Critique Ciné : Vecina (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Vecina (2026, direct to SVOD)

Vecina // De Eugene Buica et Cristian Ilisuan. Avec Mircea Popa, Cristina Gabriela Buburuz et Constantin Bojog.

 

À première vue, Vecina semble cocher toutes les cases du film populaire pensé pour faire sourire un large public. On y retrouve Mircea Bravo, figure bien connue d’Internet en Roumanie, accompagné de sa grand-mère fictive, Tanti Lenuta, duo déjà largement exploité sur les réseaux sociaux et dans la publicité. Le principe est simple : transposer cet univers familier sur grand écran, avec une intrigue de voisinage et une galerie de personnages censés déclencher le rire. Sur le papier, l’idée n’est pas absurde. À l’écran, le résultat est beaucoup plus bancal. 

 

Une femme de 55 ans obsédée par les procès emménage dans un immeuble et exige un silence total. La vie paisible de ses voisins est bouleversée alors qu’ils s’unissent pour résister à ses règles déraisonnables.

 

Le film raconte l’histoire d’Andrei, professeur de mathématiques anxieux et peu sûr de lui, qui tente tant bien que mal de gérer sa vie personnelle, son couple et surtout une voisine envahissante et autoritaire nommée Doina. Très vite, Vecina installe un climat de tension autour de cette figure centrale, présentée comme une menace pour la tranquillité de tout un immeuble. Ce choix narratif intrigue au départ, car la comédie de voisinage glisse progressivement vers quelque chose de plus sombre, presque oppressant. C’est d’ailleurs là que le film trouve paradoxalement son élément le plus intéressant. Doina, incarnée par Cristina Gabriela Buburuz, écrase littéralement le récit. 

 

Le personnage est rigide, obsessionnel, dérangeant. Là où la plupart des comédies optent pour des antagonistes gentiment agaçants, Vecina choisit une figure bien plus inquiétante. Cette voisine ne cherche pas à être aimée ou comprise, elle impose ses règles, contrôle, humilie et détruit sans réel contrepoids. Sa présence transforme certaines scènes en moments franchement pesants, flirtant avec une ambiance presque totalitaire. Cette orientation donne parfois au film des allures de cauchemar absurde, où l’humour sert surtout à relâcher la pression. Le problème, c’est que cette idée forte n’est jamais vraiment creusée. Les motivations de Doina restent floues. 

 

Quelques dialogues évoquent un manque d’amour ou une solitude profonde, mais ces pistes sont rapidement abandonnées au profit de gags faciles. Ce manque de profondeur est frustrant, même si le mystère autour du personnage renforce son côté imprévisible. Face à elle, Andrei apparaît comme un protagoniste plus travaillé que dans les précédentes productions de Mircea Bravo. Son anxiété, son indécision et son rapport compliqué à l’âge adulte donnent lieu à quelques scènes plus justes. Sa relation avec Maria, sa compagne plus posée et plus mature, apporte un léger contrepoint émotionnel. Là encore, rien de très neuf, mais une tentative de dépasser le simple enchaînement de sketches. 

 

Les échanges avec sa grand-mère, qui le sermonne plus qu’elle ne le conseille, fonctionnent mieux que prévu, même si ces moments reposent sur des recettes déjà bien connues. Malheureusement, Vecina reste avant tout présenté comme une comédie, et c’est sur ce terrain que le film peine le plus. Les rires sont rares. L’humour, qui pouvait sembler naturel et chaleureux dans les formats courts de Mircea Bravo, se dilue sur la durée d’un long métrage. Les situations s’étirent, les blagues reviennent en boucle, et certaines scènes donnent l’impression de tourner à vide. Il devient parfois difficile de comprendre ce qui est censé faire rire : la détresse des voisins, l’absurdité des règles imposées par Doina ou simplement la répétition de conflits sans réelle évolution.

 

Les personnages secondaires illustrent bien ce problème. Le retraité ancien policier, le voisin fumeur de joints ou encore la prof de yoga sont introduits comme des figures caricaturales, utilisées ponctuellement avant de disparaître du récit. Ils servent de décor plus que de véritables moteurs narratifs. Leur présence apporte quelques respirations, mais jamais assez pour redonner du rythme à l’ensemble. À mesure que le film avance, Vecina semble hésiter sur ce qu’il veut vraiment être. Une satire sociale ? Une comédie absurde ? Une critique du vivre-ensemble ? Cette indécision culmine dans un final étonnant, flirtant avec la science-fiction et l’allégorie. 

 

Cette conclusion volontairement excessive, où les personnages semblent incapables d’échapper à leur bourreau même dans un ailleurs symbolique, souligne surtout l’artificialité du propos. Le dernier morceau musical, très moderne et décalé, accentue encore cette impression de déconnexion avec le reste du film. Au-delà de ces choix narratifs discutables, d’autres éléments viennent affaiblir l’expérience. Le jeu d’acteur est inégal, parfois rigide, avec des dialogues qui sonnent faux. Certaines scènes donnent l’impression d’avoir été tournées sans véritable direction, comme si le scénario avait été étiré faute de matière. Le placement de produits, très visible, rappelle de mauvais souvenirs de séries télé des années 90 et casse régulièrement l’immersion.

 

Ce qui ressort finalement de Vecina, c’est une forme de vide. Malgré quelques idées intéressantes et une antagoniste marquante, le film peine à laisser une trace durable. Il ne provoque ni véritable rire, ni émotion forte, ni réflexion aboutie. Là où les précédents projets de Mircea Bravo, pourtant plus modestes, dégageaient une certaine sincérité, ce film donne l’impression d’un produit conçu pour capitaliser sur une popularité existante. Vecina illustre assez bien les limites du passage du contenu viral au cinéma. Un sketch efficace sur Internet ne devient pas automatiquement un long métrage solide. Le rythme, l’écriture et la construction demandent une autre exigence. 

 

Malgré un budget plus conséquent et une ambition visible, le film n’arrive pas à transformer son concept en œuvre cohérente. Au final, Vecina n’est pas totalement dénué d’intérêt, mais il reste une expérience laborieuse. Quelques sourires apparaissent ici et là, surtout grâce à la grand-mère, seul personnage réellement attachant. Pour le reste, le film s’enferme dans ses clichés, manque de souffle et confirme qu’une bonne idée, sans véritable regard ni écriture solide, peine à tenir sur la durée d’une séance de cinéma.

 

Note : 3.5/10. En bref, Vecina n’est pas totalement dénué d’intérêt, mais il reste une expérience laborieuse. Le film s’enferme dans ses clichés, manque de souffle et confirme qu’une bonne idée, sans véritable regard ni écriture solide, peine à tenir sur la durée d’une séance de cinéma. 

Prochainement en France

 

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