Critique Ciné : La Dernière Valse (2025)

Critique Ciné : La Dernière Valse (2025)

La Dernière Valse // De Anselm Chan. Avec Dayo Wong Chi-Wah, Michael Hui et Michelle Wai.

 

La Dernière Valse est un film qui dérange parfois, intrigue souvent et laisse une impression mitigée une fois le générique terminé. Succès important à Hong Kong et candidat du territoire aux Oscars, le long-métrage aborde un sujet que le cinéma contemporain évite souvent ou traite avec distance : la mort, son commerce et les rituels qui l’entourent. Le tout dans un contexte très actuel, marqué par la pandémie de Covid-19 et ses conséquences économiques et humaines. L’histoire démarre de manière assez claire. Le personnage principal travaillait dans l’organisation de mariages, un secteur florissant… jusqu’à l’arrêt brutal causé par le Covid. 

 

Après la pandémie, Dominique, wedding planner criblé de dettes, est contraint de reprendre une entreprise de pompes funèbres. Ses cérémonies funéraires, à la fois inventives et touchantes, rencontrent un succès inattendu. Mais il doit composer avec Maître Man, prêtre taoïste respecté et gardien farouche des traditions. Au fil des funérailles, Dominic apprend peu à peu le code d’éthique de Maître Man et découvre la véritable portée de chaque adieu.

 

Ruiné, contraint de se réinventer, il se tourne vers un métier que peu choisissent par vocation : croque-mort. Ce basculement professionnel sert de point d’entrée au film et pose d’emblée une question centrale : que devient la mort dans une société obsédée par la réussite, la consommation et l’efficacité ? La première partie de La Dernière Valse adopte un ton assez sarcastique. Le film montre le business lucratif des funérailles à Hong Kong, avec une ironie parfois mordante. Les corps sont traités comme des marchandises, les rituels comme des prestations, et la douleur des familles se retrouve souvent noyée dans des considérations financières. Certaines scènes flirtent avec un humour étrange, parfois malaisant, qui ne cherche pas forcément à faire rire mais plutôt à mettre le spectateur face à une réalité brutale. 

 

Cette approche frontale a le mérite de ne pas édulcorer le sujet. Visuellement, le film ne cherche pas l’esbroufe. La mise en scène reste assez classique, parfois même un peu plate. Mais ce choix sert aussi le propos : La Dernière Valse observe plus qu’il ne dramatise. La caméra s’attarde sur les gestes, sur les corps, sur la matière. Les scènes de toilette mortuaire sont montrées sans détour, sans volonté de choquer gratuitement, mais sans chercher non plus à les rendre confortables. Ce sont sans doute les moments les plus marquants du film, ceux qui rappellent que la mort n’est pas abstraite. Progressivement, le récit change de direction. Le film délaisse en partie la critique sociale et économique pour se recentrer sur une histoire familiale et sur les traditions funéraires taoïstes. 

 

Ce basculement divise clairement le film en deux parties assez distinctes. D’un côté, une satire froide du capitalisme hongkongais appliqué à la mort. De l’autre, un drame plus intime autour du deuil, de la transmission et des non-dits au sein d’une famille dysfonctionnelle. Cette seconde partie se veut plus émotive, plus philosophique. La Dernière Valse s’attarde alors sur la manière dont les vivants dialoguent avec les morts, sur la nécessité des rites pour accompagner le deuil. Le film prend le temps d’expliquer certaines traditions taoïstes, notamment cette fameuse danse destinée à ouvrir les portes de l’au-delà. Ces séquences sont visuellement fortes et culturellement passionnantes, même pour un public peu familier de ces pratiques. Elles donnent au film une vraie singularité.

 

Le problème vient sans doute de l’équilibre général. À force de vouloir tout embrasser, La Dernière Valse se disperse. Le récit à tiroirs souffre de sa longueur et de son manque de cohérence. Certains personnages gagnent en importance au détriment d’autres, parfois sans véritable justification narrative. Le protagoniste principal, moteur du début du film, devient presque secondaire dans la dernière partie, ce qui crée une sensation de flottement. Sur le plan émotionnel, le film finit par céder à des élans plus consensuels. Là où la première heure osait une certaine sécheresse, la fin glisse vers des bons sentiments qui diluent en partie la force du propos initial. 

 

Les leçons de vie sur les vivants et les morts sont parfois appuyées, et le dénouement, volontairement doux, peut laisser sceptique. Cette bulle sentimentale tranche avec l’approche plus rugueuse du début. Les acteurs, en revanche, tiennent solidement l’ensemble. Dayo Wong et Michael Hui apportent une présence crédible, même lorsque l’écriture peine à approfondir leurs évolutions psychologiques. Les relations familiales, marquées par un cadre social encore très machiste, sont traitées avec une certaine lucidité. Le film laisse d’ailleurs entrevoir une possible évolution de ces schémas, sans en faire un discours militant lourd. La Dernière Valse trouve aussi une résonance particulière dans notre époque récente. 

 

Le film rappelle que certaines sociétés ont continué à honorer leurs morts malgré la pandémie, là où d’autres ont parfois choisi de les invisibiliser au nom de la protection sanitaire. Ce regard à contre-courant donne au film une dimension presque politique, même si elle reste en arrière-plan. Au final, La Dernière Valse est un film imparfait, parfois lancinant, qui manque d’un vrai fil conducteur sur toute sa durée. Mais il possède une vraie audace dans son rapport à la mort et dans sa volonté de montrer ce que beaucoup préfèrent ignorer. Il vaut surtout pour sa découverte des rites taoïstes, pour certaines scènes dérangeantes mais nécessaires, et pour son regard sur un monde où même le deuil peut devenir un produit.

 

Note : 5/10. En bref, un film intéressant, souvent maladroit, qui oscille entre satire sociale et chronique familiale, et qui laisse une impression contrastée. La Dernière Valse ne trouve pas toujours le bon tempo, mais propose une réflexion singulière sur la mort, les traditions et la place qu’on leur accorde dans nos sociétés modernes.

Sorti le 31 décembre 2025 au cinéma

 

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