Critique Ciné : Cheekatilo (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Cheekatilo (2026, Amazon Prime Video)

Cheekatilo // De Sharan Koppisetty. Avec Aamani, Esha Chawla et Sobhita Dhulipala.

 

Avec Cheekatilo, le cinéma de genre s’attaque une nouvelle fois à un sujet grave et malheureusement toujours d’actualité : les violences sexuelles et l’impunité qui les entoure. Sur le papier, le film a tout pour capter l’attention. Une journaliste déterminée, un violeur en série qui échappe à la police depuis des années, un passé traumatique qui nourrit l’obsession de l’héroïne. Les ingrédients sont là. Pourtant, malgré des intentions louables et un thème fort, Cheekatilo peine à dépasser le stade du thriller correct, trop appliqué et trop prévisible pour laisser une vraie trace.

 

Suivez le parcours implacable d’une jeune femme déterminée qui met au jour la terrifiante vérité derrière un violeur en série.

 

Le film suit Sandhya, journaliste d’investigation, lancée sur la piste d’un agresseur qui sévit depuis longtemps sans jamais être inquiété. Cette traque devient rapidement personnelle, tant le passé de Sandhya semble lié à ce qu’elle enquête aujourd’hui. Le récit avance à un rythme soutenu, enchaînant les scènes clés à toute vitesse, comme s’il craignait de s’attarder. Cette course permanente donne parfois l’impression que le scénario coche des cases plutôt qu’il ne construit une tension durable. Très vite, Cheekatilo donne le sentiment d’un déjà-vu. Chaque rebondissement, chaque fausse piste, chaque révélation arrive exactement là où elle est attendue. 

 

Les amateurs de thrillers policiers et de récits inspirés du true crime devineront sans difficulté la plupart des twists, y compris le dernier, censé relancer l’intérêt. Le film ne cherche jamais vraiment à déstabiliser son spectateur, préférant répéter des schémas bien connus du genre. Un exemple résume assez bien cette approche. Une scène installe une tension claire entre un personnage masculin et Sandhya, dans un contexte domestique apparemment banal. Tout semble mener à un geste de rupture, presque symbolique, une forme de révolte attendue. Le film choisit finalement de désamorcer la situation par une pirouette visuelle. 

 

L’idée est maligne sur le moment, mais elle illustre aussi les limites de Cheekatilo : le film suggère beaucoup, promet une audace, puis se contente de détourner l’attente sans aller plus loin. Le personnage de Sandhya, incarné par Sobhita Dhulipala, reste au centre de l’histoire. L’actrice s’en sort correctement, apportant assurance et détermination à cette journaliste opiniâtre. Son jeu est solide, notamment dans les scènes d’enquête où elle impose une vraie présence. En revanche, l’écriture du personnage manque de nuances. Sandhya apparaît souvent comme une figure monolithique, définie presque uniquement par son trauma passé et son besoin d’aller jusqu’au bout, quitte à blesser les autres.

 

Justement, ce passé traumatique, pourtant essentiel au récit, est survolé. Le film affirme que Sandhya est façonnée par ce qu’elle a vécu, mais il consacre très peu de temps à explorer ce que cela implique réellement. Les conséquences émotionnelles restent en surface, comme si le scénario craignait de ralentir le rythme. Le résultat donne une héroïne efficace, mais difficilement attachante, car trop peu incarnée dans sa complexité. Les interactions entre Sandhya et sa mère apportent, elles, quelques moments plus justes. Ces échanges, bien que courts, touchent par leur simplicité et leur sincérité. Ils rappellent que la question de la sécurité, de la peur et de la colère traverse les générations. 

 

Ces scènes font partie des rares instants où Cheekatilo prend le temps de respirer et de laisser place à une émotion plus naturelle. Un autre problème majeur du film réside dans la représentation des forces de l’ordre. La police y apparaît constamment dépassée, inefficace, presque caricaturale. Ce choix sert évidemment à valoriser l’intelligence et la ténacité de l’héroïne, mais il finit par décrédibiliser l’ensemble. Difficile de savoir s’il faut admirer Sandhya pour son efficacité ou simplement constater l’incompétence générale autour d’elle. Ce déséquilibre affaiblit la tension dramatique. Sur le fond, Cheekatilo aborde pourtant des thèmes importants. La violence faite aux femmes, le manque de conséquences pour les agresseurs, la banalisation du danger dans l’espace public, tout cela résonne fortement avec l’actualité. 

 

Le film rappelle à quel point ces sujets restent brûlants et nécessaires. Mais à force de vouloir délivrer un message clair, le récit se transforme parfois en démonstration appuyée. L’impression qui domine est celle d’un film qui cherche à provoquer un impact immédiat, sans prendre le temps de construire une histoire vraiment singulière. La mise en scène, correcte sans être marquante, accompagne cette impression de neutralité. Rien ne choque, rien ne surprend réellement. Le suspense fonctionne par automatisme, porté par une musique et un montage qui soulignent constamment ce que le spectateur a déjà compris. Là encore, Cheekatilo préfère répéter l’évidence plutôt que de faire confiance à l’intelligence du public.

 

Trop de productions ont abordé ces thématiques avec plus de finesse, plus de profondeur ou plus de radicalité. Ici, l’histoire semble avant tout vouloir exister par son message, au détriment de sa narration. Le film se regarde sans difficulté, mais il s’oublie tout aussi vite. Il ne provoque ni malaise durable, ni vraie réflexion une fois la séance terminée. Cheekatilo rejoint cette catégorie de thrillers engagés qui veulent dire quelque chose d’essentiel, mais qui, à force de suivre des chemins balisés, finissent par se fondre dans la masse. Une œuvre correcte, mais trop sage et trop prévisible pour marquer durablement le paysage du cinéma de genre.

 

Note : 4/10. En bref, Cheekatilo laisse une sensation étrange. Le sujet est important, la démarche part d’une intention respectable, mais le film ne parvient pas à se distinguer dans un genre déjà saturé. 

Sorti le 23 janvier 2026 directement sur Amazon Prime Video

 

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