1 Février 2026
96 minutes // De Tzu-Hsuan Hung. Avec Po-Hung Lin, Vivian Sung et Bo-Chieh Wang.
Avec 96 minutes, le réalisateur Hung Tzu-hsuan s’inscrit clairement dans la grande tradition du film catastrophe sous tension : un moyen de transport lancé à pleine vitesse, une bombe prête à exploser au moindre ralentissement, et des autorités dépassées qui tentent de sauver ce qui peut encore l’être. La recette est connue, balisée, presque rassurante pour les amateurs du genre. Sauf qu’ici, malgré une idée de départ plutôt accrocheuse, le film peine à transformer son concept en véritable expérience de cinéma. Le point de départ est simple et volontairement extrême : deux trains, chacun piégé par une bombe. Si l’une est désamorcée, l’autre explose automatiquement.
Un expert en explosifs et sa fiancée montent à bord d’un train transportant des explosifs, tandis qu’un professeur de physique criblé de scandales prend le même train dans l’espoir de se réconcilier avec sa femme, partie dans un train précédent.
Une mécanique cruelle, pensée pour mettre les forces de l’ordre face à un dilemme moral impossible. Très vite, 96 minutes révèle que son moteur principal n’est pas seulement le suspense, mais la vengeance. Le plan du criminel trouve son origine dans une décision passée de la police : sacrifier quelques vies pour en sauver un plus grand nombre. Une décision assumée, mais vécue comme une blessure irréparable par ceux qui en ont payé le prix. Sur le papier, cette idée offre un vrai potentiel émotionnel. Le film cherche à interroger la responsabilité, la culpabilité et les limites humaines de ceux qui portent l’uniforme. Le policier n’est pas présenté comme un héros invincible, mais comme un homme faillible, conscient de ses choix et de leurs conséquences.
C’est là que 96 minutes tente de se démarquer d’un simple thriller d’action. Malheureusement, cette ambition finit par devenir un piège. Le film appuie tellement fort sur l’émotion qu’il en devient presque étouffant. Chaque scène semble vouloir tirer une larme, provoquer une réaction attendrie ou douloureuse. La vengeance, la perte, l’impuissance : tout est constamment surligné. À force de vouloir rappeler que les personnages souffrent, le film finit par neutraliser l’impact de cette souffrance. L’émotion devient mécanique, répétitive, et perd peu à peu de sa force. Les personnages, justement, peinent à exister au-delà de leur fonction dans le récit.
Les policiers Song Ken-Ren et Li Jie sont au cœur de l’intrigue, mais restent étonnamment lisses. Leur vie privée est esquissée à grands traits, souvent à travers des scènes très appuyées, comme des échanges de messages censés souligner leur humanité. Ces moments, censés créer de l’attachement, sonnent souvent artificiels. Les passagers des trains, eux, ne sont guère plus que des silhouettes sentimentales, présentes uniquement pour alimenter la tension ou susciter de la compassion. C’est d’autant plus dommage que le film annonce des situations spectaculaires. Un saut d’un train à l’autre, par exemple, fait partie des promesses du récit. Mais ces séquences restent rares et étonnamment sages. Hung Tzu-hsuan choisit une mise en scène très sobre, parfois trop.
Là où le genre appelle souvent à l’excès, à la démesure et à des moments de pure sidération, 96 minutes préfère rester sur un terrain prudent, presque timide. Le résultat manque de pics de tension mémorables. Visuellement, le film donne aussi l’impression de se cacher. Une grande partie de l’action se déroule de nuit, ce qui semble surtout servir à masquer des effets numériques peu convaincants. Les trains, les décors et certaines scènes d’action manquent de crédibilité. Le film semble peu investi dans la mise en valeur réelle de son environnement ferroviaire, contrairement à d’autres productions asiatiques qui n’hésitent pas à collaborer avec des opérateurs ou des institutions pour ancrer leur récit dans un cadre tangible.
Ici, tout paraît un peu artificiel, comme reconstruit à la hâte. Le scénario souffre également de nombreux problèmes de cohérence. Les décisions des personnages sont souvent contradictoires, voire absurdes. Les procédures de désamorçage, les réactions des équipes, la gestion de crise : tout semble approximatif. Le film donne parfois l’impression de ne pas s’être suffisamment renseigné sur le fonctionnement réel de ce type d’intervention. Les ellipses et les raccourcis s’accumulent, créant des trous narratifs difficiles à ignorer. Le rythme n’aide pas non plus. Malgré son titre, 96 minutes s’étire bien au-delà de ce que son intrigue peut supporter. Le film dépasse largement les deux heures et donne une impression de lenteur constante.
La tension, pourtant censée être au cœur du dispositif, s’effrite au fil des répétitions. Chaque nouvelle scène semble prolonger artificiellement une situation déjà comprise depuis longtemps. L’urgence annoncée n’est jamais vraiment ressentie. Il y a pourtant quelques qualités à relever. Certaines scènes d’action sont correctement exécutées et témoignent d’un vrai savoir-faire technique, même si l’ensemble manque d’ampleur. Le concept des deux bombes liées reste une bonne idée, capable de générer un vrai dilemme moral. Et l’intention de montrer des personnages vulnérables, pris dans un engrenage qui les dépasse, est louable. Le problème, c’est que ces éléments ne sont jamais vraiment exploités jusqu’au bout.
96 minutes donne l’impression d’un film aux ambitions trop grandes pour ses moyens. Il veut être à la fois un thriller haletant, un drame humain et une réflexion morale, sans parvenir à équilibrer ces dimensions. Le résultat est un film maladroit, souvent pesant, qui manque de tension, de crédibilité et d’immersion. Malgré quelques bonnes idées et une volonté sincère de proposer autre chose qu’un simple divertissement, le film reste globalement médiocre, incapable de transformer son concept en véritable expérience prenante.
Note : 3/10. En bref, 96 minutes ressemble à un train lancé sur des rails mal posés : l’intention est là, le mouvement aussi, mais le voyage devient vite laborieux. Un film qui se regarde jusqu’au bout par curiosité ou par goût du genre, mais qui laisse surtout l’impression d’une occasion manquée.
Sorti le 30 janvier 2026 directement sur Netflix
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