10 Janvier 2026
Man Finds Tape // De Peter Hall, Paul Gandersman. Avec Kelsey Pribilski, William Magnuson et John Gholson.
Avec Man Finds Tape, Peter Hall et Paul Gandersman tentent de capter quelque chose de très contemporain : la peur qui naît d’internet, des vidéos virales et de cette frontière floue entre le réel et la mise en scène. Sur le papier, le concept a de quoi intriguer. Un homme retrouve une vieille cassette de son enfance, son prénom écrit dessus. Sur la bande, un inconnu s’introduit chez lui, le filme pendant son sommeil… et Lucas, aujourd’hui adulte, n’en a aucun souvenir. Difficile de faire plus anxiogène comme point de départ. Le film adopte un mélange de found footage et de faux documentaire. Lucas anime une chaîne YouTube appelée Man Finds Tape, qui explose rapidement dans les communautés creepypasta.
Après avoir reçu un appel énigmatique, la documentariste Lynn Page retourne dans sa petite ville natale du Texas pour enquêter sur des images troublantes d’événements dont personne ne se souvient.
Les commentaires s’accumulent, entre fascination morbide et accusations de canular. Très vite, la mise en scène veut montrer comment une enquête intime devient un spectacle public, comment le regard des autres déforme la réalité. Sur ce point, le film tape juste, du moins au début. William Magnuson incarne Lucas avec une énergie nerveuse crédible. Son personnage est à la fois sincère et un peu agaçant, pris dans une spirale où il veut comprendre ce qui lui arrive tout en savourant, parfois malgré lui, l’attention qu’il reçoit. Sa sœur Lynn, plus terre à terre, agit comme un contrepoids. Elle observe la situation avec méfiance, consciente des dangers que cette exposition peut entraîner.
Leur relation, marquée par la mort récente de leurs parents, ajoute une couche émotionnelle intéressante, sans jamais être vraiment approfondie. Le film démarre fort. Les premières images rappellent certaines vidéos dérangeantes vues dans Sinister ou The Blair Witch Project. Peu de choses sont montrées, mais l’idée qu’un intrus ait filmé un enfant endormi suffit à créer un malaise réel. À ce stade, Man Finds Tape installe une tension efficace, portée par un montage malin et un usage plutôt sobre des images trouvées. Le problème apparaît rapidement : le film ne sait pas quoi faire de cette tension. Le récit se disperse, accumule des pistes sans jamais vraiment les creuser. Une vidéo de caméra de surveillance montre un accident étrange, où les passants semblent figés, comme endormis.
Une figure religieuse locale devient suspecte. Des liens sont suggérés entre plusieurs enregistrements. Tout cela pourrait nourrir un folklore inquiétant, une mythologie de petite ville, mais rien n’est vraiment structuré. Le choix du faux documentaire complique encore les choses. Le film hésite constamment entre immersion brute et explications trop appuyées. Une voix off, des messages à l’écran, des interviews viennent commenter ce qui se passe, au lieu de laisser les images faire leur travail. Cette approche casse souvent l’angoisse naissante. Là où le found footage fonctionne quand il laisse des zones d’ombre, Man Finds Tape semble avoir peur du silence. La deuxième partie est clairement le ventre mou du film.
Les scènes se répètent, Lucas s’enfonce dans la paranoïa, mais sans que la situation évolue vraiment. La découverte d’un possible responsable, un révérend local, apporte un faux regain d’intérêt, vite étouffé par une résolution administrative presque absurde. Un simple courrier juridique suffit à faire s’effondrer cette piste, et avec elle, une bonne partie de la crédibilité du récit. C’est là que le film commence à perdre pied. Les thèmes sont là : la manipulation de la vérité, la violence qui se cache sous une apparente normalité, l’impact d’internet sur la santé mentale. Mais rien n’est approfondi. Chaque idée semble lancée puis abandonnée. Le film donne l’impression d’un puzzle dont il manquerait volontairement trop de pièces, sans que cela serve vraiment le propos.
Le dernier tiers est sans doute le plus frustrant. Les révélations attendues ne viennent jamais réellement. Les questions s’accumulent : qui est cet intrus ? Est-ce une entité, un homme, autre chose ? Pourquoi Lucas est-il touché et pas sa sœur ? Que signifient ces images de portails et de corps figés ? Le film semble conscient de ce flou, puisque même Lynn verbalise son incompréhension à la fin. Mais reconnaître le problème ne le résout pas. Techniquement, Man Finds Tape reste inégal. Certaines idées visuelles fonctionnent, d’autres tombent à plat, notamment à cause d’effets numériques assez visibles. Le jeu des acteurs est correct, sans plus. Le principal souci reste le scénario, qui manque clairement de direction. À force de vouloir rester mystérieux, le film devient confus, puis lassant.
Avec seulement 84 minutes, il parvient malgré tout à sembler plus long que prévu. Il y a pourtant une vraie envie de bien faire. Le film transpire la passion pour le genre, l’amour du found footage et de l’horreur indépendante. On sent une vision derrière la caméra, une volonté de créer un malaise durable. Mais cette vision aurait gagné à être resserrée. Man Finds Tape aurait sans doute mieux fonctionné sous forme de court-métrage, ou comme segment d’une anthologie à la V/H/S, où son concept n’aurait pas eu le temps de s’user.
Au final, Man Finds Tape laisse un sentiment mitigé. Le début intrigue, certaines scènes marquent, mais l’ensemble manque de cohérence et d’intérêt. Le film promet un cauchemar viral et finit par proposer une énigme qui tourne à vide. Pour les amateurs de found footage curieux de nouveautés, l’expérience peut valoir le coup d’œil. Pour les autres, mieux vaut peut-être se tourner vers des références du genre, plus maîtrisées dans leur approche de l’horreur suggérée. Un film avec des idées, mais qui se perd en chemin, prisonnier de son propre mystère.
Note : 4/10. En bref, Man Finds Tape laisse un sentiment mitigé. Le début intrigue, certaines scènes marquent, mais l’ensemble manque de cohérence et d’intérêt. Le film promet un cauchemar viral et finit par proposer une énigme qui tourne à vide.
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