The Fall and Rise of Reggie Dinkins (Saison 1, 10 épisodes) : chronique d’un ego face à la caméra

The Fall and Rise of Reggie Dinkins (Saison 1, 10 épisodes) : chronique d’un ego face à la caméra

Quand on lance le premier épisode de The Fall and Rise of Reggie Dinkins, on a ce petit sentiment de déjà-vu. Le pitch de l’ancienne gloire du sport qui essaie de remonter la pente après s'être pris les pieds dans le tapis d'un scandale médiatique, on connaît la chanson. C’est un classique. La présence de Tracy Morgan au casting et d’anciens scénaristes de 30 Rock à la création a encore plus motivé mon visionnage. Pourtant, au fil de cette première saison de dix épisodes, on réalise assez vite qu’on n’est pas là pour une simple leçon de morale ou une énième parodie du milieu du football américain. 

 

La série réussit un tour de force : transformer un concept un peu usé en une aventure humaine bizarrement attachante. Le cœur de l’histoire, c’est Reggie. Une ex-star des stades, un colosse aux pieds d’argile qui refuse de voir que le monde a tourné sans lui. Pour essayer de sauver les meubles et surtout son image de marque, il accepte qu’Arthur Tobin, un réalisateur un peu paumé, le suive partout avec sa caméra. On est dans du pur "faux documentaire", mais avec un twist. Ici, la caméra n’est pas juste un témoin silencieux. Elle devient un personnage à part entière, un élément perturbateur qui pousse tout le monde à bout. Ce qui rend la série vraiment vivante, c’est la rencontre entre ces deux mondes que tout oppose. 

 

D’un côté, on a Reggie : impulsif, bruyant, souvent à côté de la plaque, mais doté d’une énergie communicative. De l’autre, il y a Arthur : rigide, un peu coincé, cherchant désespérément à donner un sens artistique à ce chaos. Au début, on rigole de leurs différences, mais plus les épisodes défilent, plus on s’aperçoit qu’ils ont besoin l’un de l’autre. Ce n’est pas juste une relation de travail, c'est une sorte de dépendance mutuelle assez fascinante à observer. L’humour de la série ne tombe jamais dans la facilité de l’enchaînement de blagues gratuites. L’écriture est assez fine pour que les situations les plus absurdes découlent directement du caractère des personnages. 

 

Quand Reggie fait une bêtise monumentale par pur ego, on ne soupire pas, on comprend pourquoi il le fait. C’est cette cohérence-là qui permet à la série de monter en puissance. Si les premiers épisodes prennent le temps de poser les bases, ce qui peut donner une sensation de lenteur, la seconde moitié de la saison appuie franchement sur l’accélérateur. Le rythme devient plus nerveux, les dialogues plus percutants, et on se surprend à enchaîner les épisodes sans regarder l’heure. Mais Reggie et Arthur ne sont pas seuls dans cette galère. La grande force de cette saison 1 réside aussi dans sa galerie de personnages secondaires. Souvent, dans ce genre de comédie, l’entourage sert de décor. 

 

Pas ici. Que ce soit son ex-femme, sa nouvelle compagne ou son fils, chacun apporte une pierre à l’édifice. Ils sont là pour rappeler à Reggie (et à nous) que ses actes ont des conséquences réelles. Ils ancrent le récit dans une réalité parfois brutale, ce qui équilibre parfaitement les moments de délire total. On navigue entre le rire et une petite pointe de mélancolie, ce qui rend le tout beaucoup plus digeste qu'une comédie pure et dure. Le thème de l’image publique est traité avec une subtilité bienvenue. On ne nous fait pas un cours sur les réseaux sociaux ou la "cancel culture", mais on nous montre comment la vérité est une matière malléable. 

 

Reggie essaie de se mettre en scène pour paraître meilleur qu'il n'est, tandis qu'Arthur manipule ses images pour servir son propre documentaire. Finalement, on se demande qui est le plus honnête dans l’histoire. Cette tension permanente entre ce que l'on est et ce que l'on montre donne à la série une profondeur inattendue. Arrivé au dixième épisode, on sent que la série a trouvé ses marques. Elle ne cherche pas à nous offrir une rédemption facile avec des violons et des sourires forcés. Le final reste fidèle à l’esprit de la saison : c’est un processus lent, un peu bancal, parfois contradictoire, à l’image de la vie, au fond. La série ne révolutionne peut-être pas la télévision, mais elle propose quelque chose de rare aujourd'hui : des personnages qui ont le droit d'être imparfaits, agaçants et perdus.

 

En résumé, cette première saison de The Fall and Rise of Reggie Dinkins est une excellente surprise. C’est le genre de programme qui demande un petit temps d’adaptation, le temps que la mayonnaise prenne, mais une fois qu’on est dedans, on ne veut plus en sortir. L’écriture est solide, le casting est au rendez-vous et l’équilibre entre l’absurde et l’humain est vraiment bien géré. On termine la saison avec une seule envie : voir jusqu’où Reggie Dinkins est prêt à aller pour exister à nouveau, et si Arthur finira par poser sa caméra ou s'il sera totalement aspiré par le vortex de son sujet. Vivement la suite, parce qu'on a encore beaucoup de choses à apprendre sur ce duo improbable.

 

Note : 7/10. En bref, cette première saison de The Fall and Rise of Reggie Dinkins est une excellente surprise. C’est le genre de programme qui demande un petit temps d’adaptation, le temps que la mayonnaise prenne, mais une fois qu’on est dedans, on ne veut plus en sortir. L’écriture est solide, le casting est au rendez-vous et l’équilibre entre l’absurde et l’humain est vraiment bien géré.

Prochainement en France

 

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