2 Décembre 2025
Quicksand // De Andres Beltran. Avec Carolina Gaitán, Allan Hawco et Sebastian Eslava.
Quicksand part d’une idée simple : un couple en crise, perdu en pleine nature colombienne, se retrouve piégé dans une étendue de boue qui n’a rien de rassurant. Sur le papier, le concept paraît idéal pour un thriller tendu, surtout avec l’idée d’un duo en plein naufrage sentimental. Mais au lieu d’un survival nerveux, le film d’Andres Beltrán ressemble surtout à une démonstration de tout ce qu’un récit de survie peut rater lorsqu’il manque de cohérence, de rythme et de regard clair sur ses personnages. Le récit commence par une scène censée installer le climat de menace. Des chasseurs errent dans la forêt tropicale, paniquent, crient, fuient une présence invisible.
Un couple américain, au bord du divorce, se rend en Colombie pour une conférence. Lors d'une randonnée dans la forêt tropicale, une tempête les fait se retrouver piégés dans une fosse de sables mouvants. Incapables de bouger, ils doivent lutter pour leur survie...
Tout est monté avec une brutalité sensorielle censée provoquer un frisson immédiat. Sauf que ce prologue montre surtout les failles du film : coupe sur coupe, musique qui donne des ordres, agitation forcée, et aucune tension réelle. Cette entrée en matière cherche à tout prix à signaler qu’un danger rôde, mais elle crée surtout de la confusion. Une fois cette ouverture expédiée, le film présente enfin son sujet principal : un couple au bord du divorce, Sofia et Josh, venus en Colombie pour une conférence médicale. Elle est médecin, native du pays, revenue après plusieurs années d’absence. Lui découvre Bogotá pour la première fois. Le scénario installe rapidement l’échec sentimental, les reproches, l’absence de communication et les silences qui pèsent plus lourd que n’importe quel serpent tapi dans les fourrés.
L’idée d’un duo fracturé plongé dans un environnement hostile pourrait offrir un vrai carburant émotionnel, mais la dynamique manque de précision. Les dialogues effleurent le malaise conjugal sans donner de matière solide. Rien ne semble vécu, rien ne se ressent pleinement. Le film tente pourtant d’amener cette rupture vers quelque chose de plus intense en les envoyant randonner dans une zone sauvage. Le choix paraît irrationnel, presque suicidaire, mais le scénario n’interroge jamais ce comportement. Là où un film de survie joue souvent sur les détails, Quicksand néglige ces points essentiels. Rien n’est crédible : pas de téléphone, pas de préparation, pas même un sens minimal des précautions de base.
La tension dramatique se retrouve alors parasitée par des décisions qui frôlent l’absurde. L’arrivée du voleur renforce ce sentiment de décalage. Le couple se retrouve suivi, agressé, puis entraîné vers un coin isolé où l’attaque tourne court. Le voleur tire n’importe où, comme si les arbres constituaient une cible valable, avant de s’écrouler dans une mare de boue. La scène ressemble davantage à un sketch improvisé qu’à une montée en pression. Cet affrontement artificiel sert uniquement à pousser les deux protagonistes vers le piège annoncé : le fameux quicksand, qui n’est d’ailleurs jamais vraiment présenté comme du sable mouvant, mais plutôt comme un bassin de terre molle et visqueuse.
À partir de là, les personnages ne bougent presque plus. Ils restent plantés dans la boue pendant une large partie du film. Cette immobilité pourrait avoir un effet dramaturgique puissant. Un huis clos figé, loin du monde, forçant les deux époux à se parler, à se confronter, à revoir leur histoire. Le cinéma aurait largement de quoi faire quelque chose de fort avec deux corps immobilisés et deux cœurs chargés. Mais Quicksand se contente d’occuper ce temps avec des révélations timides, des confessions à moitié assumées et des échanges qui tournent en rond. La mise en scène n’invente aucune variation pour renouveler cette situation. La boue, censée être menaçante, souffre d’une étrange instabilité narrative.
Parfois, elle semble avaler un homme à vitesse grand V. À d’autres moments, elle paraît aussi solide qu’un terrain de jeux. Les personnages affirment que leurs bras ne peuvent plus bouger, puis récupèrent miraculeusement l’usage de leurs muscles pour attraper un objet lointain. Ce manque de constance enlève une bonne part de la tension, car le danger ne semble jamais clairement défini. Le film accumule aussi des incohérences visibles. Les personnages laissent constamment leurs bras replonger dans la boue alors qu’ils essaient de s’en sortir. Josh ne pense pas à utiliser sa veste comme corde improvisée. Une fois, l’un des personnages s’évanouit, l’autre aussi, sans raison précise.
Et lorsque la caméra prend de la hauteur, la scène montre une étendue de boue assez petite pour laisser penser qu’ils auraient pu tenter autre chose que se lamenter pendant des heures. Le moment le plus improbable du film reste la scène du serpent. Un boa, manifestement très motivé, se rapproche d’une zone où des objets lui tombent dessus. Ce comportement, contraire à n’importe quelle logique animale, sert seulement à justifier un acte encore plus étrange : l’héroïne utilise le reptile comme une sorte de lasso improvisé. L’image semble sortie d’un cartoon folklorique, sans aucune réflexion biologique derrière. Le serpent est présenté comme venimeux, alors que l’espèce représentée ne l’est pas.
Il est également montré en pleine garde d’œufs, alors que ce type de serpent n’en pond pas. Le film sacrifie tout réalisme pour créer un moment spectaculaire qui fonctionne surtout comme un point de non-retour dans le ridicule. Malgré tout, Carolina Gaitán et Allan Hawco s’efforcent de donner un minimum de vérité à leurs personnages. Leur ressentiment initial paraît crédible, mais leur rapprochement manque de force. La relation évolue parce que le scénario l’oblige, pas parce que quelque chose se transforme réellement entre eux. Leur jeu reste parfois figé, parfois juste, comme si Beltrán ne savait pas exactement dans quelle direction les pousser. La mise en scène souffre également d’un rythme irrégulier. Certains passages durent une éternité, d’autres s’enchaînent trop vite.
Le temps passe sans progression dramatique, jusqu’à un final qui tente de faire croire à une montée en tension alors que l’énergie s’est déjà dissipée depuis longtemps. Le film cherche à offrir un climax émotionnel et physique, mais il arrive trop tard, trop faiblement. Au final, Quicksand peine à exploiter son cadre, son concept et même l’idée de couple au bord de la rupture. Le film pourrait être un survival psychologique sec et nerveux, mais la multiplication des maladresses le transforme en divertissement bancal, parfois frustrant, parfois involontairement comique. La promesse d’un thriller dépaysant se dissout dans un ensemble qui s’égare, incapable de choisir entre drame conjugal, film d’aventure et menace animale.
Note : 2/10. En bref, Quicksand finit par ressembler à ce qu’il voulait éviter : un thriller enlisé dans ses propres choix, trop confus pour provoquer la peur, trop hésitant pour créer une vraie émotion. Une idée intéressante, engloutie par un traitement approximatif. Si une chose reste en tête, c’est surtout la sensation d’un film qui passe à côté de lui-même, comme ce couple qui s'enfonce lentement dans la boue sans jamais trouver la traction nécessaire pour remonter.
Sorti le 1er décembre 2025 directement en VOD
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