3 Décembre 2025
Trap House // De Michael Dowse. Avec Sophia Lillis, Bobby Cannavale, Jack Champion et Dave Bautista.
Trap House arrive avec une promesse simple : Dave Bautista en agent de la DEA qui navigue entre cartels, coups tordus et drames familiaux. Sur le papier, ça vend un certain type de cinéma musclé et tendu, un vrai thriller de territoire frontalier. Le film de Michael Dowse choisit pourtant une route étonnante, presque double. D’un côté, un récit sombre où les cartels règlent leurs comptes à balles réelles. De l’autre, une bande d’ados suréquipés, enfants d’agents fédéraux, qui décident de braquer des “trap houses” comme s’ils préparaient une sortie scolaire un peu trop ambitieuse. Le résultat mélange deux tonalités qui cohabitent sans jamais totalement s’accorder.
Un agent de la DEA sous couverture et son partenaire sont à la poursuite d'un groupe de voleurs : leurs propres adolescents rebelles, qui ont doublé un dangereux cartel en utilisant les méthodes de leurs parents.
L’histoire démarre à El Paso. Ray Seale, interprété par Bautista, incarne un père fatigué par le terrain, marqué par un quotidien fait de raids et de risques permanents. Une opération tourne mal et coûte la vie à un collègue. Le choc touche aussi les familles : l’agent mort laisse derrière lui un enfant, Jesse, contraint de partir loin pour éviter que les cartels ne s’intéressent à lui. Ce point de départ installe un climat lourd, presque anxiogène, que Bautista porte sur son visage. Son jeu fonctionne, précis, sans grandes tirades, mais chargé d’un poids intérieur qui lui donne une vraie présence. C’est à ce moment que le film entame son virage le plus étrange. Cody, le fils de Ray, décide avec ses amis que la seule manière d’aider la famille du collègue décédé, c’est de reprendre le flambeau.
Le groupe dérobe du matériel de la DEA et s’improvise équipe de braqueurs, ciblant les maisons où les cartels stockent et préparent leur marchandise. Leur logique tient davantage du film d’aventure adolescent que du thriller criminel, mais le script assume cette direction sans vraiment la questionner. Les jeunes s’entraînent avec des armes non-létales, utilisent équipements et tactiques empruntés à leurs parents comme si tout cela relevait d’un projet scolaire trop réaliste. Leur motivation existe, mais leurs méthodes défient la crédibilité. Cette bascule transforme Trap House en récit à deux vitesses. Le film montre d’un côté des adultes plongés dans une guerre ouverte, chassant des criminels qui n’ont rien de caricatures inoffensives.
Tony Dalton et Kate del Castillo, dans la peau de deux figures de cartel, insufflent un vrai sentiment de menace. Leur présence rappelle ce que pourrait être Trap House s’il restait concentré sur le versant thriller. À côté, les jeunes multiplient les coups d’audace comme si les cartels fonctionnaient sous mode “facile à braquer”. La combinaison provoque un mélange curieux, pas toujours assumé, où une scène peut afficher une violence sèche, puis être suivie d’un moment presque ludique dans lequel des lycéens se faufilent dans un entrepôt blindé. Michael Dowse, qui avait signé Stuber avec Bautista, semble plus à l’aise ici dès qu’il s’agit d’action pure.
Les poursuites sur autoroute, les tunnels poussiéreux, les échanges de tirs : tout est filmé avec une bonne lisibilité et une tension réelle. Le rythme reste dynamique, l’enchaînement des séquences garde le spectateur impliqué, et certaines idées visuelles apportent un souffle efficace. Le film livre suffisamment de matière pour maintenir l’intérêt du public friand de sensations fortes. Ce qui pose problème, c’est l’équilibre. La partie adulte tient la route : Ray se bat sur deux fronts, contre les cartels et contre une crainte sourde liée à la sécurité de son fils. Bautista joue cela avec sobriété. Sa culpabilité, sa peur, son regard inquiet face à une vérité qu’il comprend trop tard : tout cela fonctionne.
L’histoire aurait gagné à creuser davantage ce fil émotionnel, tant il constitue la colonne vertébrale du film. À travers Ray, Trap House montre un père qui tente de composer avec un métier dangereux, un deuil personnel et une relation brisée avec son fils depuis la mort de sa femme. Le film évoque ces éléments sans aller très loin, préférant injecter plus de scènes d’action au lieu d’exploiter le potentiel dramatique installé dès le début. Face à lui, Cody devient un moteur narratif plus problématique. Son envie d’aider Jesse part d’un bon sentiment, mais ses décisions manquent de fondation émotionnelle solide. L’escalade de ses actes paraît accélérée, parfois artificielle.
Il bascule dans une obstination qui finit par réduire son personnage à une série d’impulsions. Le film tente de créer un conflit père-fils, mais ce conflit repose davantage sur des raccourcis dramatiques que sur un cheminement logique. Le personnage de Teresa, la nouvelle venue dans le lycée, apporte un brin de romance, mais son rôle souffre d’un twist trop facile à anticiper, ce qui affaiblit son impact sur l’intrigue. L’ensemble du groupe d’adolescents ne bénéficie pas d’un vrai développement. Hormis l’un d’eux, plus nuancé, la bande se contente de suivre Cody sans véritable existence propre. Leur présence sert surtout à justifier les braquages successifs, alors que leurs personnalités auraient pu enrichir l’histoire.
Certains moments amusants émergent, notamment un face-à-face père-fils qui démarre par une surprise musclée avant de redevenir une scène de complicité forcée, mais ces éclats isolés ne parviennent pas à donner une vraie identité au film. Trap House possède pourtant une idée forte : montrer comment les familles d’agents vivent les conséquences d’une guerre invisible, où les morts ne laissent derrière eux ni fortune ni sécurité. Ce thème surgit brièvement au début, puis disparaît, laissant place à des retournements plus classiques. Le film effleure une critique sociale avant de revenir vers un chemin plus confortable, celui d’un divertissement calibré, sans prise de risque sur le fond.
Le final reflète ce choix. Après avoir installé des dangers réels, le film s’arrange pour éviter les conséquences les plus logiques. La réconciliation entre Ray et Cody arrive trop facilement, comme si toutes les erreurs commises pouvaient s’effacer d’un simple échange chargé d’émotion. Le récit abandonne soudain l’idée de montrer la vraie portée de ces actes. Résultat : une conclusion rapide, presque édulcorée, qui laisse une impression de facilité. Trap House reste un film regardable, rythmé, porté par un Bautista solide et par quelques bonnes idées de mise en scène. Mais le mélange des genres crée un produit hybride qui peine à choisir sa nature. Par moments, le film semble prêt à devenir un thriller dur.
À d’autres, il flirte avec la comédie d’action adolescente. Entre les deux, le récit finit par diluer son énergie. Ce qui aurait pu être une exploration audacieuse du monde des cartels vu à travers le prisme familial se transforme en divertissement correct, mais incapable d’assumer pleinement l’ambition annoncée.
Note : 5/10. En bref, Trap House reste un film regardable, rythmé, porté par un Bautista solide et par quelques bonnes idées de mise en scène. Mais le mélange des genres crée un produit hybride qui peine à choisir sa nature. Par moments, le film semble prêt à devenir un thriller dur. À d’autres, il flirte avec la comédie d’action adolescente. Entre les deux, le récit finit par diluer son énergie.
Prochainement en France en SVOD
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