2 Décembre 2025
Regretting You // De Josh Boone. Avec Allison Williams, Mckenna Grace et Dave Franco.
Regretting You arrive avec la réputation d’une adaptation attendue. Le roman de Colleen Hoover jouit d’un solide public, et Hollywood continue de capitaliser sur l’élan provoqué par It Ends with Us (Jamais Plus). Pourtant, malgré les promesses d’un drame familial riche en émotions, ce film de Josh Boone finit par se perdre dans une mécanique trop visible, presque écrasée par tous les fils narratifs qu’il tente de tirer en même temps. L’histoire aurait pu toucher juste, mais elle s’égare souvent, comme si chaque scène cherchait à provoquer une réaction sans construire le chemin qui y mène. Le film ouvre sur une bande de lycéens soudés dans la fin des années 2000.
Morgan Grant a mis ses rêves entre parenthèses pour élever sa fille Clara. Si elles partagent un amour indéfectible, tout le reste les divise : leurs valeurs, leurs choix, leur manière d’aimer et de vivre. Morgan veut protéger Clara à tout prix, quitte à l’étouffer. Clara, elle, refuse de suivre le chemin tout tracé de sa mère et cherche à s’émanciper. Mais lorsqu’un drame brutal fait ressurgir une trahison inimaginable, le fragile équilibre qu’elles avaient construit vole en éclats. Dans ce chaos, Morgan trouve un soutien inattendu… auprès de la seule personne qu’elle tenait à distance depuis des années. De son côté, Clara se rapproche dangereusement du garçon qu’on lui a formellement interdit d’aimer. Deux chemins parallèles, deux cœurs en reconstruction, une vérité à affronter.
Morgan, Jenny, Chris et Jonah vivent leurs derniers jours de jeunesse insouciante, avec les fêtes, les rêves d’adultes et la musique qui tourne dans la voiture. Ces couples ne fonctionnent pas vraiment sur le papier, mais leur amitié crée un équilibre fragile. Sauf que derrière les sourires, Jonah cache un attachement pour Morgan qu’il se garde bien d’avouer, au moment même où elle lui dévoile sa grossesse avec Chris. La fissure est déjà là, invisible mais déterminante pour toute la suite. Un bond de dix-sept ans propulse l’histoire dans le présent. Morgan et Chris sont devenus des parents marqués par la routine et les tensions. Leur fille Clara s’apprête à quitter le nid pour s’inscrire dans une école d’art dramatique.
L’adolescente découvre aussi les premiers émois amoureux avec Miller, un garçon doux mais entouré de rumeurs. Au milieu, Jonah et Jenny ont fondé leur propre famille. L’image semble parfaite, mais ce calme se brise brutalement avec un accident qui emporte Chris et Jenny d’un coup. Leur mort met le feu à tout ce que chacun croyait stable. Le choc ne vient pas seulement du deuil. Le rapport de police révèle que Chris conduisait la voiture de Jenny, ouvrant la porte à une vérité beaucoup plus douloureuse : ils vivaient une relation clandestine. La découverte est brutale. Pour Morgan, chaque souvenir devient suspect. Pour Jonah, chaque geste de sa compagne semble réécrit.
Les deux survivants doivent encaisser non seulement la perte de l’être aimé, mais aussi la trahison. Le film installe là son moteur dramatique principal, mais ce moteur tourne à vide par moments, faute d’une écriture assez fine pour explorer la complexité des émotions. Dans son adaptation, le scénario mise beaucoup sur l’explosion des sentiments. Les cris, les fuites, les portes qui claquent prennent souvent le pas sur des échanges plus simples et plus sincères. La mise en scène appuie ces moments avec une intensité un peu forcée. Josh Boone filme les grandes ruptures comme si chaque scène devait battre un record d’intensité. L’émotion existe, mais se retrouve noyée dans un trop-plein de gestes et de répliques surlignées. Le résultat manque d’espace, alors que l’histoire en réclame pour respirer.
La représentation du deuil souffre du même problème. Morgan, submergée par la solitude et l’amertume, réagit de façon vive, parfois incohérente. Clara, elle, vacille entre colère adolescente et besoin d’évasion. L’absence de Chris devrait peser lourd, mais la mise en scène la laisse parfois sur le bas-côté, comme si l’infidélité éclipsait la mort elle-même. Les personnages passent rapidement d’une phase émotionnelle à l’autre, sans temps de pause. La colère et la tristesse se succèdent avec une rapidité surprenante, ce qui affaiblit l’identification à leurs épreuves. Même la romance naissante de Clara souffre de ce rythme heurté. Sa relation avec Miller apporte un souffle plus tendre, presque plus authentique que le reste.
Le garçon essaie d’être présent malgré ses propres soucis familiaux, notamment un grand-père malade qu’il protège avec pudeur. Cette relation pourrait offrir un contrepoint plus lumineux, mais le film la traite avec la même urgence que le reste, ce qui lui retire une part de naturel. Les acteurs tentent de maintenir une cohérence dans ce chaos émotionnel. Allison Williams propose une Morgan tour à tour coupable, perdue et trop contrôlante. Mckenna Grace, elle, incarne une adolescente en pleine confusion, mais sa révolte semble parfois écrite comme un catalogue de clichés. Dave Franco, de son côté, peine à transmettre la profondeur de Jonah, souvent enfermé dans des réactions abruptes.
Certains moments fonctionnent, notamment les rares scènes plus calmes où les regards disent enfin quelque chose de vrai. Mais ces instants restent trop isolés pour donner une ligne claire au film. Regretting You multiplie aussi les éléments narratifs sans les relier complètement : le bébé de Jenny et Jonah, les lettres secrètes, la carrière de Miller, les disputes mère-fille, l’admission à l’université, la découverte des mensonges, les retrouvailles sentimentales… En voulant tout explorer, le film finit par pas assez creuser chaque piste. Certaines scènes semblent sorties d’un téléfilm dramatique, d’autres d’une romance adolescente, d’autres encore d’un mélo pur. L’ensemble manque d’un fil rouge solide.
L’image souffre d’une esthétique assez lisse, presque publicitaire. Certaines séquences semblent tourner autour de placements de produits un peu trop visibles, ce qui n’aide pas l’immersion. Cette propreté visuelle contraste avec les drames traversés par les personnages, donnant parfois l’impression que le film évite d’abîmer ce qui devrait l’être. Pourtant, Regretting You possède une force : son sujet. Le regret, la crise familiale, le poids des secrets, la reconstruction après une découverte qui renverse une vie entière… Ces thèmes méritaient un film plus posé, plus audacieux, plus nuancé. L’histoire contient des moments sincères, notamment lorsque Morgan réalise que son passé lui a échappé, ou quand Clara découvre que l’amour n’efface pas la peur.
Ces scènes montrent ce que le film aurait pu devenir : un portrait touchant de deux femmes qui se réapprennent après une déchirure. Mais ces éclats ne suffisent pas à masquer les failles. Regretting You reste un drame qui veut trop en dire sans savoir où mettre le cœur. L’émotion existe, mais elle se perd dans une mise en scène trop appuyée, des dialogues qui sonnent creux et une avalanche de complots sentimentaux. Rien n’est complètement raté, mais rien n’atteint vraiment ce que l’histoire promettait.
Note : 4/10. En bref, un drame sentimental qui s’éparpille entre larmes, secrets et maladresse. Regretting You laissera peut-être une marque chez ceux qui aiment les romances chargées de drames, les films qui déroulent leurs sentiments sans filtre et les récits où les secrets jouent les trouble-fêtes. Pour le reste, le film risque de glisser entre les doigts, comme une histoire qui cherche son poids émotionnel sans jamais le trouver.
Sorti le 29 octobre 2025 au cinéma
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