Critique Ciné : La petite cuisine de Mehdi (2025)

Critique Ciné : La petite cuisine de Mehdi (2025)

La petite cuisine de Mehdi // De Amine Adjina. Avec Younès Boucif, Clara Bretheau et Hiam Abbass.

 

Avec La petite cuisine de Mehdi, Amine Adjina signe son premier long métrage et choisit un terrain loin d’être simple : la comédie. Pas la comédie lourde ou basée sur des gags faciles, mais une comédie familiale nourrie de petits mensonges, de tensions culturelles et de situations du quotidien. Le film a de vraies qualités, notamment humaines, mais il n’échappe pas à certaines limites qui l’empêchent de pleinement convaincre sur la durée. L’histoire se déroule à Lyon, ville souvent présentée comme une capitale de la gastronomie. Mehdi y travaille comme cuisinier dans un restaurant de cuisine française traditionnelle, loin des clichés culinaires liés à ses origines algériennes.

 

Mehdi est sur un fil. Il joue le rôle du fils algérien parfait devant sa mère Fatima, tout en lui cachant sa relation avec Léa ainsi que sa passion pour la gastronomie française. Il est chef dans un bistrot qu’il s’apprête à racheter avec Léa. Mais celle-ci n’en peut plus de ses cachoteries et exige de rencontrer Fatima. Au pied du mur, Mehdi va trouver la pire des solutions.

 

Avec Léa, sa compagne et collègue, il s’apprête à reprendre l’établissement lorsque le patron décidera de passer la main. Le projet semble bien engagé, notamment grâce au soutien financier des parents de Léa, qui apprécient beaucoup Mehdi. Le problème, c’est que cette relation reste totalement cachée à Fatima, la mère de Mehdi. C’est là que le film trouve son moteur principal. Mehdi vit coincé entre deux mondes : d’un côté, une vie professionnelle et sentimentale déjà bien installée ; de l’autre, une famille marquée par des traditions fortes et une mère très présente, pour ne pas dire envahissante. Fatima a déjà vécu plusieurs déceptions avec ses filles et projette beaucoup sur son fils. 

 

Elle imagine pour lui un mariage avec Amel, une jeune femme d’origine algérienne, correspondant à ses attentes culturelles et familiales. Plutôt que d’affronter la situation, Mehdi choisit l’évitement. Il ment, arrange la réalité, invente des mises en scène pour protéger tout le monde, ou du moins pour éviter les conflits. Le titre du film prend alors tout son sens : la “petite cuisine” n’est pas seulement celle des fourneaux, mais aussi celle des combines et des demi-vérités. Comme souvent dans ce type de récit, les mensonges s’accumulent, grossissent, et finissent par créer une situation difficile à contrôler. Sur ce point, le film fonctionne plutôt bien. 

 

Les quiproquos s’enchaînent avec une certaine fluidité et certaines scènes font mouche, notamment lorsque le cercle familial devient un véritable spectacle public, que ce soit dans un restaurant ou dans un train. L’expérience théâtrale d’Amine Adjina se ressent clairement dans la gestion des dialogues et des scènes de groupe. Il y a un vrai sens du rythme et une attention portée aux échanges verbaux. Le casting joue un rôle important dans l’efficacité du film. Younès Boucif incarne Mehdi avec beaucoup de douceur et une forme de maladresse qui rend le personnage crédible. Il dégage une énergie sympathique, même si son personnage manque parfois de profondeur. Clara Bretheau, dans le rôle de Léa, apporte un contrepoint plus posé, mais son personnage reste souvent cantonné à une fonction de soutien.

 

La vraie force du film vient clairement de Hiam Abbass, qui interprète Fatima. Elle apporte une présence forte, parfois écrasante, mais jamais caricaturale. Son personnage est à la fois drôle, agaçant, touchant et excessif. Derrière son autorité et ses principes, le film laisse entrevoir une femme marquée par son histoire et ses peurs. C’est sans doute le personnage le plus riche du film, et celui qui reste le plus en mémoire. Malgré ces qualités, La petite cuisine de Mehdi souffre d’un scénario très balisé. Les grandes étapes du récit sont faciles à anticiper, et le final ne surprend pas vraiment. Le film respecte les codes du genre sans chercher à les bousculer. 

 

Certaines scènes émotionnelles, notamment celles liées aux origines et à l’identité, restent en surface et semblent parfois plaquées pour donner un peu de gravité à l’ensemble. Il y a aussi une certaine inégalité dans le ton. Le film oscille entre comédie légère et moments plus sérieux sans toujours trouver le bon équilibre. Certaines situations frôlent l’absurde avec succès, comme la fameuse scène de danse collective dans le train, tandis que d’autres tombent un peu à plat et donnent l’impression d’être là pour remplir le cahier des charges de la comédie familiale. La mise en scène, sans être problématique, reste très sage. Amine Adjina privilégie clairement les acteurs et les dialogues, parfois au détriment du cinéma pur. 

 

Cela fonctionne souvent, mais donne aussi au film un côté très théâtral, qui peut limiter l’impact de certaines scènes. On sent une envie de bien faire, de respecter ses personnages, mais aussi une certaine retenue qui empêche le film d’aller plus loin. Sur le fond, le film a le mérite d’aborder la question de la double culture sans tomber dans le drame social appuyé. Ici, l’intégration est déjà là, les conflits sont plus intimes que politiques. Cela change agréablement de certains traitements plus lourds du même sujet. En revanche, cette approche très douce peut aussi laisser un sentiment de tiédeur. Les tensions existent, mais restent rarement vraiment inconfortables.

 

Au final, La petite cuisine de Mehdi est une comédie sympathique, portée par de bons comédiens et une vraie sincérité. Tout n’est pas réussi, loin de là. Le film est parfois convenu, parfois maladroit, et certaines idées auraient mérité d’être creusées davantage. Mais il y a une chaleur réelle, une bienveillance assumée envers les personnages, et une envie de raconter quelque chose de personnel. Ce premier film ne révolutionne rien, mais il propose quelques jolis moments et aborde des thèmes encore trop peu traités sous cet angle-là dans le cinéma français. Une œuvre imparfaite, mais honnête, qui laisse surtout penser qu’Amine Adjina a encore des choses à dire, à condition d’oser un peu plus la prochaine fois.

 

Note : 6/10. En bref, La petite cuisine de Mehdi est parfois convenu, parfois maladroit, et certaines idées auraient mérité d’être creusées davantage. Mais il y a une chaleur réelle, une bienveillance assumée envers les personnages, et une envie de raconter quelque chose de personnel.

Sorti le 10 décembre 2025 au cinéma

 

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