Critique Ciné : Bulls (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Bulls (2026, direct to SVOD)

Bulls // De Daniel Meyer. Avec Matt Trudeau, T.J. Jagodowski et Michael Shannon.

 

Avec Bulls, le cinéma s’attaque à un sport rarement mis en avant à l’écran : les fléchettes. Sur le papier, l’idée pouvait intriguer. Discipline populaire, culture très marquée, ambiance de pubs, rivalités fraternelles, excès passés… il y avait matière à raconter quelque chose de vivant, voire de drôle. Le problème, c’est que Bulls donne très vite l’impression d’avoir été écrit et tourné par des gens qui n’ont jamais regardé un vrai match de fléchettes, ni même cherché à comprendre ce qu’ils filmaient. Dès les premières minutes, le malaise s’installe. Les règles du jeu sont approximatives, parfois complètement inventées. 

 

Deux demi-frères fauchés tiennent un bar miteux. Ils se voient offrir une chance d’affronter les champions d’élite anglais de fléchettes.

 

Le système de score n’a aucun sens, les stratégies sont absentes, et certaines situations frôlent l’absurde pour quiconque connaît un minimum ce sport. Voir un personnage rattraper une fléchette après un rebond et la relancer comme si de rien n’était, dans un contexte censé représenter un championnat mondial, résume à lui seul le niveau de crédibilité du film. À ce stade, difficile de savoir si le scénario relève de la négligence ou d’un mépris total pour son sujet. Le cœur du problème, c’est que Bulls ne se contente pas de simplifier les fléchettes pour le grand public, il les dénature complètement. À cette méconnaissance du sport s’ajoute une représentation caricaturale et datée de ses joueurs. 

 

Les personnages censés incarner des frères mancuniens parlent avec des accents hybrides improbables, oscillant entre l’irlandais générique et une vague imitation britannique. Pour un film qui prétend s’ancrer dans une culture précise, le résultat est gênant. Ces accents ratés provoquent parfois des rires, mais jamais pour les bonnes raisons. On ne croit jamais à ces personnages, encore moins à leur environnement. Le film enchaîne les clichés sur les Britanniques, présentés comme des buveurs invétérés, drogués, braillards, coincés dans une ambiance de pub des années 1970. Même en remontant à l’époque où l’alcool était plus présent dans les compétitions de fléchettes, cette vision reste exagérée et paresseuse. 

 

Les joueurs étaient des sportifs, avec des codes, une rigueur et une passion pour leur discipline. Bulls préfère en faire des caricatures grossières, sans nuance, comme si le film s’adressait à un public totalement extérieur à cette culture. Le niveau de jeu des acteurs n’aide pas à sauver l’ensemble. Beaucoup semblent amateurs, rigides, récitant leurs dialogues sans naturel. L’impression générale rappelle ces vidéos institutionnelles que l’on regarde par obligation dans le cadre professionnel : des visages sans relief, des échanges plats, et une mise en scène fonctionnelle au sens le plus fade du terme. Même les scènes censées être tendues ou émotionnelles tombent à plat, faute de conviction.

 

La présence de Michael Shannon, même en simple apparition, pose question. Son passage à l’écran est bref, presque anecdotique, et ne change rien à la dynamique du film. Sa participation ressemble davantage à un argument marketing qu’à un véritable apport artistique. Difficile de ne pas se demander ce qui a bien pu le convaincre de s’associer à un projet aussi maladroit. La réalisation, elle aussi, manque cruellement de personnalité. Les matchs sont filmés sans énergie, sans tension, sans compréhension du rythme propre aux fléchettes. Là où ce sport peut offrir du suspense, du silence pesant, des explosions de joie ou de frustration, Bulls se contente d’une mise en images molle, incapable de transmettre l’enjeu d’un lancer. 

 

Les chants du public, copiés sur des modèles américains, sonnent faux et n’ont rien à voir avec l’ambiance réelle des salles européennes. Le scénario, quant à lui, suit une trajectoire prévisible, sans jamais parvenir à créer un véritable attachement. Les relations entre les personnages sont survolées, les conflits expédiés, et les enjeux personnels restent superficiels. À mi-parcours, l’intérêt s’effondre complètement. L’envie de savoir comment tout cela va se terminer disparaît, remplacée par une forme de lassitude, voire d’agacement. Ce qui rend Bulls particulièrement frustrant, c’est qu’il donne le sentiment d’une occasion gâchée. Le monde des fléchettes est riche, populaire, chargé d’histoires humaines fortes. 

 

Il aurait suffi de regarder quelques matchs, de parler à de vrais joueurs, de comprendre les règles de base, pour construire un film honnête, même modeste. À la place, Bulls propose une version édulcorée, déformée, presque insultante pour les passionnés. Les rares éléments positifs sont anecdotiques. Certains visages secondaires apportent un léger souffle de vie, mais cela reste insuffisant pour compenser l’ensemble. Le film donne surtout l’impression d’avoir été pensé pour un public qui ne connaît rien aux fléchettes et n’a pas vraiment envie d’en apprendre davantage. Résultat : ni les amateurs du sport, ni les spectateurs curieux n’y trouvent leur compte.

 

Au final, Bulls rate sa cible à tous les niveaux. Mauvaise compréhension du sport, acteurs peu convaincants, clichés lourds et mise en scène sans inspiration composent un film difficile à défendre. Pour un passionné de fléchettes, l’expérience est presque pénible. Pour les autres, elle risque surtout de laisser une impression de vide et d’incompréhension. Un film qui donne davantage envie d’éteindre l’écran que de lancer une fléchette.

 

Note : 1/10. En bref, Bulls rate sa cible à tous les niveaux. Mauvaise compréhension du sport, acteurs peu convaincants, clichés lourds et mise en scène sans inspiration composent un film difficile à défendre.

Prochainement en France

 

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