Critique Ciné : Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés (2025, Netflix)

Critique Ciné : Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés (2025, Netflix)

Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés // De Rian Johnson. Avec Daniel Craig, Josh O'Connor et Cailee Spaeny.

 

Enfin. C’est vraiment le premier mot qui vient à l’esprit au moment de terminer Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés sur Netflix. Deux heures vingt au compteur, ce n’est pas rien à trouver dans un emploi du temps, surtout pour un film de plateforme. Pourtant, difficile de résister à l’appel d’un nouveau mystère signé Rian Johnson, troisième volet des aventures de Benoit Blanc après À couteaux tirés et Glass Onion. Cette fois, le terrain de jeu change radicalement : exit les villas luxueuses et les milliardaires, direction une petite église catholique à l’agonie, perdue quelque part aux États-Unis. Le film s’ouvre sur l’arrivée du père Jud Duplenticy, jeune prêtre muté dans cette paroisse isolée. Dès les premières scènes, le malaise est palpable. 

 

Le détective Benoit Blanc collabore avec un jeune prêtre pour enquêter sur un crime totalement inexplicable perpétré dans l'église d'une petite ville au sombre passé.

 

Le lieu est sombre, presque oppressant, et la communauté qui l’entoure encore plus. Le monsignor Jefferson Wicks, figure autoritaire et charismatique, règne sur un groupe de fidèles radicalisés, animés par une méfiance générale envers le monde extérieur. La foi devient ici un outil de domination, un prétexte à la colère et au rejet. Le choc entre Jud, sincère mais fragile, et ce microcosme toxique est immédiat. Sans surprise, le monsignor est retrouvé mort pendant une messe, dans des circonstances qui semblent impossibles. Tous les paroissiens étaient présents, personne n’a bougé, et pourtant le crime a eu lieu. C’est à ce moment-là que Benoit Blanc entre enfin en scène. 

 

Et il faut le dire : son arrivée se fait attendre. Le film prend beaucoup de temps à installer son décor, ses thèmes et ses personnages, au point que les trente premières minutes peuvent sembler lourdes, presque didactiques. Rian Johnson reste fidèle à ce qui fait l’ADN de la saga À couteaux tirés : un casting fourni et prestigieux, une intrigue dense, et une envie claire de commenter le monde actuel. Ici, la cible est double. D’un côté, la récupération politique de la religion, de l’autre, les dérives sectaires nourries par la peur et la haine. Le film ne cache pas ses intentions et s’amuse à pointer du doigt certains discours extrêmes, parfois de manière assez frontale. Par moments, cette satire fait mouche. À d’autres, elle manque de finesse et donne l’impression de cocher des cases.

 

Là où Wake Up Dead Man se distingue vraiment de ses prédécesseurs, c’est dans son ton. Plus sombre, plus gothique, moins porté sur la farce permanente de Glass Onion. Les décors jouent un rôle essentiel : l’église, le cimetière, les couloirs étroits, tout contribue à une ambiance pesante, presque funèbre. Visuellement, le film est soigné, même si son format Netflix se ressent dans une mise en scène parfois trop sage. La direction artistique, elle, fait clairement le travail et donne une vraie identité à cet épisode. Le scénario, en revanche, divise. L’intrigue est complexe, très chargée en informations, indices et faux-semblants. Johnson adore empiler les couches, parfois au point de perdre le spectateur. L’enquête elle-même est plus linéaire qu’attendu. 

 

Contrairement aux deux premiers films, il n’y a pas de rupture de structure vraiment marquante. Tout avance droit devant, avec quelques détours, mais sans ce sentiment de jeu constant avec les attentes. Le plus gros problème vient sans doute des personnages secondaires. Malgré un casting impressionnant, beaucoup restent en retrait. Certains n’existent presque pas, se contentant de quelques répliques et d’un trait de caractère caricatural. Dans un whodunit, chaque suspect devrait donner envie de douter, de soupçonner, de changer d’avis. Ici, à part Benoit Blanc, Jud et deux ou trois figures marquantes, l’ensemble manque de relief. Glenn Close amuse par son côté imprévisible, Josh Brolin impose une présence inquiétante, mais trop d’autres visages disparaissent aussitôt qu’ils sont présentés.

 

Josh O’Connor, en revanche, porte clairement le film. Wake Up Dead Man est autant son histoire que celle de Benoit Blanc. Son père Jud est le véritable point d’ancrage émotionnel du récit. Tourmenté, maladroit, parfois dépassé, il incarne une foi sincère confrontée à sa perversion. O’Connor joue juste, sans en faire trop, même lorsque l’écriture hésite sur le ton à adopter. La relation qui se crée avec Blanc fonctionne bien, même si Daniel Craig semble cette fois un peu plus en retrait. Benoit Blanc reste fidèle à lui-même, avec son accent traînant et ses raisonnements labyrinthiques. Il amuse toujours, mais le film tarde à lui donner toute sa place. Une fois lancé, l’enquête retrouve par moments ce plaisir du détail et de la déduction qui faisait le sel de la saga. 

 

Malheureusement, le final retombe dans une longue explication verbale, très bavarde, qui enlève une partie de son impact à la révélation. Le twist est correct, mais il ne provoque pas le choc attendu d’un grand film de mystère. Sur le fond, le traitement de la religion laisse un goût mitigé. Le film soulève des questions intéressantes sur la foi, la manipulation et le besoin de croire, mais il simplifie souvent ses arguments. Les débats restent en surface, comme si le scénario n’osait pas aller plus loin par peur de froisser. C’est dommage, car le cadre s’y prêtait parfaitement. 

 

Note : 6.5/10. En bref, Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés est un épisode ambitieux, parfois passionnant, parfois frustrant. Il ne manque ni d’idées ni de personnalité, mais il souffre d’un trop-plein : trop long, trop chargé, trop inégal dans l’écriture de ses personnages. Malgré tout, le plaisir de retrouver Benoit Blanc et l’univers imaginé par Rian Johnson reste intact. Même imparfait, ce troisième volet donne encore envie de voir le détective reprendre du service, à condition de retrouver un meilleur équilibre entre jeu, mystère et personnages.

Sorti le 12 décembre 2025 directement sur Netflix

 

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