Critique Ciné : Malice (2026)

Critique Ciné : Malice (2026)

Malice // De Mukuan Lai et Wenyi Yao. Avec Xiaofei Zhang, Ting Mei et Yusi Chen.

 

Malice s’installe sans bruit. Pas de musique envahissante, pas d’effets spectaculaires pour accrocher l’attention. Le film avance doucement, presque sournoisement, et c’est justement ce qui le rend dérangeant. Ici, le suspense ne repose pas sur l’action mais sur l’accumulation de décisions discutables, de mots lâchés trop vite et de jugements rendus avant l’heure. Le malaise s’installe progressivement et ne lâche plus vraiment. L’histoire débute par un événement traumatisant : la chute mortelle d’une fillette atteinte d’un cancer et de l’infirmière qui la poursuivait sur le toit d’un hôpital. 

 

La journaliste Ye Pan cherche à découvrir la vérité derrière une mystérieuse double chute. Au cours de son enquête, elle désigne l’infirmière Li Yue et la mère You Xi comme suspectes, ce qui provoque une vive indignation publique et la situation échappe progressivement à tout contrôle.

 

Une scène nocturne, sous la pluie, presque irréelle, qui pourrait laisser croire à un thriller classique.  Pourtant, Malice choisit très vite une autre voie. Le film s’intéresse moins à savoir qui est responsable qu’à comprendre comment une telle tragédie a pu être racontée, déformée et exploitée. Au centre du récit se trouve Ye Pan, journaliste vedette d’une chaîne télévisée. Elle enquête sur l’affaire tout en étant étroitement liée à celle-ci, puisque son mari dirige l’enquête policière. Cette situation pose immédiatement un problème éthique, mais ce n’est clairement pas ce qui freine Ye Pan. Ambitieuse, obstinée, parfois aveugle, elle avance avec la certitude que révéler des informations rapidement est plus important que de les vérifier en profondeur.

 

Le film prend le temps de montrer le fonctionnement interne d’une rédaction obsédée par l’audience. Les réunions, les ordres donnés par un patron prêt à tout pour gagner des parts de marché, les choix éditoriaux dictés par les réactions sur les réseaux sociaux. Tout est pensé en termes de clics, de partages, de buzz. La vérité devient secondaire, presque optionnelle, tant qu’une histoire attire l’attention. Ce qui frappe dans Malice, c’est la manière dont la rumeur prend le pas sur les faits. Très tôt, l’infirmière est présentée comme la coupable idéale. Son passé, ses failles personnelles, sa relation avec un médecin marié : tout est utilisé pour construire un portrait à charge. Les informations sont distillées en temps réel, commentées par des influenceurs, reprises sans recul par le public. 

 

Le film montre avec une justesse glaçante à quel point une réputation peut être détruite en quelques heures. Ye Pan n’est pas une héroïne facile à aimer. Elle peut être dure, arrogante, parfois méprisante. Mais c’est précisément ce qui rend le personnage intéressant. Elle n’est pas animée par une volonté de nuire, mais par une conviction dangereuse : celle de penser que la fin justifie les moyens. Sa trajectoire interroge directement la responsabilité individuelle dans un système médiatique qui encourage les excès. La mise en scène privilégie les dialogues, parfois très denses. Les échanges sont rapides, souvent techniques, et demandent une attention constante. 

 

À certains moments, cette abondance d’informations frôle la saturation. L’enquête avance par couches successives, mais revient aussi plusieurs fois sur les mêmes suspects, les mêmes témoignages. Cette répétition peut fatiguer, même si elle reflète assez bien le fonctionnement réel de ce type d’affaires médiatisées. Le film réussit néanmoins à poser des questions essentielles sur la culture du jugement immédiat. À travers des montages montrant des vidéos amateurs, des commentaires haineux ou des chansons opportunistes créées autour du drame, Malice pointe la responsabilité collective. Le public n’est jamais innocent. Chaque partage, chaque message contribue à alimenter une machine qui échappe ensuite à tout contrôle.

 

Un des aspects les plus intéressants du film réside dans son regard sur la notion de « femme malveillante ». Ce terme revient de plus en plus explicitement à mesure que l’intrigue avance. Il devient une étiquette commode, un raccourci narratif que les médias et le public adoptent sans nuance. Le film montre comment ce cliché peut être instrumentalisé pour désigner une coupable idéale, surtout lorsqu’elle ne correspond pas à l’image attendue de la victime. Malgré ses qualités, Malice n’évite pas certains écueils. Le dernier acte cherche clairement à frapper fort. Les révélations s’enchaînent, parfois trop rapidement, et le film devient plus démonstratif. Là où il brillait par sa retenue, il se fait plus appuyé, presque moralisateur. 

 

Certains twists donnent l’impression d’être ajoutés pour choquer plutôt que pour enrichir le propos. Le montage souffre aussi de cette volonté d’en dire beaucoup en peu de temps. Des éléments importants liés au passé de Ye Pan surgissent tardivement et semblent forcer des parallèles un peu trop visibles. La relation entre la journaliste et son mari, pourtant pleine de potentiel dramatique, reste en retrait et manque de développement pour vraiment peser dans le récit. Cela dit, Malice conserve une force indéniable : celle de rester en tête après le générique. Le film ne se contente pas de raconter une enquête, il interroge le rôle de chacun dans la fabrication de l’information. Il rappelle que consommer une histoire sensationnaliste sans recul, c’est déjà y participer. 

 

Note : 6/10. En bref, sans être irréprochable, Malice propose un thriller réfléchi, ancré dans des problématiques très actuelles. Il parle de journalisme, de réseaux sociaux, de responsabilité morale, sans chercher la facilité. Un film imparfait mais pertinent, qui invite à ralentir, à douter et à se méfier des vérités trop bien emballées.

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