Critique Ciné : Ma frère (2026)

Critique Ciné : Ma frère (2026)

Ma Frère // De Lise Akoka et Romane Gueret. Avec Fanta Kebe, Shirel Nataf et Amel Bent.

 

Avec Ma Frère, Lise Akoka et Romane Guéret poursuivent un travail entamé avec Les Pires, en s’intéressant une nouvelle fois à la jeunesse, au collectif et à ce que grandir veut dire quand le cadre familial, social ou culturel pèse déjà lourd. Le film se présente comme une comédie estivale, presque anodine sur le papier : deux jeunes femmes quittent leur cité pour encadrer une colonie de vacances dans la Drôme. Pourtant, derrière cette apparente légèreté, Ma Frère propose un regard bien plus fin et sensible qu’il n’y paraît. Shai et Djeneba ont vingt ans et se connaissent depuis l’enfance. Elles viennent du même quartier, mais n’avancent pas dans la vie avec les mêmes certitudes.

 

Shaï et Djeneba ont 20 ans et sont amies depuis l’enfance. Cet été-là, elles sont animatrices dans une colonie de vacances. Elles accompagnent dans la Drôme une bande d’enfants qui, comme elles, ont grandi entre les tours de la Place des Fêtes à Paris. À l’aube de l’âge adulte, elles devront faire des choix pour dessiner leur avenir et réinventer leur amitié.

 

L’une doute, papillonne, cherche encore sa place, notamment dans sa relation amoureuse. L’autre porte beaucoup sur ses épaules, entre responsabilités familiales et inquiétudes pour son petit frère. Leur départ en colo ressemble autant à une échappée qu’à une mise à l’épreuve. En devenant monitrices, elles doivent gérer des enfants souvent plus lucides qu’elles ne l’imaginaient, tout en affrontant leurs propres zones de flou. Le film ne cherche jamais le gag appuyé ou la caricature. Il préfère observer les petits riens du quotidien : une discussion maladroite autour d’un feu de camp, une dispute qui éclate sans prévenir, un moment de complicité inattendu. 

 

Ma Frère fonctionne beaucoup sur cette accumulation de scènes simples, qui finissent par dessiner quelque chose de très juste sur les liens humains. La colonie devient un espace à part, presque hors du temps, où chacun grandit un peu plus vite que prévu, enfants comme adultes. L’un des grands points forts du film reste son casting, en particulier du côté des enfants. Leur naturel frappe immédiatement. Ils parlent, rient, se disputent avec une spontanéité qui donne parfois l’impression de regarder un documentaire. Ce sentiment de vérité ne doit rien au hasard : Akoka et Guéret savent filmer les jeunes sans les enfermer dans des archétypes. Chaque enfant existe par petites touches, un trait de caractère, une remarque, un silence. Même les rôles secondaires laissent une empreinte.

 

Chez les adultes, Shirel Nataf et Fanta Kebe forment un duo très crédible. Leur amitié, faite de piques, de soutien discret et de fatigue partagée, constitue le cœur émotionnel du film. Rien n’est idéalisé. Leur lien est solide, mais pas sans tensions. Cette relation évolue au fil du séjour, à mesure que les responsabilités, les secrets et les choix personnels refont surface. Amel Bent, dans un rôle important, surprend par sa justesse et s’intègre naturellement à l’ensemble, sans jamais écraser les autres. Ma Frère aborde de nombreux sujets actuels : l’identité de genre, la religion, le consentement, la filiation, la peur de l’avenir, le poids des origines. Le film évite cependant l’écueil du discours appuyé. 

 

Ces thèmes émergent au détour de conversations, souvent le soir, quand la fatigue tombe et que les langues se délient. Ce choix donne au film une vraie authenticité. Les questions ne sont pas toujours résolues, et c’est précisément ce qui les rend crédibles. Pour autant, tout n’est pas parfaitement équilibré. Le nombre de personnages entraîne parfois une frustration. Certains arcs narratifs sont esquissés mais jamais vraiment développés. Le passage à l’âge adulte des deux héroïnes, notamment, aurait gagné à être creusé davantage. Le film semble parfois hésiter entre se concentrer sur les monitrices ou laisser toute la place aux enfants, au risque de rester à mi-chemin.

 

Sur le plan de l’écriture, les dialogues donnent souvent l’impression de ne pas avoir été écrits, ce qui constitue à la fois une qualité et une limite. Cette impression de naturel renforce la sincérité, mais entraîne aussi quelques longueurs. Certaines scènes s’étirent sans apporter grand-chose de neuf, et le rythme peut légèrement retomber par moments. Rien de rédhibitoire, mais cela empêche le film d’atteindre une vraie densité dramatique. La comparaison avec Nos jours heureux vient presque naturellement, tant le cadre de la colonie de vacances est associé à ce film. Ma Frère s’en distingue toutefois par son ancrage social plus marqué et par son regard davantage tourné vers la sororité et la transmission. 

 

Là où d’autres films cherchent la nostalgie, celui-ci regarde clairement vers l’avenir, à travers ces enfants qui semblent déjà très conscients du monde qui les entoure. Visuellement, la mise en scène reste simple, sans effets inutiles. La caméra accompagne les personnages de près, capte les gestes, les regards, les silences. Cette sobriété sert bien le propos. Le film respire, bouge beaucoup, parfois dans tous les sens, mais toujours avec une forme de cohérence. Les adultes apparaissent souvent comme de grands enfants un peu perdus, tandis que les plus jeunes impressionnent par leur maturité et leur liberté de parole.

 

Au final, Ma Frère n’est pas un film parfait. Il y a des facilités, quelques répétitions, et une sensation de déjà-vu sur certains profils de personnages. Mais il dégage une chaleur sincère et une énergie communicative. Ce qui reste après la projection, ce sont des visages, des voix, des moments de partage et une émotion discrète mais tenace. Lise Akoka et Romane Guéret signent une comédie douce-amère, attentive aux autres, qui parle de collectif sans oublier les individualités. Un film qui ne révolutionne rien, mais qui touche juste là où il faut, et qui rappelle que grandir passe souvent par le regard que l’on porte sur ceux qui nous entourent.

 

Note : 6.5/10. En bref, une colonie de vacances comme terrain d’émotions et de passages à l’âge adulte.

Sorti le 7 janvier 2026 au cinéma

 

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