Critique Ciné : 12 Hours in October (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : 12 Hours in October (2026, direct to SVOD)

12 Hours in October // De Danny A. Abeckaser. Avec Doron Ben-David, Herzl Tobey et Montana Tucker.

 

Avec 12 Hours in October, le cinéma s’attaque à un sujet encore brûlant : les premières heures du 7 octobre 2023 en Israël. Un événement trop récent, trop chargé émotionnellement, pour être abordé sans risques. Le film choisit pourtant d’y aller frontalement, en se concentrant sur une unité de temps réduite et sur plusieurs personnages dont les trajectoires se croisent au moment du drame. Sur le papier, l’intention peut sembler légitime. À l’écran, le résultat laisse un sentiment mitigé, voire frustrant. Le film s’inscrit dans une sorte de troisième voie après des tentatives récentes sur le même sujet. 

 

Les douze premières heures du 7 octobre 2023 correspondant à l'attaque du Hamas contre Israël.

 

Là où certaines productions télé semblaient plus solides techniquement et d’autres franchement ratées, 12 Hours in October oscille entre ambition et maladresse. L’objectif affiché est clair : faire vivre les douze premières heures de l’attaque à hauteur d’humain, en multipliant les points de vue. Le problème, c’est que la mise en œuvre ne suit pas toujours cette ambition. Visuellement, le film souffre énormément de son manque de moyens. La photographie est pauvre, souvent terne, avec des images qui rappellent davantage un téléfilm de seconde zone qu’un long métrage de cinéma. Les angles de caméra sont rarement inspirés et la caméra à l’épaule est utilisée de façon presque systématique, au point de devenir fatigante. 

 

L’intention est de créer de l’immersion, mais l’effet inverse se produit : la confusion visuelle empêche souvent de comprendre ce qui se passe réellement à l’écran. Le décor du Nova Festival est l’un des exemples les plus parlants. Le film donne l’impression d’un rassemblement réduit, presque intime, alors que la réalité était tout autre. Cette limitation saute aux yeux et nuit fortement à la crédibilité du récit. Le manque de figurants, l’espace mal exploité, les plans serrés censés masquer l’absence de moyens finissent par trahir la production. Difficile, dans ces conditions, de ressentir l’ampleur du chaos. Sur le plan de l’écriture, 12 Hours in October adopte une structure chorale. 

 

Le scénario prend le temps d’introduire plusieurs personnages avant que l’attaque ne débute réellement. Certaines scènes d’exposition s’éternisent inutilement, comme cette longue séquence de danse au début du film, qui peine à trouver un sens narratif. L’idée est sans doute de créer un contraste avec l’horreur à venir, mais le résultat manque d’impact. Ces moments donnent surtout l’impression de remplir du temps. Une fois l’attaque lancée, le film se recentre sur une approche plus procédurale. Les événements s’enchaînent, les trajectoires se croisent, le montage tente de maintenir une tension constante. Sur ce point, le montage fait ce qu’il peut pour donner du rythme et relier les sous-intrigues sans trop perdre le spectateur. 

 

Certaines scènes fonctionnent, notamment grâce à une narration assez claire malgré le chaos ambiant. Mais là encore, l’émotion peine à s’installer durablement. Le film montre beaucoup. Peut-être trop. La violence est omniprésente, parfois insoutenable. Certaines scènes sont difficiles à regarder, notamment une séquence de viol traitée de manière indirecte, laissant volontairement une part à l’imagination. Ce choix évite le voyeurisme pur, mais s’inscrit dans une logique générale où l’accumulation de chocs visuels prend le pas sur la construction émotionnelle. À force de vouloir tout montrer, le film oublie parfois de faire ressentir. L’un des problèmes majeurs de 12 Hours in October tient à son manque d’incarnation.

 

Les personnages existent surtout par ce qu’ils subissent, rarement par ce qu’ils sont. Le film donne peu d’éléments sur leur vie avant l’attaque, ce qui rend l’attachement difficile. Ce qui leur arrive est évidemment terrible, et touche mécaniquement, mais l’émotion reste souvent en surface. Il manque cette profondeur qui permettrait de transformer l’horreur en véritable tragédie humaine. Le casting est inégal. Certains acteurs sortent du lot, notamment des visages connus du public israélien, déjà vus dans des séries comme Fauda. Leur présence apporte un minimum de crédibilité et de densité à certaines scènes. Mais une grande partie de la distribution semble plus approximative. Le jeu est parfois rigide, parfois trop théâtral, comme si le film hésitait entre reconstitution réaliste et performance dramatique. 

 

Ce décalage affaiblit encore l’immersion. Le choix de s’appuyer sur des codes très marqués du cinéma américain DTV n’aide pas non plus. Clichés visuels, musique de fond assourdissante inutile, dialogues explicatifs, situations attendues : le film accumule des recettes usées sans jamais vraiment les dépasser. À vouloir être accessible et percutant, 12 Hours in October tombe souvent dans une forme de facilité. Le sujet méritait sans doute plus de retenue, plus de précision, et surtout plus de regard. Les scènes d’action, censées traduire le chaos et la terreur, sont parmi les plus problématiques. Les fusillades sont filmées de manière brouillonne, avec une caméra qui bouge sans cesse et des gros plans qui empêchent toute lisibilité. 

 

L’horreur devient alors abstraite, presque irréelle. Au lieu de clouer le spectateur à son siège, ces séquences provoquent parfois un détachement involontaire, comme si le film n’arrivait pas à trouver la bonne distance. Cela rend l’expérience globale frustrante. 12 Hours in October part d’une intention compréhensible : témoigner, choquer, faire ressentir l’ampleur d’un traumatisme récent. Mais le manque de moyens, les choix de mise en scène discutables et une écriture trop mécanique empêchent le film d’atteindre son objectif. Le résultat ressemble davantage à une fiction maladroite qu’à une œuvre capable de poser un regard fort sur un événement historique encore à vif.

 

Le cinéma a déjà prouvé qu’il pouvait aborder des sujets sensibles avec finesse et force. Ici, le sentiment dominant reste celui d’un projet bâclé, comme si l’urgence de raconter avait pris le pas sur le besoin de bien faire. 12 Hours in October n’est pas totalement raté, mais il donne surtout l’impression d’une occasion manquée. Face à une telle tragédie, le minimum aurait été d’offrir un film à la hauteur de ce qu’il prétend raconter.

 

Note : 3/10. En bref, le cinéma a déjà prouvé qu’il pouvait aborder des sujets sensibles avec finesse et force. Ici, le sentiment dominant reste celui d’un projet bâclé, comme si l’urgence de raconter avait pris le pas sur le besoin de bien faire. 

Prochainement en France en SVOD

 

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