He Had it Coming (Saison 1, 8 épisodes) : entre chaos universitaire et colère socialisée

He Had it Coming (Saison 1, 8 épisodes) : entre chaos universitaire et colère socialisée

J’aime beaucoup les séries universitaires pour le simple plaisir d'observer des communautés miniatures où les tensions sociales se concentrent comme sous une loupe. Avec He Had It Coming, je me suis retrouvé précisément dans cet environnement condensé, où chaque couloir résonne d’un débat avorté, d’un cri militant ou d’un secret trop lourd. Cette première saison de huit épisodes aborde la question du genre avec une audace presque désinvolte, en tirant son intrigue depuis un acte de protestation impulsif jusqu’à un véritable parcours criminel. La série pose très vite son ambiance et refuse de s’installer tranquillement. 

 

Une étudiante boursière maladroite et une influenceuse des réseaux sociaux vandalisent une statue de l'université pour protester. Le lendemain matin, ils découvrent un athlète assassiné à son pied et doivent innocenter leurs noms tout en démasquant le véritable tueur.

 

Dès les premières minutes, j’ai compris qu’elle ne cherchait pas à ménager une montée progressive : un cours centré obsessionnellement sur le corps féminin, perturbé par un affrontement amoureux, suffit à annoncer un campus saturé de non-dits et de violences symboliques. C’est là que j’ai rencontré Elise et Barbara, duo improbable qui, à mesure que la saison avance, se retrouve enlacé dans un engrenage aussi absurde que tragique. Elise arrive d’Angleterre, avec un sens du décalage qui dépasse sa maladresse sociale. Sa bourse universitaire repose sur un talent atypique – les cornemuses –, ce qui l’isole presque automatiquement dans cet environnement déjà fragmenté. 

 

Barbara, au contraire, respire l’assurance calculée d’une influenceuse qui connaît par cœur la chorégraphie des réseaux sociaux. Elles ne partagent ni le même monde, ni les mêmes envies, ni les mêmes stratégies pour survivre au campus. Pourtant, une nuit trop arrosée les place sur le même chemin. Cette nuit-là, j’ai eu l’impression de glisser avec elles dans un mélange de colère, de frustration et de fascination. Leur geste consiste à vandaliser une statue universitaire devenue symbole d'un certain culte masculin. Une action qui, dans leur état, semble libératrice. Au réveil, la réalité leur tombe dessus : un étudiant, figure dominante du campus, est retrouvé mort, mutilé, exactement au pied de l’œuvre qu’elles ont taguée. 

 

À partir de là, leur vie se tord brusquement, comme si chaque pas qu’elles faisaient pour cacher leurs traces ouvrait une nouvelle porte vers le chaos. La police universitaire, incarnée par la détective Shepherd, impose une pression constante. Shepherd n’est ni hostile ni complaisante : elle avance avec une rigueur qui oblige chacun à se positionner, parfois contre son gré. Voir Elise et Barbara tenter de maintenir une façade m’a souvent mis mal à l’aise ; elles se débattent avec une culpabilité flottante, un secret partagé qui les rapproche sans jamais les apaiser. Plus les épisodes avancent, plus les tensions autour d’elles se cristallisent. 

 

Les groupes militants du campus s’affrontent, les étudiants oscillent entre peur et agressivité, et l’administration tente désespérément de juguler la panique en minimisant tout ce qui pourrait entacher son image. L’atmosphère devient si dense que même les scènes humoristiques, souvent potaches, portent une sorte de malaise latent. Le campus entier devient une scène à ciel ouvert : assemblées houleuses, slogans viralisés, masculinités fragilisées d’un côté et féminismes déchaînés de l’autre. La série ne cherche pas à simplifier ces oppositions. Elle montre comment les clivages s’exacerbent, comment chacun instrumentalise la situation, parfois même au-delà de toute logique. 

 

Le meurtre sert de déclencheur, mais c’est la dynamique sociale préexistante qui nourrit réellement la tension. Ce qui m’a marqué au fil des épisodes, c’est la relation entre Elise et Barbara. Leur alliance ne ressemble pas à un rapprochement naturel, encore moins à une amitié évidente. Elles restent deux extrêmes contraints de collaborer parce qu’un secret commun peut détruire leur avenir. Elise s'accroche à une forme de sincérité brute, même quand elle dérape. Barbara, elle, avance dans un équilibre précaire entre ce qu'elle montre, ce qu’elle croit être et ce qu’elle craint de perdre. La saison fait évoluer leur dynamique sans chercher à la rendre idyllique. 

 

J’ai ressenti leurs contradictions, leur méfiance mutuelle, leur besoin d'être soutenues tout en étant incapables de se faire totalement confiance. Leur duo fonctionne comme un miroir déformant : chacune met en lumière les défauts et les failles de l’autre, parfois avec une certaine tendresse, parfois avec une nervosité palpable. Certaines scènes accentuent ce contraste, comme leurs tentatives maladroites de récupérer des preuves ou leurs disputes à propos de la responsabilité morale de leur geste initial. Je ne me suis jamais dit qu’elles formaient un duo héroïque ; elles avancent par instinct, par peur, par débrouillardise, et parfois par un sens de la révolte qu’elles ne parviennent pas à définir clairement.

 

L’aspect satirique du récit saute aux yeux. Les professeurs opportunistes, les militants qui dépassent leur propre discours, les sportifs persuadés d’incarner l’ordre naturel du campus… Tout semble filtré à travers un prisme volontairement exagéré. Cela crée un univers légèrement décalé, où le rire et le malaise se confondent. À certains moments, j’ai trouvé que la série forçait un peu la caricature, surtout lorsqu’elle repose sur des blagues physiques ou sur des personnages volontairement outranciers. Pourtant, ces excès participent à l’identité même de la série. Ils rappellent que He Had It Coming ne souhaite pas jouer la carte du réalisme pur, mais plutôt explorer les absurdités qui surgissent quand des idéologies trop rigides s’affrontent.

 

La saison aborde les angoisses liées à la masculinité, la manière dont les réseaux sociaux transforment les discours politiques, et les zones grises des engagements féministes. Je n’ai pas eu l’impression que la série cherchait à imposer un message figé. Elle expose plutôt un terrain miné où chacun navigue avec ses contradictions. Le dernier épisode m’a laissé avec une sensation étrange : pas vraiment une résolution, mais plutôt une fracture. L’enquête aboutit, mais pas de la manière dont on pourrait l’attendre d’un thriller classique. Les révélations déplacent le centre de gravité de l’histoire et donnent un sens nouveau à certains comportements observés jusque-là.

 

Sans entrer dans le détail, la conclusion rappelle que le véritable moteur de la série reste moins le meurtre que la manière dont les personnages réagissent à la peur, au pouvoir et à l’exposition médiatique. J’ai terminé la saison avec plusieurs questions, et une curiosité sincère pour ce que la suite pourrait développer. He Had It Coming propose une saison dense, vive et volontairement abrasive. Le mélange entre humour noir, critique sociale et enquête criminelle ne fonctionne pas à chaque minute, mais il crée une identité narrative que j’ai trouvée stimulante. Elise et Barbara forment un duo qui marque davantage par ses imperfections que par une alliance héroïque, et c’est précisément ce qui rend leur trajectoire si intéressante.

 

Au-delà de l’intrigue policière, la série dépeint un campus traversé de tensions qui ressemblent étrangement à ce que l’on retrouve parfois hors fiction. C’est peut-être pour cela que je me suis autant laissé embarquer : quelque part, He Had It Coming exagère les choses, mais elle ne les invente pas. En refermant cette première saison, je garde l’impression d’avoir exploré un univers où la colère se transforme en humour, où la peur se teinte d’ironie, et où l’amitié reste un terrain fragile, mais essentiel.

 

Note : 6/10. En bref, He Had It Coming propose une saison dense, vive et volontairement abrasive. Le mélange entre humour noir, critique sociale et enquête criminelle ne fonctionne pas à chaque minute, mais il crée une identité narrative que j’ai trouvée stimulante. 

Prochainement en France

Disponible sur Stan, accessible via un VPN

 

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