15 Décembre 2025
Pools // De Sam Hayes (II). Avec Odessa A’zion, Michael Vlamis et Tyler Alvarez.
Avec Pools, Sam Hayes signe un premier long métrage qui parle moins de fêtes étudiantes que de ce moment précis où tout vacille. Le film se déroule le temps d’une nuit, dans une banlieue aisée de l’Illinois, et suit Kennedy, une étudiante brillante en chute libre. Ce qui aurait pu n’être qu’un simple film de jeunes en quête de sensations devient peu à peu un portrait plus fragile, plus flottant, d’une génération qui avance sans boussole. Kennedy, incarnée par Odessa A’zion, est présentée comme une étudiante modèle sur le papier. Bourse universitaire, résultats scolaires élevés, avenir tracé. Sauf que son père est mort un an plus tôt, et depuis, plus rien ne tient vraiment.
Alors qu'elle doit passer ses vacances en cours d'été après avoir raté sa seconde année d'études, Kennedy rejoint une équipe de plongeon le temps d'une nuit de folie qui se transforme en expérience cathartique.
Les cours sont désertés, les notes chutent, et une menace d’exclusion plane. Face à cette pression, Kennedy ne choisit ni la discipline ni la raison. Elle décide de tout envoyer valser le temps d’une nuit, en entraînant un petit groupe de camarades dans une virée absurde et illégale : sauter de piscine en piscine dans les quartiers les plus riches de la ville. Sur le principe, Pools ressemble à un film de potes. Alcool bon marché, baignades nocturnes, fuites maladroites quand les propriétaires débarquent. Mais très vite, il devient clair que cette escapade n’est pas une simple recherche d’adrénaline. Kennedy ne cherche pas à s’amuser. Elle cherche à ressentir quelque chose, n’importe quoi, pour combler le vide laissé par la disparition de son père.
Le film trouve là son vrai sujet : la fuite en avant comme réponse au chagrin. Odessa A’zion porte le film sur ses épaules sans jamais forcer. Son jeu est souvent nerveux, parfois drôle, parfois désarmant. Kennedy parle beaucoup, plaisante, provoque, mais tout son corps raconte autre chose. Derrière la façade, il y a une fatigue réelle, une colère mal rangée, une tristesse qui affleure sans prévenir. Certaines scènes fonctionnent justement parce qu’elles refusent de choisir une seule émotion. Le rire, les larmes et la rage se mélangent, comme dans la vraie vie. A’zion parvient à rendre cette confusion crédible, même quand le scénario flirte avec l’excès.
Le groupe qui accompagne Kennedy apporte des dynamiques différentes. Reed, ancien sportif devenu figure rassurante, sert de point d’ancrage. Blake, plus sérieux, joue le rôle du rappel à la réalité, sans jamais juger. Delaney et Shane complètent l’équipe avec leurs propres tensions, leurs désirs et leurs frustrations. Le film ne cherche pas à développer chaque personnage en profondeur, et c’est parfois frustrant. Certains disparaissent presque dans la deuxième partie, mais leur présence suffit à créer une énergie collective crédible. Un autre personnage vient troubler l’équilibre : un réparateur de climatisation qui croise la route de Kennedy. Sa place dans le récit est étrange, presque décalée, mais ses scènes apportent un souffle différent.
Il agit comme un miroir imparfait, quelqu’un qui, lui aussi, avance avec des idées bancales mais une certaine lucidité. Les échanges entre les deux personnages redonnent de l’élan au film quand il commence à s’étirer un peu trop. Visuellement, Pools est sans doute à son meilleur. La photographie nocturne donne aux piscines une allure irréelle, presque dangereuse. L’eau devient un espace à part, un lieu où Kennedy peut disparaître quelques secondes, couper le bruit, se confronter à elle-même. Les scènes sous-marines sont clairement pensées comme des plongées intérieures. Tout ne fonctionne pas toujours, certaines idées visuelles sont plus décoratives qu’utiles, mais l’ensemble crée une atmosphère cohérente, entre rêve et malaise.
La musique joue un rôle important dans cette ambiance. Le score accompagne les émotions sans les écraser. Il soutient les moments de flottement comme ceux de débordement, rappelant ce sentiment propre à la vingtaine où chaque décision semble lourde de conséquences, même quand elle ne l’est pas vraiment. Le film capte bien cette intensité disproportionnée, ce rapport excessif au présent. L’influence des films de John Hughes est évidente, et Pools ne cherche pas à la cacher. Mais là où ces références jouaient souvent sur la légèreté, Sam Hayes opte pour quelque chose de plus instable. Le film est parfois drôle, parfois chaotique, parfois maladroit. Le rythme est inégal, avec des passages très énergiques suivis de moments plus statiques qui cassent l’élan.
Cette irrégularité reflète l’état mental de Kennedy, mais elle peut aussi donner une impression de déséquilibre. Le traitement du deuil est l’un des points les plus justes du film. Pools ne cherche pas à offrir une guérison ou une morale claire. Kennedy ne se transforme pas soudainement, ne trouve pas de solution miracle. Elle avance à tâtons, accepte peu à peu que la douleur ne disparaîtra pas, mais qu’elle peut apprendre à vivre avec. Le film refuse les réponses simples, et c’est sans doute là qu’il est le plus honnête. Tout n’est pas réussi. Certains choix narratifs tombent à plat, et une intrigue secondaire autour du réparateur aurait gagné à rester plus discrète.
Le film donne parfois l’impression de vouloir être plus malin ou plus décalé qu’il ne l’est réellement. Et selon la sensibilité du spectateur, certaines préoccupations adolescentes pourront sembler dérisoires. Malgré cela, Pools reste un film sincère. Il ne juge pas ses personnages, ne les ridiculise pas, ne les punit pas non plus. Il regarde cette jeunesse perdue avec une vraie empathie. Kennedy n’est ni un modèle ni un contre-exemple. Elle est juste une jeune femme qui essaie de ne pas sombrer. Pools n’est pas un film parfait, ni un manifeste générationnel. C’est un récit imparfait, parfois bancal, mais habité par une vraie intention. Une errance nocturne qui parle de perte, de fuite et de ce moment étrange où il faut accepter de toucher le fond avant de comprendre comment remonter à la surface.
Note : 7/10. En bref, Pools n’est pas un film parfait, ni un manifeste générationnel. C’est un récit imparfait, parfois bancal, mais habité par une vraie intention.
Prochainement en France
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