10 Décembre 2025
Sarah’s Oil // De Cyrus Nowrasteh. Avec Naya Desir-Johnson, Zachary Levi et Sonequa Martin-Green.
Les biopics qui retracent la vie de figures oubliées de l’histoire ont un potentiel immense. Sarah’s Oil, inspiré de la trajectoire de Sarah Rector, appartient clairement à cette catégorie. À seulement onze ans, cette jeune fille afro-américaine est devenue une figure centrale de l’Oklahoma du début du XXe siècle après la découverte d’un gisement de pétrole sur un lopin de terre hérité grâce au traité de 1866. Sur le papier, son histoire possède une force naturelle, un souffle dramatique évident, et de quoi porter un long-métrage mémorable. Malheureusement, le film de Cyrus Nowrasteh ne parvient pas à exploiter pleinement cette matière première.
L'histoire vraie de Sarah Rector, une afro-américaine née dans le territoire indien de l'Oklahoma au début des années 1900. Elle est persuadée que du pétrole se trouve sous la terre familiale et son intuition s'avère exacte, elle devient alors l'une des premières femmes afro-américaines millionnaires du pays - à l'âge de 11 ans.
Dès les premières minutes, Sarah’s Oil ressemble à ces productions familiales Disney des années 2000/2010 distribuées directement en DVD : une esthétique sage, une mise en scène sans personnalité et un ton constamment lissé pour rester accessible au plus large public possible. La comparaison n’est pas flatteuse, surtout quand le film promet un récit historique chargé d’injustice, de courage et d’émancipation. La production, associée ici à Wonder – connue pour ses œuvres orientées fictions chrétiennes – privilégie un ton très édulcoré, quitte à gommer les aspects les plus rugueux de l’époque. Cette volonté d’adoucir les faits pose un vrai problème. La ségrégation se retrouve ici réduite à quelques remarques, quelques refus d’accès, quelques regards. Cette approche atténuée donne l’impression que le film évite de froisser le public familial, mais elle affaiblit considérablement l’impact du récit.
Le scénario reste en surface, même lorsqu’il aborde des thèmes essentiels comme les tentatives d’exploitation économique dont Sarah Rector a été victime. Le récit avance sans véritable relief, comme s’il suivait un cahier des charges trop strict. Le résultat donne un film long, parfois étiré sans raison, alors qu’un format bien plus court aurait sans doute suffi. Plusieurs scènes manquent de clarté, notamment dans les dernières minutes, où la résolution paraît précipitée et étonnamment confuse pour un film qui prend tant de temps à installer son intrigue. Le choix d’introduire un personnage fictif – Bert, campé par Zachary Levi – alourdit encore davantage le récit. Ce rôle, sans réel ancrage historique, prend une place disproportionnée dans l’intrigue.
Le personnage suit un arc de rédemption qui n’a pas lieu d’être dans un film censé célébrer la détermination d’une enfant qui a réellement existé. Là où Sarah’s Oil aurait pu s’appuyer sur l’intelligence et la résistance de Sarah Rector elle-même, le scénario choisit de détourner une partie du temps d’écran pour montrer l’évolution morale d’un homme blanc qui ne fait même pas partie de l’histoire réelle. Ce glissement narratif affaiblit l’héroïne. Bert accompagne Sarah dans ses démarches, intervient face aux antagonistes, explique parfois des enjeux techniques ou juridiques qui auraient pu être abordés autrement. Le film affirme vouloir éviter les pièges habituels du genre, mais cette présence romancée produit exactement l’effet inverse. À chaque fois que Bert intervient pour guider Sarah, le récit oublie un peu plus la richesse du parcours réel de la jeune fille.
Le problème est accentué par l’interprétation de Levi. Son jeu paraît décalé, parfois même peu sincère, comme si l’acteur avait du mal à trouver le ton juste. Il oscille entre comique léger et moments supposés graves, mais l’ensemble ne fonctionne pas. Ce manque de crédibilité pèse sur chaque scène où son personnage apparaît, jusqu’à donner l’impression qu’il joue dans un autre film. Heureusement, tout n’est pas à jeter. Le rôle de Sarah, confié à Naya Desir-Johnson, offre une respiration bienvenue. La jeune actrice incarne son personnage avec un mélange de détermination, de douceur et de lucidité qui donne parfois au film l’émotion qui lui manque ailleurs. Ses regards, très expressifs, transmettent une maturité précoce qui rappelle la force du personnage historique.
Autour d’elle, plusieurs acteurs offrent des prestations solides, notamment Sonequa Martin-Green, convaincante dans le rôle de la mère de Sarah, ou Garret Dillahunt, assez efficace en homme d’affaires opportuniste. Malgré ces performances, la construction du film ne permet pas à ces talents de briller pleinement. Chaque scène promet quelque chose, mais finit par s’arrêter avant d’atteindre sa pleine intensité. Les enjeux économiques, juridiques et sociaux, pourtant cruciaux dans l’histoire de Sarah Rector, ne sont qu’effleurés. Visuellement, la mise en scène fonctionne sans réelle identité et rien qui imprime durablement la mémoire.
Au final, Sarah’s Oil laisse un sentiment d’inachevé. L’intention de raconter la vie d’une figure importante de l’histoire américaine est louable, mais la réalisation peine à lui rendre hommage. Entre un scénario trop sage, des choix narratifs discutables et une volonté de tout rendre gentil, le film perd la puissance naturelle du destin de Sarah Rector. Une histoire qui méritait un traitement plus courageux, plus honnête, plus centré sur son héroïne réelle plutôt que sur une figure fictive qui détourne l’attention. Sarah’s Oil propose une belle histoire, mais un film fragile. Une œuvre qui aurait pu être marquante, mais qui passe à côté de son potentiel, faute d’audace et de profondeur.
Note : 4.5/10. En bref, entre un scénario trop sage, des choix narratifs discutables et une volonté de tout rendre gentil, le film perd la puissance naturelle du destin de Sarah Rector.
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