5 Décembre 2025
Troll 2 // De Roar Uthaug. Avec Ine Marie Wilmann, Mads Sjogard Pettersen et Kim S. Falck-Jørgensen.
Il existe des suites qui surprennent, d’autres qui déçoivent, et puis il y a Troll 2, un film qui parvient à transformer la notion même d’attente en une chute libre incontrôlée. Pourtant, avec un premier opus maladroit mais dotée de quelques bonnes idées, il y avait de quoi espérer un rattrapage. Pas un miracle, évidemment, mais au moins un film qui sache pourquoi il existe. Ici, ce n’est visiblement pas le cas. Troll 2 ressemble à un devoir rendu en retard par un élève déjà en rattrapage, persuadé qu’ajouter deux ou trois images léchées suffirait à masquer un récit aussi fin qu’un papier cuisson.
Lorsqu'un nouveau troll sème la dévastation dans le pays, Nora, Andreas et le major Kris se lancent dans la plus périlleuse des missions.
Le pitch, lui, semble avoir été griffonné sur un coin de table : Nora, toujours spécialiste des trolls (et visiblement spécialiste en catastrophes humaines involontaires), sort de sa semi-retraite pour aller observer un nouveau troll en hibernation. Et évidemment, parce que sinon il n’y aurait pas de film, elle trouve un moyen de provoquer un fiasco monumental. Le troll se réveille, se met en colère, et part casser tout ce qu’il trouve. Une journée ordinaire en Norvège, si l’on en croit l’équipe du film. Pour stopper ce carnage, le casting du premier opus est rappelé en urgence, comme si l’univers n’avait vraiment personne d’autre sous la main.
Il faut croire que la Norvège possède une armée, un gouvernement, des scientifiques, mais que tout ce beau monde est visiblement trop occupé pour gérer une créature de plusieurs centaines de tonnes. Alors on fait revenir ceux qui avaient déjà presque tout saboté la première fois. Logique discutable, mais bon… la cohérence n’est pas vraiment un invité régulier de cette suite. L’histoire se déroule ensuite comme une longue parodie involontaire de Godzilla vs Kong, sauf que les ambitions sont carrément plus modestes. Deux trolls géants ? Oui. Un affrontement spectaculaire ? Pas vraiment. Le film promet une bataille mythique, puis sert quelques minutes bâclées, à peine de quoi réveiller un spectateur somnolent.
Le fameux gentil troll, censé offrir un minimum d’enjeu émotionnel, apparaît aussi fugitivement qu’un coup de vent et repart aussi rapidement, après avoir perdu presque tous ses combats. Un héros particulièrement inspirant. Là où Troll 2 devient vraiment fascinant, c’est dans son acharnement à saboter tout ce qui pourrait fonctionner. L’histoire navigue entre clichés, incohérences et idées expédiées, comme si chaque scène avait été écrite séparément puis collée sans vérifier que tout allait ensemble. On saute d’une course-poursuite inutile à une révélation mythique qui n’apporte rien, puis à une discussion pseudo-émouvante qui tombe à plat.
La structure du film ressemble davantage à un assemblage de scènes orphelines qu’à un vrai scénario. Les personnages, eux, alternent entre naïveté cosmique et réactions absurdement décalées. Certains se comportent comme s’ils participaient à une chasse au trésor pour enfants, d’autres comme s’ils découvraient l’existence des trolls alors qu’ils ont littéralement failli mourir dans le premier film. Le gouvernement norvégien, censé réagir à une menace colossale, semble opérer avec la même stratégie qu’une bande d’étudiants en soirée improvisée : deux hélicos, trois coups de bluff et une bonne dose de déni. Quant aux habitants censés être terrorisés… ils filment tout avec leur téléphone, même quand un troll leur arrache le toit au-dessus de la tête.
À ce stade, ce n’est plus un manque d’instinct de survie, c’est une passion dangereuse pour les likes. Heureusement, tout n’est pas à jeter. Visuellement, certains plans fonctionnent, principalement ceux qui s’appuient sur les décors naturels. La Norvège reste photogénique même quand le scénario ne l’est pas. La photographie est propre, bien plus travaillée que dans de nombreux DTV, et quelques idées de mise en scène montrent que quelqu’un, quelque part, essayait vraiment de faire quelque chose de correct. Mais ces qualités isolées ne suffisent pas à sauver l’ensemble. Le film ressemble à un gâteau décoré par un professionnel… mais dont la pâte n’a jamais été cuite.
Le vrai problème, c’est que Troll 2 ne sait jamais sur quel pied danser. Sérieux ? Humoristique ? Épique ? Familial ? Tout est mélangé, sans direction claire. Le film voudrait être un blockbuster hollywoodien, mais n’a ni l’ambition, ni le budget, ni le ton, ni même la conviction pour le devenir. Résultat : un produit hybride, qui mime les codes sans les comprendre. Même les blagues tombent à plat, souvent amenées sans rythme, comme si le film demandait au spectateur d’applaudir par politesse. Côté émotions, c’est encore plus maigre. Les tentatives dramatiques ressemblent à des photocopies mal calibrées d’autres films. À force de tout simplifier, Troll 2 ne laisse aucune place à l’impact émotionnel. On regarde les enjeux défiler sans jamais s’y attacher.
La conclusion tente d’amorcer un troisième film – évidemment, puisqu’il faut bien préparer le terrain pour une suite qui ne sera probablement pas meilleure – mais cette tentative sonne complètement creuse. Après presque deux heures d’action mollassonne et de pseudo-dramaturgie, difficile d’être enthousiaste. À vrai dire, l’idée même de replonger dans cet univers a quelque chose de légèrement menaçant. Troll 2 n’est pas catastrophique sur toute la ligne : il y a de belles images et quelques moments amusants. Mais le résultat final reste un film raté, plombé par une écriture confuse, des personnages sans relief et une mise en scène qui cherche plus à cocher des cases qu’à raconter quelque chose. Une suite qui donne surtout envie de voir les trolls retourner à l’hibernation, et d’y rester.
Note : 2.5/10. En bref, un blockbuster nordique qui essaie d’être tout, mais qui finit par n’être pas grand-chose. Un film qu’on regarde sans passion, qu’on oublie sans effort, et qui prouve une fois encore qu’un troll qui dort… devrait peut-être être laissé tranquille.
Sorti le 1er décembre 2025 directement sur Netflix
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