22 Décembre 2025
Avec The Abandons, Netflix propose une série western en sept épisodes qui cherche à se démarquer des codes classiques du genre. L’action se déroule en 1854, dans un territoire encore marqué par l’élevage, mais déjà menacé par l’industrialisation et l’exploitation minière. Sur le papier, l’idée a de quoi intriguer, d’autant plus que la série choisit de placer au centre du récit deux femmes mûres, chacune à la tête d’un camp opposé. Un choix qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui mérite au moins d’être salué pour sa prise de risque. L’un des aspects les plus intéressants de cette première saison repose justement sur ce duel féminin.
Territoire de Washington, 1854. Les matriarches de deux familles que tout oppose, l'une fortunée et privilégiée, liée par le sang, et l'autre constituée d'orphelins et de marginaux unis par l'amour et la nécessité, voient leurs destins rassemblés par les crimes, un terrible secret, un amour maudit et un gisement d'argent. Une collision qui fait écho à la lutte entre riches et pauvres dans un coin d'Amérique hors de portée de la justice.
D’un côté, une propriétaire de mine déterminée à étendre son emprise économique. De l’autre, une éleveuse attachée à ses terres et à une communauté construite sur des liens choisis plutôt que sur le sang. Cette opposition permet d’aborder des thèmes classiques du western – le pouvoir, la propriété, la loi du plus fort – sous un angle légèrement différent. Le regard porté sur la transition entre un monde rural et une société plus industrielle apporte également une toile de fond pertinente, même si cette dimension reste souvent en surface. Le casting constitue clairement l’un des points solides de The Abandons. Gillian Anderson et Lena Headey portent la série avec sérieux et expérience.
Leur présence donne une certaine crédibilité à l’ensemble, même lorsque l’écriture montre ses limites. Certaines scènes fonctionnent grâce à leur jeu, notamment lors des confrontations silencieuses ou des moments de tension plus feutrés. Quelques seconds rôles sortent aussi du lot, en particulier celui de Trisha, dont l’interprétation apporte un peu plus de nuance émotionnelle à un récit parfois rigide. Malheureusement, ces qualités ne suffisent pas toujours à compenser les faiblesses du scénario. L’intrigue principale, centrée sur une rivalité entre deux camps, repose sur des ressorts déjà largement exploités dans le western contemporain. Le problème ne vient pas tant du thème que de son traitement.
L’histoire avance lentement, donne souvent l’impression de tourner en rond, et peine à installer une tension durable. Plusieurs arcs narratifs sont introduits sans jamais réellement peser sur le déroulement global, ce qui finit par créer un sentiment de remplissage. Les dialogues représentent un autre point discutable. Certains échanges manquent de naturel, voire de subtilité, et semblent parfois écrits pour expliquer plutôt que pour faire ressentir. À plusieurs reprises, des scènes s’étirent sans apporter d’élément nouveau, tandis que d’autres moments clés sont expédiés trop rapidement. Ce déséquilibre nuit à l’immersion et empêche de s’attacher pleinement aux personnages. La réalisation, quant à elle, oscille entre le réussi et le frustrant.
La photographie met en valeur de grands espaces naturels, avec des décors et des costumes globalement cohérents avec l’époque. Sur ce plan, la série remplit son contrat. En revanche, le montage pose problème. Les séquences très courtes, parfois limitées à quelques secondes, donnent une impression de zapping constant. L’action n’a pas toujours le temps de respirer, et certaines scènes auraient gagné à être laissées se dérouler plus longuement pour renforcer leur impact. Un autre élément qui affaiblit cette saison concerne la multiplication des thématiques. Racisme, religion, féminisme, révolution industrielle, conflits de classe… Tout est évoqué, mais rarement approfondi.
Ces sujets apparaissent davantage comme des touches décoratives que comme de véritables axes narratifs. Le résultat donne une série chargée en intentions, mais trop légère dans leur développement. La dimension sentimentale, notamment certaines histoires d’amour, contribue aussi à casser le rythme. Ces passages semblent souvent plaqués et n’apportent pas grand-chose à la dynamique globale. Pire encore, ils diluent une intrigue déjà fragile, alors que la série aurait gagné à resserrer son propos autour de son conflit central. La fin de cette première saison laisse un sentiment mitigé. Le dernier épisode donne l’impression d’une conclusion inachevée, comme si le récit s’interrompait en plein milieu.
Le cliffhanger manque d’impact émotionnel, et il devient difficile de se sentir réellement concerné par le sort des protagonistes. Le final, pourtant annoncé comme décisif, paraît prévisible très tôt et ne provoque pas l’effet attendu. Au final, The Abandons reste une série regardable, mais elle ne parvient pas à marquer durablement. Le potentiel est bien présent : un cadre solide, un casting sérieux, une idée de départ intéressante. Pourtant, quelque chose manque pour transformer l’essai. Comparée à d’autres westerns récents qui ont su renouveler le genre avec plus de maîtrise, cette première saison paraît trop sage, trop étirée, et parfois maladroite dans ses choix narratifs.
Ce western aurait peut-être gagné à adopter un format différent, voire un long métrage, afin de concentrer ses enjeux et d’éviter les longueurs. En l’état, cette saison 1 laisse surtout l’impression d’une œuvre incomplète, pleine de bonnes intentions mais incapable de les exploiter pleinement. Une expérience correcte, sans ennui majeur, mais sans véritable accroche non plus.
Note : 5/10. En bref, The Abandons reste une série regardable, mais elle ne parvient pas à marquer durablement. Le potentiel est bien présent mais quelque chose manque pour transformer l’essai. Comparée à d’autres westerns récents qui ont su renouveler le genre avec plus de maîtrise, cette première saison paraît trop sage, trop étirée, et parfois maladroite dans ses choix narratifs.
Disponible sur Netflix
Netflix n’a pas encore renouvelé The Abandons pour une saison 2 à l’heure où j’écris ces lignes.
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