tient son personnage avec sérieux, mais le rôle tourne en rond. Son supérieur hiérarchique, caricatural, ajoute une couche de lourdeur à des scènes déjà peu subtiles. Les relations familiales de Chau occupent aussi une place importante, notamment celle avec son père, incarné par Ken Leung. Le film tente de construire une tension entre un jeune homme persuadé d’avoir trouvé sa mission et un père qui rêvait d’une carrière médicale pour lui. Ce thème aurait pu être l’un des moteurs émotionnels du film, mais il finit noyé dans des scènes étirées qui peinent à trouver le bon ton. Le montage final, qui alterne entre passé et présent pour essayer d’accentuer l’émotion, manque sa cible. La scène dure trop longtemps et ne déclenche pas l’impact espéré.
L’autre problème majeur de Last Days, c’est sa construction éclatée. Le film multiplie les sauts temporels, passe d’un décor à l’autre sans transition claire et semble vouloir toucher à tous les aspects de cette histoire au lieu d’en choisir un et de l’assumer. Les scènes de formation façon boot camp apportent un côté presque aventure, comme si le film hésitait à transformer la trajectoire de Chau en parcours initiatique. Pourtant, connaître le destin du jeune missionnaire retire toute possibilité d’héroïsation. Ce mélange de ton laisse un sentiment bizarre, comme si Last Days oscillait en permanence entre admiration et critique, sans assumer aucun des deux. Certaines idées visuelles tentent de compenser ces limites.
La photographie d’Oliver Bokelberg donne parfois de l’ampleur aux décors, crée un contraste entre la beauté du monde et le destin tragique qui approche. Mais ces belles images ne suffisent pas à porter un film qui manque d’unité. Même la musique, pourtant soignée, tombe régulièrement au mauvais moment, comme si le montage n’arrivait pas à trouver la bonne respiration. À force d’accumuler les pistes sans les développer, Last Days finit par perdre son objectif. L’histoire de Chau aurait pu donner lieu à une réflexion sincère sur la foi, la naïveté, l’entêtement ou la pression exercée par une idéologie. Le film choisit plutôt de mêler enquête policière, drame spirituel et analyse familiale, sans jamais approfondir l’un ou l’autre.
Cette dispersion empêche toute connexion émotionnelle durable. Chau reste un personnage lointain, presque abstrait, alors que le sujet aurait mérité qu’on s’attarde sur ses contradictions. Ce manque de profondeur rend aussi difficile l’implication dans son destin. Le film semble parfois prêt à prendre ses distances avec l’acte du missionnaire, puis change brutalement d’angle pour montrer sa détermination comme une forme de quête sacrée. Cette ambivalence empêche de comprendre si Last Days cherche à interroger une démarche dangereuse ou à la présenter comme la trajectoire tragique d’un croyant sincère. Face à cette incertitude, la conclusion tire vers le mélodrame, sans avoir posé les bases pour que l’émotion fonctionne.
Au final, Last Days laisse un arrière-goût amer. Le film ne parvient pas à éclairer le parcours de John Allen Chau ni à proposer une vision claire des risques liés aux missions religieuses extrêmes. Ce drame biographique avait tout le potentiel pour devenir un film dense, pouvant provoquer un vrai débat. À la place, il se disperse, se perd dans ses intentions contradictoires et livre un ensemble long, flou et frustrant. Un sujet aussi sensible méritait une approche plus solide, plus honnête et surtout plus cohérente.
Note : 3.5/10. En bref, Last Days laisse un arrière-goût amer. Le film ne parvient pas à éclairer le parcours de John Allen Chau ni à proposer une vision claire des risques liés aux missions religieuses extrêmes. Ce drame biographique avait tout le potentiel pour devenir un film dense, pouvant provoquer un vrai débat.
Prochainement en France
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog