12 Janvier 2026
Aborder la saison 4 de Machos Alfa demandait une certaine prudence. Après trois saisons bien identifiées, la série espagnole avait déjà posé ses codes : une comédie de situations portée par des hommes quadragénaires, souvent dépassés, parfois maladroits, et rarement à l’aise avec les mutations sociales qui les entourent. Cette nouvelle saison, composée de six épisodes, ne cherche pas à bouleverser la formule, mais elle tente clairement de la resserrer. Le choix de faire vivre Pedro, Luis, Raúl et Santi sous le même toit change la dynamique et impose une promiscuité qui révèle autant de failles que de résistances. Cette colocation n’est pas un simple prétexte narratif. Elle devient le moteur principal du récit.
Le partage du quotidien agit comme un révélateur : habitudes incompatibles, silences pesants, conversations qui dérapent tard le soir. La série trouve ici un terrain propice pour explorer ce que signifie vieillir ensemble quand chacun traverse une crise différente, mais simultanée. À quarante ans passés, l’amitié n’a plus la légèreté d’avant, et Machos Alfa capte assez justement cette fatigue diffuse. Pedro reste l’un des personnages les plus intéressants de la saison. Sa perte de repères professionnels occupe une place centrale et évite les facilités habituelles de la satire. Le regard porté sur son déclassement est parfois inconfortable, mais jamais moqueur.
La série laisse exister des moments plus calmes, presque suspendus, où l’absence de réponses pèse plus lourd que les dialogues. Cette retenue fonctionne, car elle reflète une réalité rarement montrée : celle d’un homme qui ne sait plus très bien à quoi il sert, ni comment se réinventer sans se renier. Luis, de son côté, continue d’incarner une forme de stabilité relative, même si celle-ci se fissure. Entre la parentalité, les responsabilités familiales et les tensions héritées du passé, son parcours résonne par sa banalité assumée. Rien n’est dramatisé à l’excès. Les erreurs s’enchaînent sans être justifiées ni condamnées. Ce positionnement évite les discours moralisateurs et donne à son personnage une densité crédible.
Les situations font sourire parce qu’elles rappellent quelque chose de familier, et non parce qu’elles forcent le trait. Raúl et Santi apportent une énergie plus frontale, parfois plus inégale. Raúl reste enfermé dans un refus de grandir qui amuse, mais qui finit par tourner en rond. Certaines situations donnent l’impression de recycler des mécanismes déjà exploités, avec moins de surprise. L’humour fonctionne encore, mais le fond semble moins creusé. Santi, en revanche, bénéficie de quelques instants plus introspectifs. Lorsque la série lui laisse l’espace de douter réellement, sans immédiatement désamorcer par une blague, le personnage gagne en crédibilité. Ces moments restent toutefois trop rares pour installer une évolution durable.
Le sous-titre de la saison, « Le patriarcat contre-attaque », annonce clairement les thématiques abordées. Forums masculinistes, discours antiféministes, solitude affective et colère sociale traversent les épisodes sans jamais devenir des démonstrations théoriques. La série préfère montrer des hommes confrontés à ces idées, parfois tentés, parfois déstabilisés, souvent incapables de les formuler clairement. Ce choix permet d’éviter le schéma du bon contre le mauvais camp et laisse place à une zone grise plus réaliste. La mise en scène reste sobre, presque effacée. Rien ne détourne l’attention du jeu des acteurs ni des interactions. La caméra accompagne les corps et les visages sans chercher l’effet.
Ce minimalisme sert bien le propos, même si certains épisodes souffrent d’un rythme un peu relâché, notamment lorsque des intrigues secondaires peinent à trouver leur utilité. Plusieurs personnages secondaires semblent exister uniquement pour provoquer des réactions chez le quatuor principal, sans réelle consistance propre. Malgré ces limites, la saison 4 de Machos Alfa trouve un équilibre intéressant dans sa dernière partie. Plutôt que de conclure par des révélations spectaculaires ou des décisions définitives, la série opte pour des ajustements discrets. Les trajectoires restent imparfaites, parfois inachevées, mais cohérentes.
Cette absence de résolution nette peut frustrer, mais elle correspond assez bien à ce que la série cherche à raconter depuis le début : la masculinité n’évolue pas par ruptures nettes, mais par une succession de petits déplacements. Ce qui ressort de cette saison, c’est une forme de maturité dans le ton. L’humour est toujours présent, mais moins pressé de faire mouche. Les silences ont davantage de place. Les conversations ne cherchent pas systématiquement à conclure. Cette retenue donne à Machos Alfa une identité plus posée, même si tout n’est pas également maîtrisé. Au final, cette quatrième saison ne transforme pas la série, mais elle l’affine. Elle accepte ses répétitions, ses hésitations, et parfois ses impasses.
Elle témoigne aussi d’une volonté de continuer à observer des hommes ordinaires face à des bouleversements qu’ils ne contrôlent pas. Ce regard, imparfait mais sincère, suffit à maintenir l’intérêt et à donner envie de voir jusqu’où ces personnages peuvent encore aller, sans promesse de réponses simples ni de rédemption spectaculaire.
Note : 5/10. En bref, cette quatrième saison ne transforme pas la série, mais elle l’affine. Elle témoigne aussi d’une volonté de continuer à observer des hommes ordinaires face à des bouleversements qu’ils ne contrôlent pas. Ce regard, imparfait mais sincère, suffit à maintenir l’intérêt et à donner envie de voir jusqu’où ces personnages peuvent encore aller.
Disponible sur Netflix
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