20 Décembre 2025
Les épisodes 9 et 10 de la saison 5 de Emily in Paris donnent une impression étrange : celle d’assister à une série qui ne sait plus très bien qui est son personnage principal. Ces deux derniers chapitres, pourtant censés conclure une saison riche en déplacements et en enjeux, déplacent leur centre de gravité vers des intrigues masculines qui finissent par étouffer le parcours d’Emily au lieu de l’éclairer. Une grande partie de ces épisodes est consacrée au projet professionnel de Marcello. Son désir de s’émanciper de l’entreprise familiale, ses doutes créatifs et ses crises d’ego occupent un temps considérable à l’écran.
Le problème n’est pas tant son ambition que la manière dont elle devient la priorité absolue du récit, reléguant Emily au rôle de soutien émotionnel permanent. Emily gère ses humeurs, mobilise son réseau, trouve des solutions logistiques improbables et met entre parenthèses ses propres aspirations professionnelles. La série semble avoir complètement abandonné son ambition initiale : voir Emily évoluer vers la direction d’une antenne d’Agence Grateau. Cette trajectoire disparaît presque totalement, remplacée par une dévotion sans contrepartie à un compagnon instable, peu fiable et souvent désagréable. La relation entre Emily et Marcello pose un problème fondamental : l’absence de réciprocité. Tout repose sur elle.
Elle s’adapte, elle rassure, elle répare. Lui doute, s’emporte, puis reproche à Emily de vouloir tout arranger. Cette dynamique devient lassante, d’autant plus qu’elle n’est jamais réellement questionnée par la narration. La série donne parfois l’impression de présenter ce sacrifice comme une preuve d’amour, alors qu’il ressemble davantage à un effacement progressif de l’héroïne. Cette tendance ne concerne pas uniquement Emily. Mindy se retrouve elle aussi enfermée dans une relation où elle porte la charge émotionnelle et financière de Nico. La voir envisager de payer son loyer alors que leur relation est récente et fragile donne un sentiment de décalage total avec le personnage indépendant et lucide présenté dans les saisons précédentes.
Les difficultés d’argent deviennent un moteur scénaristique central, mais leur traitement manque de cohérence. Marcello, Nico et Laurent sont tous issus de milieux extrêmement privilégiés. Les voir soudainement présentés comme des hommes au bord de la ruine, sans réelle exploration des conséquences ou des responsabilités, affaiblit la crédibilité de l’ensemble. La série insiste sur le fait que ces hommes sont “coupés” de leurs ressources familiales, tout en maintenant un train de vie luxueux : hôtels prestigieux, événements mondains, défilés coûteux. Cette dissonance rend les enjeux financiers artificiels et empêche toute véritable tension dramatique. Les épisodes 9 et 10 accentuent un défaut récurrent de Emily in Paris : une chronologie confuse.
Les événements s’enchaînent sans que le passage du temps soit clairement établi. Les relations semblent évoluer sur plusieurs mois, alors que les dialogues donnent l’impression de quelques semaines à peine. Ce flou temporel complique l’investissement émotionnel. Il devient difficile de croire à la profondeur de certains attachements ou à la gravité de décisions comme un projet de mariage ou un changement de vie radical, alors que les bases relationnelles paraissent encore fragiles. La scène entre Emily et Gabriel à la gare fait partie des moments les plus justes de ces épisodes. L’échange est calme, empreint de tendresse et de maturité. Il rappelle ce qui fonctionnait à l’origine dans leur relation : une complicité simple, sans grand discours.
Pourtant, cette scène donne aussi l’impression d’un adieu précipité. Le départ de Gabriel sur un yacht ressemble davantage à une mise en pause stratégique du personnage qu’à une évolution logique. Son rêve a toujours été lié à la cuisine et à son restaurant, pas à une vie de chef itinérant pour milliardaire. Cette décision paraît déconnectée de tout ce qui a été construit auparavant. Paradoxalement, c’est Sylvie qui reste le personnage le plus cohérent de cette fin de saison. Son intrigue, bien que dramatique, conserve une ligne claire : une femme confrontée aux conséquences des choix financiers et affectifs de son mari. Même si certains retournements semblent forcés, son rapport au pouvoir, à l’indépendance et au contrôle reste fidèle à ce qui a été établi depuis le début de la série.
Son soutien final à Emily, teinté de lucidité et de mélancolie, apporte un moment de sincérité rare. Leur relation demeure l’une des plus solides et intéressantes de Emily in Paris. Le véritable problème de ces épisodes réside dans la façon dont Emily cesse d’être le moteur de sa propre histoire. Lorsqu’on lui demande comment elle va, ses réponses tournent exclusivement autour de Marcello. Ses choix professionnels passent systématiquement au second plan. Ses ambitions personnelles sont sacrifiées sans réelle réflexion. Cette évolution est d’autant plus frustrante que la série a souvent montré Emily comme une femme imparfaite mais déterminée, capable d’apprendre de ses erreurs.
Ici, elle semble enfermée dans un schéma répétitif : mettre sa vie entre parenthèses pour des hommes qui ne font jamais la même chose pour elle. La rupture finale avec Marcello apporte un certain soulagement, mais elle arrive tard et sans véritable catharsis. Beaucoup de temps a été consacré à une relation dont l’issue semblait évidente, au détriment d’un développement plus profond d’Emily elle-même. Le dernier message envoyé par Gabriel ouvre clairement la porte à une saison 6, mais laisse un sentiment d’inachevé. Après autant de déplacements, de sacrifices et de détours narratifs, l’impression dominante reste que la saison 5 n’a pas réellement fait avancer les personnages là où cela comptait.
Ces épisodes 9 et 10 illustrent les limites actuelles de Emily in Paris. La série conserve son charme visuel et son sens du décor, mais peine à proposer une évolution cohérente de ses personnages féminins. En voulant multiplier les intrigues sentimentales et les faux enjeux, elle finit par diluer ce qui faisait sa force : le parcours d’une femme cherchant sa place, professionnellement et personnellement, dans un environnement qui la dépasse. La saison 6 aura tout intérêt à recentrer le récit sur Emily, ses choix, ses ambitions et ses contradictions, plutôt que de continuer à la faire graviter autour de partenaires masculins interchangeables. Sans cela, le risque est de voir la série tourner en rond, malgré tous les kilomètres parcourus.
Note : 4.5/10. En bref, ces épisodes 9 et 10 illustrent les limites actuelles de Emily in Paris. La série conserve son charme visuel et son sens du décor, mais peine à proposer une évolution cohérente de ses personnages féminins. En voulant multiplier les intrigues sentimentales et les faux enjeux, elle finit par diluer ce qui faisait sa force : le parcours d’une femme cherchant sa place, professionnellement et personnellement, dans un environnement qui la dépasse.
Disponible sur Netflix
Netflix n’a pas encore renouvelé Emily in Paris pour une saison 6 à l'heure où j'écris ces lignes.
MAJ 8/01/2026 : Netflix a renouvelé Emily in Paris pour une saison 6.
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