6 Décembre 2025
Stephen // De Mithun Balaji. Avec Gomathi Shankar, Smruthi Venkat, Shrisha, Harija et Amruth Balaji.
Parler de Stephen, c’est entrer dans un terrain mouvant. Le film veut explorer la psychologie d’un tueur, mais pas dans le style habituel où l’enquête domine. Ici, le récit se construit autour des paroles de son personnage principal, un homme qui avoue ses crimes dès les premières minutes. Un mensonge peut-il révéler une vérité ? C’est un peu la question que soulève cette histoire, qui joue avec l’idée du menteur compulsif. Ce concept peut donner un thriller intense, mais il demande une grande précision dans la mise en scène et un casting solide… deux éléments qui manquent parfois.
Plonge dans l'esprit d'un tueur qui a confessé son crime et qui est évalué par une psychiatre dans une affaire glaçante. La psychiatre se retrouve bientôt enlacée dans un mystère qui tord l'esprit, commençant comme une simple évaluation mais menant à une obscurité éternelle.
L’intérêt principal du film vient de sa volonté de brouiller la frontière entre confession et manipulation. Stephen affirme être responsable de la mort de plusieurs jeunes femmes, toutes attirées par une carrière d’actrice, mais rien n’est jamais stable dans ses discours. Le film utilise cette instabilité pour construire un puzzle mental, où chaque scène contredit la précédente. Par moments, cette approche m’a captivé ; à d’autres, elle m’a laissé perplexe, comme si le scénario perdait le fil en même temps que son personnage. Il y a tout de même une idée séduisante derrière ce jeu de miroirs : pénétrer dans la tête d’un homme qui navigue entre lucidité, rêves éveillés et souvenirs brisés.
La narration alterne entre l’enquête des policiers, les face-à-face avec la médecin légiste et les plongées dans l’esprit de Stephen. Cette partie psychologique donne une profondeur que le film n’exploite pas toujours pleinement, mais qui permet de comprendre d’où vient sa violence. Le passé du personnage, marqué par l’absence d’amour et par des blessures familiales profondes, revient régulièrement en fragments, comme un écho qu’il essaie d’étouffer. Si l’histoire possède un vrai potentiel, la réalisation a plus de mal à suivre. Par moments, l’image respire la contrainte budgétaire. Certains plans paraissent bricolés, d’autres manquent de rythme, et plusieurs scènes donnent l’impression d’être étirées pour remplir le temps.
La tension repose alors davantage sur les idées que sur la forme. Cela ne rend pas le film mauvais, mais cela crée un décalage entre l’ambition affichée et le résultat. Plusieurs séquences qui auraient pu être marquantes paraissent finalement un peu plates. Les scènes d’enquête, par exemple, manquent d’énergie. Les dialogues explicatifs alourdissent parfois le récit, comme si le film ne se faisait pas confiance pour transmettre ses intentions par l’image ou par le jeu des acteurs. À d’autres moments, il essaie de produire une ambiance sombre, plus noire que sa propre esthétique ne peut le soutenir. Résultat : certains passages sonnent forcés, ce qui freine l’immersion.
L’un des points faibles du film reste son casting. Plusieurs seconds rôles manquent de précision et peinent à porter les enjeux de leurs scènes. Dans un thriller psychologique, où l’intensité repose souvent sur le moindre regard ou silence, ces faiblesses se remarquent vite. Mais au milieu de ces performances inégales, une figure se détache : Gomathi Shankar, qui tient le rôle de Stephen. Lui apporte un poids énorme au film. Sa manière d’osciller entre calme, détresse et froideur donne une vraie épaisseur au personnage. Il parvient à rendre crédible un individu instable, parfois touchant malgré ses actes, parfois inquiétant malgré ses élans de sincérité. Sans lui, le film aurait certainement perdu son dernier ancrage émotionnel.
Cette capacité à tenir l’écran dans un univers vacillant fait de lui le véritable moteur du long métrage. Il transforme une histoire imparfaite en quelque chose de regardable, presque hypnotique par moments. Le film ose parfois sortir du thriller classique pour représenter ce que Stephen imagine. Ces digressions visuelles montrent une autre version de sa vie : une histoire d’amour idéalisée, des souvenirs réinventés, des scènes de mariage qu’il recompose mentalement pour masquer ses pulsions. Ces séquences créent un contraste avec la froideur de l’enquête et donnent une dimension plus intime au personnage. Elles questionnent aussi ce qui, dans son comportement, relève du traumatisme ou de la manipulation.
L’utilisation d’un symbole récurrent – une grande roue aperçue dans son enfance – renforce cette idée de cycle qui ne se termine jamais. Le film revient régulièrement à cette image, comme si elle représentait les tours imprévisibles que sa vie a pris. C’est une jolie trouvaille, même si elle aurait gagné à être mieux intégrée dans l’ensemble. La conclusion du film se déroule dans un espace presque suffocant, à l’intérieur d’un véhicule de police. Stephen y confronte ses parents dans un mélange de souvenirs réels et de visions intérieures. Cette scène offre une interprétation de ses actes moins spectaculaire mais plus sensible. Elle donne un aperçu de ce qu’aurait pu être le film si toutes ses séquences avaient bénéficié de la même intensité émotionnelle.
Cependant, cette fin souligne aussi ce qui manque au reste du long métrage : des dialogues plus travaillés, une mise en scène plus ferme, un univers visuel plus cohérent. L’émotion existe, mais elle se perd parfois dans un ensemble trop hésitant. Stephen est un thriller psychologique avec une vraie identité, mais qui souffre d’un manque d’équilibre. L’idée de plonger dans la tête d’un menteur compulsif est passionnante, surtout dans un récit où le criminel avoue tout dès le début. Mais pour que cela fonctionne pleinement, il aurait fallu une direction plus affirmée et un casting plus au niveau. Pour autant, la performance de Gomathi Shankar vaut le détour.
Il sauve le film du naufrage et offre un portrait complexe d’un homme brisé, partagé entre ce qu’il croit être et ce qu’il fuit. Grâce à lui, l’expérience reste regardable et parfois même troublante. Au final, Stephen est un film imparfait, ambitieux mais limité, qui réussit surtout lorsqu’il se concentre sur l’humain plutôt que sur ses effets de style. Pas un thriller inoubliable, mais un objet curieux porté par un acteur qui mérite d’être remarqué.
Note : 4.5/10. En bref, un thriller psychologique ambitieux mais fragile, porté par un acteur qui sauve presque le film.
Sorti le 5 décembre 2025 directement sur Netflix
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